Science-Fiction

La dernière arche

Titre : La dernière arche
Auteur : Romain Benassaya
Éditeur : Critic
Date de publication : 2021

Synopsis : Dans la Mésopotamie des premiers âges, Shory, une jeune esclave, est vendue à un mystérieux individu nommé Atim, qui lui propose un marché : l’envoyer dans un fort, qu’elle devra protéger, en échange de sa liberté. Elle accepte et rejoint une étrange construction, entourée d’une forêt profonde. Elle y grandit, en compagnie d’autres rescapés, originaires de différentes périodes de l’histoire humaine. Tous ont rencontré Atim et se sont vu confier la mission de protéger le Fort. Ils se surnomment les Vigiles. Après onze années, Lena, une jeune femme originaire du XXIIème siècle, rejoint elle aussi le Fort. Contrairement aux autres Vigiles, elle n’a pas rencontré Atim, et veut à tout prix rentrer chez elle. Shory décide de l’aider. Au-delà de la forêt qui assiège le Fort, elles découvriront les réponses à nombre de leurs questions : où sont-elles vraiment ? Pourquoi le Fort doit-il être protégé ? Et quelle est leur véritable mission ?

Retour dans l’univers de « Pyramides »

Peu amatrice de space-opera, j’avais été particulièrement enthousiasmée il y a trois ans par la sortie de « Pyramides », un roman relatant le quotidien d’un vaisseau perdu dans l’espace avec à son bord des centaines d’individus, surpris de se réveiller de leur stase pour se découvrir au milieu de nul part, et non pas sur la planète promise. Présenté comme se déroulant dans le même univers, le pitch de « La dernière arche » n’a, au premier abord, pas grand-chose de commun avec celui du précédent roman (qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu même si cela reste préférable pour bien saisir tous les enjeux et références). L’action se passe ici dans un fort cerné par une forêt peuplée de monstres plus bizarres et redoutables les uns que les autres. Dans ce fort vivent ceux que l’on appelle les « Vigiles » : au nombre de soixante-dix, ils sont chargés de protéger leur QG de toute tentative d’infiltration de la part des créatures des bois et ont tous pour point commun de s’être vu confier cette mission par un certain Atim, curieux personnage arrivé à point nommé pour les sauver d’une mort tragique. Cette dévotion à leur protecteur mis à part, les « Vigiles » n’ont pas grand-chose à voir puisque, au fil de leur arrivée successive au fort, tous se rendent compte qu’ils proviennent de lieux et d’époques différents. Ainsi Shory, notre héroïne, a-t-elle été arrachée à sa Mésopotamie antique natale alors qu’elle venait d’être réduite en esclavage, tandis que son amie Asceline vient du Moyen-Age, et d’autres encore du XIXe. Aucun nouvel arrivant ne venait toutefois jusqu’à présent d’une époque aussi lointaine que Léna, fraîchement débarquée du XXIIe siècle. Et ce n’est pas la seule particularité de la jeune femme puisque, contrairement à tous les autres, elle est aussi la seule à ne pas avoir rencontrée Atim, et donc à ne pas avoir choisi de venir. Persuadée qu’il existe un moyen de quitter ce territoire et prête à tout pour retrouver son époque et sa fille, la jeune femme va être aidée dans son entreprise par Shory, l’une des premières Vigiles qui se pose beaucoup de questions sur la mission qui leur a été confiée ainsi que sur la nature du fort et de la menace qui pèse sur ce qu’il renferme. Toutes deux vont toutefois se retrouver confrontées à l’hostilité des autres Vigiles ainsi qu’à de nombreux mystères qui laissent entrevoir la possibilité d’un monde s’étendant bien au-delà de la dangereuse forêt entourant le fort.

Trois parties d’intérêt variable

Composé de cinq grandes parties, le roman peut en réalité être divisé en trois gros blocs d’intérêt variable. La première partie est consacrée à la présentation du fort et de ses spécificités ainsi que de ses habitants et de leur quotidien (que l’arrivée de Léna va sérieusement perturber). On pourrait alors parfaitement se croire dans un univers de fantasy, les personnages n’ayant aucune idée de l’endroit où ils se trouvent et la mention de technologies novatrices étant plutôt limitées, à l’exception de cette étrange faculté possédée par Atim de voyager dans le temps. Romain Benassaya livre ici suffisamment d’éléments pour ferrer le lecteur, avide à la fois de comprendre ce que contient le fort, mais aussi ce que signifie l’arrivée de Léna et en quoi celle-ci est révélatrice d’un profond changement dans le déroulement de la mission confiée aux Vigiles. La partie centrale du roman est celle qui m’a le moins enthousiasmée. Sans être totalement ennuyeuse, celle-ci constitue un sacré ventre mou au cours duquel l’intérêt du lecteur s’effrite face à la direction prise par l’intrigue. Difficile d’en dire plus sans vous gâcher la surprise, aussi me contenterais-je de considérations d’ordre très générales sur cette deuxième partie qui voit effectivement l’univers des personnages s’élargir (on s’en doutait depuis le début) mais d’une façon qui m’a parue très artificielle. L’immobilisme forcé qui frappe nos héroïnes presque aussitôt après leur départ du fort renforce également l’impatience du lecteur et sa frustration de voir de nouvelles énigmes s’accumuler sans que des réponses précises ne soient apportées aux mystères déjà évoqués au début du roman. La troisième partie se fait, heureusement, bien plus dynamique : on renoue cette fois pour de bon avec l’univers de « Pyramides » dont on retrouve même quelques personnages et la dimension SF du roman prend alors toute son importance. L’auteur entreprend peu à peu de lever le voile sur les nombreuses interrogations qui entourent le fort, la mission des Vigiles et l’arrivée de Léna, et les réponses sont globalement satisfaisantes, certaines se révélant plus originales que d’autres. On termine donc le roman sur une note positive, avec toutefois une grosse réserve sur le deuxième tiers qui aurait mérité d’être sacrément écourté.

Pyramides

Thématiques, personnages et écriture

Du côté des thématiques abordées, on retrouve certains points communs avec « Pyramides », notamment tout ce qui concerne la notion d’appartenance à un groupe et la tentative d’instaurer un environnement harmonieux où tout le monde aurait sa place. L’auteur pose ici également la question du déterminisme, notamment via le personnage de Shory, tiraillée entre son dévouement pour la mission que lui a confié Atim et les questionnements nés de sa rencontre avec Léna concernant le bien-fondé et l’intérêt de cette mission. Les personnages sont pour leur part un cran en dessous de ceux de « Pyramides », même si le temps que passe l’auteur à soigner leur personnalité finit par payer. Shory figure bien sûr parmi les plus attachants et on apprécie de la voir de plus en plus se détacher des dogmes qui constituaient jusqu’ici son quotidien et ainsi développer son libre-arbitre. Léna est pour sa part plus ambivalente et, s’il est intéressant de la voir bouleverser les certitudes des habitants du fort, il faut reconnaître que la détermination têtue et l’absence de remords du personnage ne participent pas à la rendre très sympathiques. Un troisième héros intervient ponctuellement au cours du récit au cours d’interludes qui paraissent dans un premier temps totalement déconnectés du reste mais qui finissent par faire sens. Plutôt attachant, celui-ci aurait toutefois mérité un traitement bien plus approfondi pour voir tout son potentiel véritablement exploité. Les personnages secondaires sont quant à eux plus ou moins étoffés mais laissent rarement indifférents et suscitent souvent l’empathie, à l’exception d’une poignée de figures un peu trop caricaturales à mon goût. Un mot, enfin, sur la plume de l’auteur qui possède un style passe-partout, fluide et efficace, qui rend la lecture plaisante à défaut de vraiment captivante.

Trois ans après le succès de « Pyramides », on se replonge avec plaisir dans cet univers de space-opera imaginé par Romain Benassaya. Si « La dernière arche » ne suscite pas le même enthousiasme ni ne possède la même intensité émotionnelle que son prédécesseur, le roman se révèle malgré tout de bonne facture, si l’on excepte un gros ventre mou qui vient quelque peu gâcher le plaisir de lecture avant que l’auteur ne vienne rectifier le tir dans le dernier tiers de l’ouvrage. A réserver, peut-être, à des novices en matière de SF et qui souhaiteraient découvrir en douceur l’un de ses sous-genres…

Voir aussi : Pyramides

Autres critiques : Le nocher des livres

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

3 commentaires

  • yogo

    Entièrement d’accord avec toi. UN peu en deça du premier opus mais cela reste une lecture agréable. Quelques coupes auraient donné un peu plus de rhytme au récit.

    Maintenant, nous attendons un troisième roman dans cet univers pour peut être en comprendre un peu plus sur cette « pyramide »

  • yogo

    Entièrement d’accord avec toi. UN peu en deça du premier opus mais cela reste une lecture agréable. Quelques coupes auraient donné un peu plus de rhytme au récit.

    Maintenant, nous attendons un troisième roman dans cet univers pour peut être en comprendre un peu plus sur cette « pyramide »

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