Les Tragiques

6 janvier 2021 4 Par Dionysos
Les Tragiques

Titre : Les Tragiques – Ils ne sont morts qu’une fois
Auteur : Christian Montaignac
Éditeur : En Exergue (À l’air libre) [site officiel]
Date de publication : 9 septembre 2020

Synopsis : La grandeur du sport et son secret éclat se tiennent dans l’invitation à durer le temps de quelques saisons plus ou moins ensoleillées avant d’entrer dans des automnes refroidis, de goûter aux effets douceâtres de la nostalgie, de recueillir les retombées d’une renommée. Les sportifs, plus ou moins consciemment, s’y préparent par la succession de petites morts que sont les fins de matchs et de compétitions, les échecs et les abandons. Et au moment d’en finir avec leur carrière, les hommages se multiplient sur le ton de la bienveillance, autant de « merci ». Pour beaucoup, un certain bonheur est dans l’après car il leur reste l’avantage de se réchauffer du regard des autres, de ressasser et de partager les meilleurs souvenirs. Il en est, toutefois, qui ne goûteront jamais aux bienfaits d’une seconde vie. Ce sont nos Tragiques.
Ceux-là n’ont pas profité d’une expression souvent utilisée, « le champion meurt toujours deux fois », une seule a suffi. Leur rêve éveillé s’est brisé, la mort les a emportés au cœur d’une jeunesse dorée. Ils ont incarné le mot d’André Malraux selon lequel la tragédie d’une fin en pleine gloire a « transformé leur vie en destin ». Nos Tragiques, entre connus et méconnus, sont morts dans cet âge d’or où rien n’était fini de leur passion de jeunesse. Sans avoir voulu rejoindre James Dean, le plus fameux d’entre tous, dans sa volonté de « vivre vite et de faire un beau cadavre », ils sont partis comme lui, dernier éclat d’un soleil noir. Il s’agit de leur redonner la lumière. La mort ne suffit pas à tirer la conclusion de leur histoire. Il y a chez eux, en eux, ce romantisme dont le sport est porteur quand il ne se limite pas à une somme de chiffres, à la longueur des statistiques, aux lignes d’un palmarès. Leur gloire, c’est notre mémoire.

Le suicide est cette ultime parole qui réduit un être au silence, provoque la parole des vivants. Il faut soudain comprendre, essayer. Parce que comprendre, c’est se sentir moins coupable. Et la question revient, lancinante : pourquoi ?

Par le biais d’une Masse Critique Babelio, j’ai eu le plaisir de découvrir le livre Les Tragiques, du journaliste Christian Montaignac chez les éditions En Exergue.

Tragédies sportives

Christian Montaignac, longtemps journaliste à L’Équipe, possède une vaste expérience du commentaire sportif et de l’histoire des grandes compétitions comme le Tour de France cycliste ou les Jeux olympiques d’été. Dans cet ouvrage, il a choisi plus d’une quarantaine de personnalités sportives pour raconter la tragédie qui les a emportées. Des plus célèbres aux totalement inconnues, ces personnalités bénéficient d’un portrait fourni et plutôt bien écrit (pas romancé évidemment, puisque chaque fait est avéré), il y a une certaine recherche de style. La liste complète des portraits est la suivante : Adolphe Hélière, Albert Richter, Alexandre Belov, Andrés Escobar, Ayrton Senna, Battling Siki, Dominique Bouet, Drazen Petrovic, Emiliano Sala, Fabio Casartelli, Georgette Gagneux, Gérard Saint, Grande Guerre, Guy Boniface + J.-M. Capendeguy, Jean Bouin, Jean-François Phliponeau, Jules Bianchi, Kokichi Tsuburaya, Lillian Board, Lutz Eigendorf, Marcel Verchère, Mathieu Montcourt, Matthias Sindelar, Mike McCullen + Alain Colas + Loïc Caradec, Omar Sahnoun, Benny Paret + Davey Moore, Peter Collins + Mike Hawthorn, Pierre Lacans, Patrick Pons + Michel Rougerie, Régine Cavagnoud, Robert Enke, José Samyn + J.-P. Monseré, Stanley Ketchel, Steve Prefontaine, Thaïs Meheust, Tom Simpson, Vladimir Smirnov, Jean-Pierre Wimille, Yuriy Stepanov et Yves du Manoir. De l’accident d’entraînement au règlement de comptes par les nazis ou les mafieux de Medelin, il y a de tout dans ces morts tragiques.

Beau livre

Les Tragiques est ainsi un livre fourni en informations (en histoires dramatiques évidemment) et dont les récits sont enrichis grâce aux portraits graphiques réalisés par Bertrand Vivès, particulièrement réalistes et touchants. On aurait même pu s’attendre à le trouver chez des éditeurs plus importants (l’auteur a déjà été publié chez Calmann-Lévy, JC Lattès, etc.), mais au fond c’est bien mieux ainsi car il mérite le détour. Il mêle des récits tout à fait attendus comme celui de la skieuse Régine Cavagnoud ou le pilote Jules Bianchi, deux Français décédés relativement récemment, d’autres connus comme l’athlète Jean Bouin, le cycliste Fabio Casartelli ou le pilote Ayrton Senna, mais il réunit aussi des récits tout à fait inattendus car inconnus (en tout cas de moi), notamment le drame des cyclistes Adolphe Hélière, mort pendant le Tour de France 1910, et Albert Richter, décédé après avoir trop critiqué l’aryanisation des clubs sportifs sous le IIIe Reich. Ce beau livre a malgré tout quelques défauts, à commencer par le choix de ranger ces héroïnes et héros par ordre alphabétique des prénoms… Personnellement, en ordre alphabétique des noms de famille, voire même mieux par date de décès, aurait été plus simple d’utilisation. Enfin, l’excès de métaphores sportives pourrait saouler quelques-uns, mais en picorant une histoire de temps en temps, l’ensemble est très agréable à lire.

Les Tragiques est le premier livre de Christian Montaignac que je lisais et il constitue une belle découverte.

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