French Tabloïds

Titre : French Tabloïds
Auteur : Jean-Hugues Oppel
Éditeur : Rivages (Rivages/Noir) (fiche officielle)
Date de publication : 2008 (2005 pour la 1ère édition en grand format)

Synopsis : Un an pour préparer les élections présidentielles, point culminant de la vie politique française. Dans le camp du pouvoir, une seule certitude : le candidat sortant doit être réélu. Alors tous les coups sont permis.
Un commissaire controversé, un « spécialiste » très méticuleux, un lieutenant de police ordinaire, un solitaire parano et des professionnels de l’information qui savent ce que manipuler veut dire, autant de personnages qui ont rendez-vous avec l’histoire sans le savoir. Ou, pour certains, en le sachant trop bien.
French Tabloïds ou comment Oppel propose une explication étonnamment crédible du résultat qui secoua la France au second tour de la présidentielle de 2002. La présence du candidat d’extrême droite était en fait une manœuvre savamment orchestrée.
Acerbe, drôle, mené tambour battant, ce thriller diabolique rend hommage à la méthode du maître Ellroy et semble toujours d’actualité. Il a reçu le Prix Mystère de la critique en 2006.

Note 4.0
 
Coup de coeur

Le rapporteur expédie les questions diverses. Le maire opine toujours. Puis on vote des résolutions. On vote des lignes de crédits. On vote des lignes de dépenses. Il n’y aura aucun suspense quant aux résultats des votes : le parti du maire a la majorité absolue au conseil municipal. On pourrait voter à main levée pour aller plus vite.
L’opposition vote contre tout ce qu’elle peut être contre. L’opposition s’abstient quand voter contre serait ridicule. Elle vote pour parce qu’elle ne peut pas faire autrement dès qu’il s’agit des anciens combattants ou des petits vieux pensionnés.
C’est beau la démocratie à l’ouvrage.

Jean-Hugues Oppel, c’est du polar, cru et social ; c’est « Vostok », « Barjot ! » et une quantité d’autres romans coups de poing dans la gueule, et du coup ce sont ces « French Tabloïds » qui méritent, au moins, la même attention !

Après les résultats de la présidentielle française de 2002 et la révolte ressentie par une partie du pays, c’était trop tentant pour Jean-Hugues Oppel, il fallait en faire quelque chose pour répondre à la démagogie politique et à la désinformation médiatique ; et pourtant, il a mis trois ans à sortir ce roman après ces événements. « French Tabloïds » est un polar bien sec avec des personnages parfaitement campés, pas extraordinaires, mais qui respectent à la virgule près la caractérisation donnée par l’auteur en tout début d’ouvrage. Ainsi, dès les premières lignes, il pose le cadre de son polar (après en avoir rappelé la définition qui lui sied : « roman noir violent », « le mal dans l’organisation sociale transitoire », « littérature de la crise », mots de Jean-Patrick Manchette) : en mars 2001, nous prenons en marche la une des journaux et la vie de sept personnages qui ne nous quitteront plus.

Victor Courcaillet est une petite personne médiocre mais dont les actes vont résonner très fort dans l’histoire, il est rapidement acoquiné par Piers Goodwhile, mercenaire-assassin-expert ès armes en mission qui fait ses rapports à Jacques Lerois, commissaire aux Renseignements Généraux ; tous deux font partie du même complot visant à faire réélire le Président sortant, sobrement appelé dans les dépêches secrètes le « Champion », complot auquel participent également la société PML Consulting, vraie-fausse agence de communication composée de Simon Pierry, Jean-Luc Matthieux et Paul Lassène, redoutables spécialistes en désinformation. Enfin, peut-être la personne la plus tendre et la plus honnête du lot : Hélène Carvelle tente de faire sobrement son chemin dans les méandres de l’administration policière.

Au-delà du contenu et du contexte qui sied parfaitement à ce type de polar, bien social et bien réflexif, Jean-Hugues Oppel use de ses ressorts habituels pour appuyer son ton cru avec un style pas chic mais choc. Anaphores bien senties, vocabulaire cru et petites piques au système politique actuel fourmillent dans ce roman qui passe si vite. Pour parachever le tout, Jean-Hugues Oppel illustre son propos avec une explication complète de la pseudo montée de la violence grâce à un manuel complet du parfait désinformateur, le tout est bien sûr saupoudré de magnifiques titres de journaux prouvant notre capacité à nous laisser faire, et le pire c’est que l’auteur est bien capable d’avoir trouvé toutes ces unes dans les journaux de 2001 et 2002 !

« French Tabloïds » me rassure donc une nouvelle fois sur mon appréciation de l’écriture de Jean-Hugues Oppel : c’est drôle, c’est percutant et c’est cinglant ! Le tout en plus ressemble très fortement à de la politique fiction et en ce moment nous avons ô combien besoin de notre capacité de réflexion.

Autres critiques :

Il faudra travailler le vocabulaire.
User et abuser de l’adverbe « encore ». User et abuser de l’adjectif « nouveau » et de son féminin.
Nouveau braquage. Nouvelle agression. Encore un braquage. Encore une agression.
Il y en a d’autres avant et ça continue. Qu’importe si le bureau de poste ou l’agence bancaire ont été attaqués pour la première fois.
Il faudra répéter certains mots-clés comme une litanie en pointillés dispersés. Simon Perry s’en est fait une première liste au fil de la plume en parcourant les unes des semaines précédentes.
Violence.
Meilleur au pluriel : violences. Une soirée de ; une vague de ; un week-end de. N’importe quoi de violences et le pluriel vous assomme sous le nombre.
Sanglant. Mortel. Cible.
À mettre à toutes les sauces.
Abattu.
Fait toujours son petit effet pour parler d’une victime : le côté arbre couché par la tempête ou animal mené à l’abattoir renforce le sentiment d’innocence frappée par l’adversité.
Folie. Terreur.
À réserver pour la nuit.
Drame.
Un hold-up doit forcément tourner au drame. Il n’est pas besoin d’y adjoindre un adjectif qualificatif.
Mystérieux. Inquiétant. Macabre.
Du solide de préférence au féminin : une macabre découverte fait grouiller les asticots dans l’esprit du lecteur ; une disparition mystérieuse ouvre la porte à toutes les hypothèses.
Terrible. Horrible.
Pas mal non plus, mais à user sans abus.
Odieux. Diabolique.
Adjectifs de base pour le crime ou le racket. Ils peuvent également s’appliquer au criminel.
Gravement.
Un blessé ne peut que l’être.
Choc. Traumatisme.
Petit village ou grande cité : il faut de l’émotion après. Il faut des séquelles ensuite. Et l’unité de la colère ne saurait être que le brasier. La flambée est une valeur dépassée.
Il faudra de temps en temps se contenter d’une simple citation entre guillemets.
« Personne ne bouge ou je fais un massacre. »
Rien de tel qu’une phrase hors contexte sonore mais très claire quant à son sens. Celui qui l’a prononcée crevait peut-être de trouille et bafouillait : le lecteur n’a aucun moyen de le savoir.