Fantômes et giboulées
Titre : Fantômes et giboulées
Auteur/Autrice : Catherine Dufour
Éditeur : Robert Laffont
Date de publication : 2026 (mai)
Synopsis : Camille tient un refuge pour femmes victimes de violences. Lorsque son garde du corps meurt d’une indigestion, elle transforme son manoir campagnard en lieu d’accueil pour les fantômes. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent venir dire un dernier adieu à leurs chers défunts pour un prix raisonnable. Mais peut-on vraiment jouer ainsi avec les spectres ? Et qu’en pense la police ?
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Claude… le retour !
En 2020, Catherine Dufour publiait « Au bal des absents », un roman fantastique à la fois glaçant et plein d’humour dans lequel elle mettait en scène une femme sans abri tentant d’apprivoiser un manoir hanté. Rien ne le stipule sur la quatrième de couverture, mais « Fantômes et giboulées » est bel et bien la suite de cette aventure, même si je suppose qu’il est possible d’apprécier et comprendre le récit sans avoir eu connaissance du précédent. On retrouve donc ici Claude (qui se fait désormais appeler Camille) dans sa charmante petite demeure devenue depuis quelques années un refuge pour femmes battues. Bien que moins embarrassantes que les précédents locataires évanescents, les nouvelles pensionnaires du manoir n’en posent pas moins quelques soucis dans la mesure où les hommes violents à qui elles ont échappés ne tardent généralement pas à revenir leur mettre la main dessus. Heureusement, la Petite, gardienne du manoir, n’est pas du genre à laisser quiconque s’en prendre à ses invités. Les choses se corsent lorsque cette dernière se retrouve mise hors service, et qu’un inspecteur un peu trop perspicace ne vienne mettre le nez dans les disparitions qui ont succédé à l’installation de Camille dans la région. Cette dernière n’est toutefois pas du genre à se décourager et entame une reconversion professionnelle. Oublié le refuge pour femmes battues : désormais le manoir servira de lieu d’accueil pour les fantômes. Armé d’une connexion internet et assistée par deux anciennes pensionnaires n’ayant nul part où aller, Camille va se lancer dans l’ésotérisme et proposer à des personnes endeuillées de dire un dernier adieu à un être cher. Seulement les choses ne vont pas tout à fait se passer comme prévu, ce qui va s’avérer d’autant plus délicat à gérer que l’inspecteur sus-mentionné est du genre teigneux et est persuadé de tenir avec ce manoir une piste sérieuse. « Au bal des absents » avait été un énorme coup de cœur et, quand bien même la suite n’est à mon sens pas aussi marquante, j’ai malgré tout passé un excellent moment auprès de Camille, Mamantise et l’Étoile.

Jardinage, cuisine, femmes battues et fantômes en colère
Catherine Dufour joue à nouveau avec cet humour un peu pince-sans-rire qui constitue désormais sa marque de fabrique, et force est de constater que cela fonctionne à merveille. Les scènes angoissantes reprenant les principaux tropes de l’horreur sont ainsi systématiquement désamorcées par une petite pointe d’humour qui permet de faire redescendre la tension et de prendre du recul. Camille/Claude est une héroïne particulièrement attachante, et ce en dépit de caractéristiques qui devraient pourtant la rendre peu sympathique. Antisocial, doté de peu d’empathie, régulièrement de méchante humeur, le personnage est pourtant très plaisant à suivre et se dresse comme un rempart de pragmatisme et de bon sens face à toutes ces manifestations surnaturelles qui viennent parasiter la vie du manoir. Toujours sous couvert d’humour, l’autrice ne se prive pas d’évoquer des problèmes de société comme les violences faites aux femmes ou encore la traque aux sans-papiers. Les autres personnages sont à l’image du texte, décalé et réjouissant, qu’il s’agisse de Mamantise, cette pensionnaire mêlant allègrement anglais et français dans des dialogues hilarants, ou encore l’Étoile, autre invitée plus discrète mais capable elle aussi de faire mouche. On retrouve cette même excentricité chez les clients de Camille aussi bien que chez les spectres qui s’avèrent parfois moins inquiétants que les vivants qui les ont invoqués. L’intrigue, elle, est habilement ficelée, suffisamment pour nous inciter à relever tous les dysfonctionnements qui alertent progressivement Camille, mais sans pour autant compromettre l’effet de surprise qui permet à l’autrice un twist final particulièrement réussi. Enfin, j’ai pour ma part été particulièrement sensible à la place accordée dans l’intrigue à l’entretien du manoir et surtout de son jardin (un aspect qui m’a énormément fait penser à un autre de ses romans « Les champs de la Lune »). Les personnages passent en effet énormément de temps dehors, et on y apprend une quantité de choses sur la façon d’entretenir son potager, la beauté de telle ou telle plante, ou encore la façon de cuisiner ce qu’on récolte. Attention, vous risquez bien de sortir de votre lecture avec une petite fringale !
Faisant suite à l’excellent « Au bal des absents », « Fantômes et giboulées » est un roman qualifié par l’éditeur de « cosy crime humoristique et surnaturel », autant de qualificatifs qui lui convient parfaitement. Porté par un trio de personnages qui dépote, le récit séduit aussi bien par la qualité de son intrigue que par l’humour sous-jacent propre à Catherine Dufour qui manie l’humour noir et l’ironie à la perfection. On passe donc un excellent moment dans ce manoir pourtant pas toujours très bien famé, au point d’espérer peut-être une nouvelle suite… ?
Autres critiques : ?


