Science-Fiction

Abrégé de cavorologie

Abrégé de cavorologie

Titre : Abrégé de cavorologie
Auteur : Hippolyte Corégone
Éditeur : Albin Michel Imaginaire [site officiel]
Date de publication : 10 décembre 2021

Synopsis : Cet opuscule a reçu l’approbation du ministère de l’Instruction publique et de l’Administration régionale pour sa vocation à vulgariser un sujet connu de tous : la cavorite et son influence sur notre époque dite des Temps Ultramodernes. Plus concis qu’un traité, il représentera un auxiliaire précieux pour le corps professoral et les institutions, mais aussi pour les chefs de famille soucieux de l’éducation de leur progéniture. Dans ces conditions, nous avons le ferme espoir que notre publication sera bien reçue par les nombreux lecteurs à qui nous la destinons.

De 1913 à 1920, des campagnes d’affichage ont égayé les murs de la capitale et agrémenté les pages des quotidiens. « La cavorite, comme la foi, soulève les montagnes » demeure le slogan le plus connu, le plus controversé aussi. Il n’est qu’à se souvenir de l’incendie d’un théâtre sur les murs duquel avaient été placardées des affiches au fameux slogan, incendie provoqué par des royalistes catholiques. Chauffés par un éditorial de Charles Maurras, ils y avaient vu une attaque blasphématoire.

En parallèle de la publication des Temps ultramodernes, de Laurent Genefort, le label Albin Michel Imaginaire publie, sous forme d’objet promotionnel, un Abrégé de cavorologie, écrit par un certain Hippolyte Corégone, prétendument republié dans sa version de 1931.

Tout savoir sur la cavorite

Ce petit ouvrage prend tous les codes des bréviaires scientifiques du début du XXe siècle pour nous narrer les débuts, les enjeux et les conséquences de la découverte du métal dénommé cavorite. Hippolyte Corégone, diplômé de l’École centrale des arts et manufactures, professeur au Collège de France, titulaire des Palmes académiques, est une caution scientifique de premier ordre pour comprendre les tenants et aboutissants de ce métal si particulier, jamais trouvable pur dans la nature mais toujours composite de d’autres matériaux. En six parties (géologie, physique-chimie, industrie, applications mécaniques, culture et enfin politique), l’auteur détaille tout ce que n’importe quelle personne pourrait vouloir savoir à propos de cette cavorite qui a révolutionné le monde à partir de la fin du XIXe siècle.

Fiction et worldbuilding

Bien sûr, tout cet abrégé n’est que pur fiction. Pour l’écrire, Laurent Genefort s’appuie sur le matériau imaginaire inventé par H. G. Wells dans un roman de 1901, Les Premiers Hommes dans la Lune, où le protagoniste, Cavor, met au point ce métal révolutionnaire qu’est la cavorite et qui crée une apesanteur permettant d’élever sans effort des moyens de déplacement. Cela n’est qu’une des manières possibles de parler d’antigravité, et tout cela permet d’imaginer un monde tout entier qui dévierait de notre ligne temporelle, créant ainsi une uchronie très intéressante. Ce livre est donc à la fois un pastiche-prélude à l’univers des Temps ultramodernes du même auteur et un très bon complet à son travail d’auteur. En effet, le « worldbuilding » de Laurent Genefort a toujours été salué, dans tous ses romans, nouvelles et séries (notamment sa saga de publications autour des Portes de Vangk), toutefois cela peut parfois être handicapant quand les précisions complexes de la construction d’un monde entier se font aux dépens du développement des personnages, là au moins l’essentiel est condensé dans cet abrégé bien pratique à parcourir.

Pour aller plus loin

Même si cet abrégé est un outil promotionnel et un ouvrage pastiche sûrement jouissif à écrire, il permet aussi de réfléchir au style rétrofuturiste. Contrairement à la plupart de ses univers, Laurent Genefort mise cette fois sur du rétrofuturisme. Le steampunk en est le sous-genre le plus connu. Même s’il repose sur un fondement scientifique plus ou moins marqué, il est finalement plus proche du merveilleux scientifique que de la science-fiction, à l’image de ce que proposait Jules Verne dans la plupart de ses romans, supposant que tout cela ne va pas arriver plus tard, mais est bien déjà en marche. Dans cet univers porté par la cavorite, nous sommes même plutôt dans de l’atompunk (dérivé du steampunk lorgnant moins sur les enjeux de la vapeur que sur des composés chimiques plus complexes ; et souvent aussi plutôt dans un début de XXe siècle uchronique que du siècle précédent ; en France, les époux Curie y sont souvent des protagonistes d’importance). De plus, on y trouve une interrogation des marges de la société, tant politiques que littéraires, avec un métatexte qui s’appuie sur des références littéraires et scientifiques croisées.

Cet abrégé de cavorologie tient les promesses énoncées par la communication et laisse présager d’un bon moment à passer avec Les Temps ultramodernes.

Voir aussi :
Les Temps ultramodernes

Autres critiques :

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine. Membre fondateur du Bibliocosme.

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