Les meurtres de Molly Southbourne

13 mai 2019 7 Par Boudicca

Titre : Les meurtres de Molly Southbourne
Auteur : Tade Thompson
Éditeur : Le Bélial (collection Une Heure Lumière)
Date de publication : 2019 (avril)

Synopsis : Molly est frappée par la pire des malédictions. Aussi les règles sont simples, et ses parents les lui assènent depuis son plus jeune âge : Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bats-toi. Ne saigne pas. Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent. Si tu trouves un trou, va chercher tes parents. Molly se les récite souvent. Quand elle s’ennuie, elle se surprend à les répéter sans l’avoir voulu… Et si elle ignore d’où lui vient cette terrible affliction, elle n’en connaît en revanche que trop bien le prix. Celui du sang…

Glaçant et passionnant

Dix-huitième numéro publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, la novella de Tade Thompson bénéficie depuis sa parution de retours très positifs de la part des lecteurs, et force est de constater que la qualité est effectivement encore une fois au rendez-vous. Au point d’ailleurs que l’ouvrage se hisse à mon sens au niveau des meilleurs publiés dans cette collection qui comprend pourtant déjà de très bons textes comme ceux de Ken Liu (« L’homme qui mit fin à l’histoire »), Kij Johnson (« Un pont sur la brume ») ou encore Lucius Shepard (« Les attracteurs de Rose Street »). La novella de Tade Thompson n’est cependant pas à mettre entre toutes les mains dans la mesure où elle s’inscrit dans un registre horrifique qui pourra rebuter ou dégoutter certains lecteurs sensibles. Mieux vaut avoir le cœur bien accroché ! Le texte met en scène une certaine Molly Southbourne dont on découvre le parcours depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Un parcours qui n’a, à priori, rien de bien particulier : fille unique vivant dans une maison de campagne avec ses parents, la jeune Molly devra attendre la fac pour quitter le cocon familial (ce sont ses parents qui s’occupaient jusque là de son éducation). Elle entreprend alors des études de sciences à la suite desquelles elle décide de se spécialiser dans l’étude du corps humain. Rien d’extraordinaire, donc, sauf qu’on découvre que la jeune fille doit obéir dès son enfance à des règles bien particulières. La première et la plus importante de toute est la suivante : « Ne saigne pas ! ». Mais il y a aussi « Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent », ainsi que « Si tu trouves un trou, va chercher tes parents ». Et enfin « Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bats-toi ». Des règles étranges mais dont le sens nous apparaît très rapidement : le sang de Molly a la particularité effrayante de donner naissance à des doubles d’elle-même qui vont systématiquement tenter de la tuer (ce peut être immédiatement comme quelques heures ou quelques jours plus tard).

Le corps comme source de l’horreur

Le pitch est alléchant, et le traitement qu’en propose l’auteur très efficace. Le texte de Tade Thompson est habité par une tension sous-jacente qui met le lecteur mal à l’aise de la première à la dernière page, tout en tillant follement sa curiosité. Pour le coup, le nom de la collection du Bélial se justifie pleinement : la lecture se fait en à peine une heure, et le temps passe à une vitesse folle tant le lecteur est obsédé à l’idée de connaître l’origine et les limites de l’affliction dont est atteinte l’héroïne. Une héroïne dont c’est le propre corps, la propre chair, qui devient source de danger et d’angoisse. La gêne que cette idée fait naître dans la tête du lecteur est étonnement forte et contribue à le mettre dans un état d’esprit très particulier. D’un côté on ne peut s’empêcher de frémir à l’idée de l’horreur qui se déchaînerait si la jeune fille était victime d’un accident de grande ampleur ou rejetait l’une ou l’autre des règles qui garantissent sa survie. Mais de l’autre, on ne peut s’empêcher d’attendre avec une sorte d’impatience malsaine de la voir mener à bout ses expériences pour tester les limites de son étrange « maladie ». Le phénomène est d’autant plus glaçant que l’auteur ne nous épargne rien de la manière dont Molly en arrive à se blesser, ni de la façon dont elle se débarrasse de ses doubles (le monsieur a une formation en médecine…). N’allez toutefois pas vous imaginez une avalanche de détails gores ou de surenchère dans le sanglant : c’est beaucoup plus insidieux que cela, et donc beaucoup plus efficace. On pense évidemment souvent au célèbre roman « Frankenstein » de Mary Shelley, à qui l’auteur rend hommage grâce à une succession de clins d’œil plus ou moins subtils, mais aussi à Stephen King dont l’auteur semble partager une même vision du genre horrifique et de la manière de faire naître la tension.

« Les meurtres de Molly Southbourne » correspond tout à fait au genre de livre qu’on est incapable de poser une fois ouvert. C’est souvent dérangeant, parfois vraiment oppressant, mais toujours passionnant. Voilà encore une belle acquisition pour la collection « Une Heure Lumière » que je ne peux que vous encourager à découvrir.

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Apophis (Le culte d’Apophis) ; Blackwolf (Blog-O-livre) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Lutin82 (Albédo – Univers imaginaires)

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