Fantasy

Toutes les saveurs

Titre : Toutes les saveurs
Auteur : Ken Liu
Éditeur : Le Bélial (Une Heure Lumière)
Date de publication : 2021 (mai)

Synopsis : Idaho City, en pleine fièvre de l’or. Les temps sont à la conquête. De l’Ouest, bien sûr. De la fortune, surtout… Prospecteurs, commerçants, banquiers, filles de petite vertu, bandits et assassins s’agrègent en une communauté humaine au goût de mauvais whisky et à l’odeur de poudre. Et puis il y a ce petit groupe de prospecteurs chinois. Qui vivent entre eux, s’entassent dans des baraquements minuscules, et font planer sur la ville les effluves de leur cuisine aux saveurs aussi épicées qu’inconnues. Lily, la fille de leur propriétaire, est fascinée par ces étrangers aux coutumes impénétrables. Et par l’un d’entre eux en particulier, un géant au visage rouge et à l’immense barbe, Lao Guan, qui lui apprend les mystères du wei qi et lui raconte des récits stupéfiants, les aventures de Guan Yu, le dieu de la guerre, de Lièvre roux, son cheval de bataille, et de Lune du dragon vert, sa fidèle épée. Guan Yu, qui fait face à l’injustice et à la trahison dans cette Chine impériale fabuleuse. À l’image de Lao Guan, dans cette Amérique en gestation…

Ruée vers l’or et Chine fantasmée

Trente-et-unième numéro de la collection « Une Heure Lumière » du Bélial, toutes les saveurs est aussi le second titre de Ken Liu à figurer au sommaire de cette collection de novella dont on ne dira jamais assez de bien. Rien à voir toutefois avec le glaçant « L’homme qui mit fin à l’histoire » qui s’inspirait des exactions commises par l’armée impériale japonaise au moment de la Seconde Guerre mondiale et livrait une intéressante réflexion sur la mémoire et le travail de l’historien. Cette fois, le sujet est un peu plus « léger », de même que le traitement qui en est proposé : direction les États-Unis du XIXe, où quantité d’immigrés venus de toute l’Europe et l’Asie se lancent dans la prospection, espérant ainsi décrocher le pactole et commencer une nouvelle vie. Parmi les candidats à la ruée vers l’or, on trouve notamment de nombreux Chinois, dont une communauté vient justement de s’installer dans la petite ville d’Idaho, partiellement détruite par un incendie il y a peu et donc ravie de cet afflux inespéré de voyageurs. Si certains se montrent réservés face à l’arrivée du petit groupe, voire carrément hostiles, d’autres ne tardent pas à être fascinés par l’exotisme de leur culture (et de leur cuisine !). C’est notamment le cas de Lily, la fille de leur propriétaire, qui va peu à peu tisser des liens d’amitié avec les membres de cette communauté chinoise et en particulier avec un homme d’une carrure et d’un charisme impressionnants qui lui apprend quelques unes des traditions de son pays et lui narre les aventures de Guan Yu, le dieu de la guerre. Un héros qui se bat pour faire régner la justice et qui, par bien des aspects, ressemble à ce doux géant plein de sagesse mais aussi capable de faire montre d’une force redoutable pour défendre les siens.

Bienveillance et lutte contre l’injustice

Contrairement à la précédente novella de l’auteur, qui contenait des scènes difficilement soutenables et baignait dans une atmosphère très sombre, celle-ci se révèle bien plus positive. Certes, les conditions de vie de ces prospecteurs chinois ne sont pas des plus agréables, et l’auteur mentionne bien à plusieurs reprises l’hostilité et le racisme dont ils font l’objet, mais le récit met en avant de nobles valeurs et transpire la bienveillance (un peu à la manière de « La fille aux mains magiques » de Nnedi Okorafor, novella parue récemment chez ActuSF). Le résultat est incontestablement moins prenant mais n’en demeure pas moins agréable dans la mesure où il est plutôt rare de trouver des textes « feel-good » relevant de la science-fiction, de la fantasy ou du fantastique, genres plus prompts à miser sur la noirceur. Ce qui relie le texte à l’imaginaire est d’ailleurs relativement ténu, l’auteur préférant se concentrer sur la relation entre la petite fille et le géant ainsi que sur la rencontre entre deux civilisations qui s’apprivoisent et s’influencent l’une l’autre. Pour se faire, Ken Liu mise sur deux aspects clés de la culture chinoise : la cuisine (difficile de ne pas sentir ses papilles s’exciter à la mention des mets préparés ici) et les légendes. On quitte ainsi régulièrement cette petite ville américaine du XIXe pour une Chine impériale merveilleuse dans laquelle on fait la connaissance du héros Guan Yu et de quelques unes de ses aventures les plus rocambolesques. Difficile à ces occasions de ne pas penser à une autre œuvre de l’auteur, « La dynastie Dent-de-lion » qui se déroule dans un décor similaire et dans laquelle le personnage haut-en-couleur mis en avant ici pourrait tout à fait figurer, de même que la galerie de seconds-couteaux qui l’entourent.

La grace des rois

Ken Liu nous offre avec « Toutes les saveurs » une novella très douce qui met en avant de belles valeurs comme l’amitié et la tolérance tout en invitant au dépaysement au moyen de légendes mettant en scène une Chine fantasmée. Le texte permet également de se projeter dans les États-Unis du XIXe et de découvrir l’importance de l’immigration chinoise à cette époque, ainsi que les difficultés que ces communautés purent rencontrer. Une lecture qui fait du bien et qui, comme tous les Une Heure Lumière, se dévore rapidement.

Autres critiques : Célinedanaë (Au pays des cave trolls) ; Le nocher des livres ; Ombrebones (Chroniques de l’imaginaire) ; Tampopo24 (Les blablas de Tachan)

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :