La part des ombres, tome 2

4 janvier 2021 2 Par Boudicca

Titre : La part des ombres
Cycle/Série : La part des ombres, tome 2
Auteur : Gabriel Katz
Éditeur : Scrinéo / Pocket
Date de publication : 2018/2020

Synopsis : Dans le royaume de Goranie déchiré par l’occupation, la nasse se resserre autour de la rébellion naissante. Sous la poigne du redoutable chef de guerre Akhen Mekhnet, les Traceurs sont en chasse, et la fragile résistance menée par celui qu’on appelle « le Fantôme » semble vivre ses dernières heures.
Mais rien n’est encore joué. La lutte se poursuit sur tous les fronts, par le sang, la diplomatie ou la trahison, de forêts en marécages, de chaumières en palais. Une lutte qui entraînera les trois mercenaires Kaelyn, Desmeon et Olen jusqu’aux montagnes interdites de la Trace, ce royaume inconnu, tribal et sauvage, où les villes culminent au-dessus des nuages.

 

-Comment il s’appelle, ton petit guerrier ? demanda poliment Desmeon.
-J’en sais rien, répondit très sérieusement Eden Vekh.
-Comment ça t’en sais rien ?
-Je crois que c’est Aderan. Ou Kenen, peut-être, mais il est un peu grand.
-Sérieusement, tu ne connais pas tes gamins ?
-J’en ai trois, six, sept et huit ans. Ça fait dix ans que je suis stationné en Goranie, je remonte très rarement à la Crète.
-C’est toi qui les a fait quand même ?

De la fantasy française version blockbuster

Sans grande surprise, ce deuxième volet du diptyque « La part des ombres » se révèle dans la droite lignée du premier, tant en ce qui concerne les qualités que les défauts. J’ai d’ailleurs peiné à comprendre la pertinence de couper l’histoire en deux : rien ne le justifie au niveau de l’intrigue, et encore moins d’un point de vue pratique puisqu’on atteint à peine les six cent pages en cumulant les deux tomes (des volumes de 600 pages, ça le fait : il y a même des éditeurs sympas comme De Saxus ou Léha qui publient des pavés de plus de mille pages en un seul tome !). Le roman met en scène trois personnages emblématiques des précédentes œuvres de Gabriel Katz, réunis ici en tant que mercenaires pour le compte d’un groupe de rebelles cherchant à rendre son indépendance à la Goranie (le pays est depuis des années aux mains des Traceurs, redoutables guerriers nordiques ayant pris le pouvoir dans la région et y commettant de terribles exactions). Le premier, Desmeon, est un gladiateur charismatique et épéiste de génie mis en scène dans le diptyque « Aeternia ». La seconde, Kaelyn, est l’héroïne de « Maîtresse de guerre » et est spécialisée dans la formation de tacticiens et chefs de guerre. Enfin, Olen, grand charmeur et embobineur, faisait parti du trio de désespérés mis en scène dans la trilogie « Le puits des mémoires ». On retrouve tous nos protagonistes exactement là où on les avait quitté : la rébellion prend enfin de l’ampleur et ce qui n’était au départ qu’une petite bande de paysans dépenaillés est en passe de devenir une vraie force armée capable de mettre à mal les envahisseurs. Du côté de la couronne, la fille du roi manigance toujours en sous-main pour récupérer l’influence confisquée par le gouverneur sur lequel elle détient désormais un moyen de pression efficace. Quant à nos trois héros, ils s’épanouissent chacun dans ce qu’ils font de mieux : Kaelyn organise la défense et forme les jeunes recrues, Desmeon combat dans l’arène et Olen… continuer de pleurnicher sur son sort et/ou zieute tous les jupons qui passent à sa portée. Chacun ses points forts ! L’intrigue se révèle aussi classique que dans le premier tome et suit son cours de manière assez attendue (avec notamment de très grosses ficelles à partir de la deuxième moitié).

Une révolte populaire… sans peuple !

On se laisse malgré tout aisément porter par le dynamisme du récit et le bagou des personnages qui ne sont pas avares de bonnes vannes ou de répliques mordantes. Tous ne possèdent cependant pas la même aura, et si des protagonistes comme Desmeon ou Kaelyn parviennent sans mal à tirer leur épingle du jeu, ce n’est pas le cas des autres, à commencer par Olen qui se révèle toujours aussi agaçant et inutile. Dans l’ensemble, l’impression d’origine demeure : celle de lire une sorte de blockbuster hollywoodien, avec tout ce que cela comporte d’amusement mais aussi de limites. Le plus gros point noir du roman concerne le traitement des personnages secondaires, et par extension, la vision extrêmement péjorative des classes populaires véhiculée ici par l’auteur. Qualifiés tour à tour de « moutons » ou de « simples exécutants à qui on ne demande pas de penser », moqués pour leur manque d’intelligence ou de jugeote, les paysans à l’origine de la rébellion sont systématiquement présentés comme un troupeau de débiles se laissant bêtement mener par le bout du nez. Ils ne pourraient pas apprendre à se défendre et s’instruire un peu, les pécores, au lieu de trimer toute la journée ? Alors certes, les œuvres de fantasy faisant la part belle à une vision réactionnaire du « peuple » sont légion, mais personnellement j’ai de plus en plus de mal à passer outre. Écrire un roman sur une révolte populaire en en anonymisant tous les participants à l’exception d’une poignée d’élus, c’est quand même gonflé ! A cela s’ajoutent un bon nombre de stéréotypes (sur les personnages féminins, notamment, qui ne sont pas nombreuses et sont, forcément, toutes des bombes désirables) ainsi que des méchants tellement caricaturaux qu’on frise le ridicule, et surtout un final totalement détaché qui transforme toute l’histoire en petite aventure gentillette que les héros se remémoreront en se marrant au coin du feu (alors qu’on a quand même eu des morts tragiques à la pelle pendant tout le récit !)

Avec « La part des ombres » Gabriel Katz signe un diptyque qui ravira les amateurs de ses précédentes œuvres puisqu’on y retrouve plusieurs de ses personnages phares (certains plus charismatiques que d’autres). Bien que plaisant par son peps et son humour, le roman manque toutefois de subtilité tant dans le traitement des personnages (souvent caricaturaux à l’extrême) que de l’intrigue. La vision réactionnaire et méprisante donnée des classes populaires ici nuit également à la qualité de cette œuvre certes divertissante sur la forme mais de peu d’intérêt sur le fond.

Voir aussi : Tome 1

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; L’ours inculte

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