Fantasy : Les coups de coeur de l’année 2019

4 décembre 2019 10 Par Boudicca

Nous voilà arrivés en décembre, le moment idéal pour faire un point sur les lectures les plus marquantes de 2019 ! Mon bilan lecture de cette année est plutôt positif, même si le rythme de lecture a fortement diminué en raison de l’agrandissement de notre petite famille cet été. Pour plus de clarté, j’ai séparé les romans uniques ou les premiers tomes de série sortis dans l’année des suites de séries déjà entamées et dont j’ai déjà parlé les années précédentes. [Un simple clic sur le titre de l’ouvrage vous permettra d’accéder directement à l’article complet le concernant.]

1- La fille dans la tour – Katherine Arden (Denoël)
Présenté comme un roman indépendant, « La fille dans la tour » est en réalité la suite directe de « L’ours et le rossignol », une très belle histoire qui nous faisait découvrir le folklore russe médiéval aux côtés de Vassia, une petite héroïne touchante de sincérité et d’innocence capable de voir les créatures féeriques qui peuplent encore cette Russie en voie de christianisation. Outre l’originalité du décor et du bestiaire mis en scène, le roman séduit surtout par l’empathie que l’auteur parvient à faire naître pour ses personnages, et notamment son héroïne au côté de laquelle on prend énormément de plaisir à découvrir l’histoire et la culture russe de l’époque. A lire absolument.


 

2- Pierre-de-vie – Jo Walton (Denoël)
La communauté d’Applekirk est une petite enclave en pleine campagne dont la tranquillité va être soudainement rompue par l’arrivée de trois visiteurs inattendus. Le premier est un savant itinérant dont le charme ne tarde pas à faire vaciller le cœur des femmes du manoir. La seconde est l’ancienne maîtresse des lieux, partie s’installer il y a des années à l’Est et que tout le monde présumait morte depuis longtemps. Quant à la troisième, il s’agit d’une prêtresse d’Agdisdis, la déesse du mariage, qui a apparemment une dent contre Hanethe qu’elle accuse de sacrilège et qu’elle entend bien ramener en Orient contre son gré. Dans la droite lignée des précédentes œuvres de l’auteur (« Mes vrais enfants » en tête), Pierre-de-vie s’inscrit dans une fantasy plus introspective et plus sensible que ce à quoi le genre nous avait jusque là habitué. Avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence, Jo Walton s’attaque à des thématiques intemporelles qu’elle questionne de manière originale, qu’il s’agisse du temps, de l’amour ou encore de la famille.


 

3- Les meurtres de Molly Southbourn – Tade Thomson (Le Bélial – collection Une Heure Lumière)
Molly Southbourne est une jeune américaine à priori tout à fait ordinaire vivant dans une maison de campagne avec ses parents. Ce qui est plus étrange, c’est que la jeune fille doit obéir dès son enfance à des règles bien particulières. La première et la plus importante de toute est la suivante : « Ne saigne pas ! ». Mais il y a aussi « Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent », ainsi que « Si tu trouves un trou, va chercher tes parents ». Et enfin « Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bats-toi ». « Les meurtres de Molly Southbourne » correspond tout à fait au genre de livre qu’on est incapable de poser une fois ouvert. C’est souvent dérangeant, parfois vraiment oppressant, mais toujours passionnant. A noter que le roman a été récompensé aux Utopiales par le Prix Julia Verlanger 2019.


 
 

Le dieu dans l’ombre – Robin Hobb (ActuSF)
Déjà publié en France au début des années 2000, le roman met en scène une jeune femme du nom d’Evelyn qui a accepté de rester habiter quelques mois chez ses beaux-parents afin que son mari puisse les dépanner sur l’exploitation familiale. Un nouveau mode de vie qu’on lui impose et qu’elle a de plus en plus de mal à supporter. Son seul bonheur réside dans le plaisir coupable qu’elle prend à s’aventurer seule dans les bois alentours et à renouer avec un personnage de son enfance, un faune qu’on croirait tout droit sorti d’un mythe antique et qu’elle a baptisé Pan. Avec « Le dieu dans l’ombre », Megan Lindholm / Robin Hobb démontre qu’elle est aussi à l’aise pour écrire du fantastique que de la fantasy. Si le roman n’est pas exempt de défauts (rythme lent, passivité de l’héroïne), il serait pourtant dommage de passer à côté de ce récit qu’on est tenté d’apparenter à une parenthèse enchantée et qui nous livre un beau portrait de femme, d’amante et de mère.


 

Le phare au corbeau – Rozenn Illiano (Critic)
Si vous aimez les histoires de fantômes, vous allez être servis ! Agathe, une jeune femme ayant la particularité de voir les esprits, et son associé et ami, Isaïah, sont régulièrement appelés à la rescousse par des gens ordinaires, désespérés par l’intrusion du surnaturel dans leur quotidien. Les deux exorcistes vadrouillent donc de maison en maison afin de faire disparaître ces esprits qui rendent la vie impossible aux propriétaires. Tout se passe généralement assez bien, jusqu’à ce qu’on les fasse venir dans le petit village breton de Landrez pour exorciser un phare au passé bien mystérieux. Du frisson, une héroïne attachante et une enquête pleine de suspens : tous les ingrédients sont là pour faire passer au lecteur un bon moment. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on devrait retrouver nos deux héros pour d’autres aventures !


 

Chevauche-brumes – Thibaud Latil-Nicolas (Mnémos)
Une troupe de soldats aguerris est dépêchée après une campagne militaire victorieuse à la frontière nord du royaume. Nulle troupe ennemie en approche pourtant, mais un phénomène d’ordre surnaturel : la mystérieuse brume noire qui délimitait jusqu’à présent la fin du Bleu-Royaume s’est récemment mise à se mouvoir et, dans son ombre, sont apparues d’horribles créatures qui menacent les habitants, et plus particulièrement une cité frontalière. Mnémos ne s’est pas trompé en attribuant le qualificatif de « pépite » à « Chevauche-brumes » qui séduit à la fois par son écriture, son cadre non médiéval et ses personnages hauts-en-couleur, unis par une camaraderie communicative. Thibaud Latil-Nicolas s’en sort donc remarquablement bien (surtout pour un premier roman !), et c’est avec attention que je suivrais les prochaines parutions de cet auteur dont on devrait retrouver prochainement l’univers et les personnages.

Chevauche-brumes
 

Sémiosis – Sue Burke (Albin Michel)
Un groupe de terriens est envoyé dans l’espace afin de fonder les bases d’une colonie sur une nouvelle planète. Mais lorsque la cinquantaine de membres que compte l’équipage se réveille après des années de sommeil artificiel, c’est pour découvrir que le vaisseau a opté pour une autre destination que celle initialement prévue. Très vite, l’utopie imaginée tourne court. D’abord parce que l’effectif de départ se trouve fortement réduit à la suite de nombreux accidents. Ensuite parce que, si la faune locale n’a pas l’air hostile, la flore, elle, risque de poser davantage problème. En dépit d’une première moitié peu convaincante qui pourrait décourager une partie des lecteurs, « Semiosis » se révèle être une très bonne surprise. L’auteur y aborde une multitude de thématiques toutes plus intéressantes les unes que les autres, qu’elles soient sociétales ou écologiques. La seconde moitié de l’ouvrage, qui met en scène le premier contact noué entre plusieurs espèces conscientes radicalement différentes, est particulièrement passionnante et dépeint avec subtilité la complexité des rapports inter-espèces.


 

Les furtifs – Alain Damasio (La Volte)

Dans une société futuriste dystopique, Lorca, quarantenaire dévasté par la disparition de sa fille, refuse de croire à sa mort et place tous ses espoirs dans une théorie folle : elle serait partie de son plein gré avec les furtifs, des créatures dont on ignore la véritable nature mais qui vivraient à la lisière de notre regard, se cachant dans les coins et recoins inaccessibles de notre champ de vision. Le roman reprend la plupart des thématiques chères à l’auteur (société de contrôle, techno-cocon, dénonciation du capitalisme…) qui sont exposées avec toujours autant de pertinence, mais sans doute moins de subtilité que dans ses précédents textes. Cela pourra malheureusement rebuter une partie du lectorat qui ne partagerait pas la vision parfois radicale portée par l’auteur. L’aspect le plus réussi du roman reste sans aucun doute ce magnifique portrait de couple et de parents que constituent Lorca et Sahar, deux personnages inoubliables et qui suscitent une formidable émotion.


 

La voie Verne – Jacques Martel (Mnémos)

Un quadragénaire décide de postuler en tant que major-d’homme auprès d’une riche veuve ayant élu domicile dans un magnifique château dans les Alpes. Une offre d’emploi qu’il n’a pas choisi au hasard, car notre ami cherche manifestement quelque chose de bien précis. Son but ? Ressusciter l’œuvre de Jules Verne, victime de la combinaison fortuite et malheureuse de deux facteurs : la dématérialisation de toutes les œuvres papiers, et l’apparition d’un virus informatique qui a rongé une partie des données numériques du monde entier. Jacques Martel signe avec « La voie Verne » un roman difficile à classer, mélange de cyberpunk et d’hommage à Jules Verne dont l’empreinte est perceptible sur la plupart des aspects du roman. Le futur mis en scène par l’auteur a quelque chose de fascinant, en dépit de ses travers, et c’est cette fascination qui rend l’immersion du lecteur aussi profonde et aussi agréable.

La voie Verne
 

Une cosmologie de monstres – Shaun Hamill (Albin Michel)

Une famille américaine à priori tout à fait banale, les Turner, va être frappée par une série de drames. Dépression, maladie, disparition irrésolue… : autant d’épreuves affrontées par les membres de cette famille qui, sans le savoir, sont en fait victimes d’une entité surnaturelle à la présence quasi-indécelable mais néanmoins ravageuse. « Une cosmologie de monstres » est un très bon premier roman qui ravira sans aucun doute les amateurs d’horreur et de fantastique, ainsi que les fans de Lovecraft ou King. Même si le suspens et la tension sont bel et bien au rendez-vous, ce sont les personnages que l’on retiendra avant tout tant l’identification avec ces derniers est forte, et le récit de leurs tourments dramatique.


 

Lumières noires – N. K. Jemisin (J’ai lu – Nouveaux millénaires)

Régulièrement primée depuis plusieurs années par les prix les plus prestigieux de la science-fiction américaine, N. K. Jemisin est une autrice à côté de laquelle les amateurs de littératures de l’imaginaire peuvent difficilement passer. Et justement, « Lumières noires » rassemble plus d’une vingtaine de nouvelles signées par l’autrice et nous fournit donc l’occasion idéale de découvrir la plume de cette dernière. Le recueil est remarquable et frappe avant tout par sa richesse et sa diversité, que ce soit en terme de genres exploités, de personnages mis en scène ou de thématiques abordées. N. K. Jemisin est visiblement aussi à l’aise pour écrire de la fantasy que du post-apo, du fantastique ou encore de la dystopie, preuve incontestable de son talent. Si vous aimez les littératures de l’imaginaire et que vous voulez découvrir l’une de ses autrices les plus admirables actuellement, jetez-vous sans plus tarder sur « Lumières noires » !

 
 
Je passe rapidement sur les suites de séries de fantasy poursuivies en 2019 et qui m’ont encore offert de belles heures de lecture : Chasse royale (tome 2 partie 3 de Rois du monde) de Jean-Philippe Jaworski chez Les Moutons Électriques : Gît dans les cendres (tome 2 de La cour d’Onyx) de Marie Brennan chez L’Atalante, L’ombre des arches (tome 2 des « Mondes miroirs ») de Vincent Mondiot chez Mnémos, Le cri du corbeau (tome 2 de Blackwing) de Ed MacDonald chez Bragelonne (chronique à venir), La grotte au dragon (tome 2 de La rose de Djam) de Sandrine Alexie chez L’Atalante.

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Enfin, il y a un certain nombre de romans dont j’ai fait l’acquisition et que j’aurais aimé pouvoir lire et chroniquer avant la fin de l’année, mais qui devront attendre 2020!

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En espérant que ce petit bilan vous donnera envie de vous plonger à votre tour dans tous ces univers ! Et vous, quels ont été vos coups de cœur cette année ?
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