La part des ombres, tome 1

1 juillet 2018 3 Par Boudicca

Titre : La part des ombres
Cycle : L a part des ombres, tome 1
Auteur : Gabriel Katz
Éditeur : Scrinéo / Pocket
Date de publication : 2016 / 2018

Synopsis : La Goranie était un royaume florissant avant de tomber aux mains des Traceurs. Cette peuplade barbare des montagnes fait régner la terreur et pille le pays sans vergogne. Les Traceurs ont cependant accepté d’alléger le joug de la servitude des peuples conquis, en autorisant la procession, une célébration traditionnelle lors d’un mariage populaire. Mais la fête religieuse tourne au bain de sang. L’époux, survivant du massacre, ivre de vengeance, profite de l’indignation qui se répand pour embraser la révolte. Les Traceurs dépêchent alors leur plus grand chef de guerre pour mater l’insurrection. Des heures sombres s’abattent sur la Goranie…

Bibliocosme Note 2.5

 -Joli tatouage, fit Olen avec une pointe de jalousie. Ça représente quoi ?
-Un pigeon.
-Non, sérieusement, il a une signification religieuse ? Symbolique ? Magique ? Dans le Grand Nord, les tatouages sont censés protéger les guerriers au combat…
-Moi, ça me protège des coups de soleil.
-Ca t’arrive de répondre sérieusement quand on te pose une question ?

Un casting prestigieux

On prend les mêmes et on recommence ! C’est un peu le principe du dernier diptyque en date de Gabriel Katz qui revient dans « La part des ombres » à l’univers déjà mis en scène dans ses précédentes séries. Sauf que l’auteur ne se contente pas ici de réutiliser le décor, mais recycle aussi ses personnages les plus emblématiques. Les héros de ce casting d’exception sont au nombre de trois. Desmeon, ancien gladiateur, épéiste de génie à l’humour désarmant, et figure inoubliable du diptyque « Aeternia ». Kaelyn, héroïne de « Maîtresse de guerre » spécialisée dans la formation de tacticiens et chefs de guerre. Et enfin Olen, membre du trio de désespérés mis en scène dans « Le puits des mémoires », grand charmeur et embobineur, incapable de résister à un joli minois. La probabilité que ces trois héros se rencontrent était mince, et pourtant les voilà tous de passage en Goranie, un royaume autrefois prospère et indépendant désormais tombé sous la coupe des Traceurs, redoutables guerriers nordiques. Du côté des habitants, on s’est résolu à endurer le joug des envahisseurs sans trop broncher. Mais il est un homme qui entend bien ne plus se laisser faire et qui ne rêve que de venger son village du bain de sang dont il a miraculeusement réchappé. Charismatique, celui que tous surnomment aujourd’hui « le Fantôme » ne tarde pas à fédérer autour de lui ce qui reste de Goraniens décidés à ne pas courber l’échine. Mais la petite troupe est constituée d’amateurs qui ne connaissent rien ni à la guerre, ni à la clandestinité, ni à la stratégie. Il était temps que nos héros arrivent pour relever un peu le niveau !

Un blockbuster à la française

Avouons-le d’emblée, l’intrigue de ce premier tome est vraiment très classique : un territoire occupé par de méchants envahisseurs, une rébellion qui se met en place et un groupe de leaders charismatiques chacun spécialisé dans un domaine différent. Le récit brasse, de fait, pas mal de références, notamment cinématographiques : on pense parfois à « Braveheart » (surtout au début) mais aussi à Robin des Bois. Même chose du côté de l’univers qui n’a rien de très original puisqu’on est dans un monde medieval-fantastique traditionnel dont on découvre les subtilités à la fois du point de vue de l’aristocratie locale, mais aussi du peuple. Peuple qui n’est d’ailleurs pas présenté sous un jour très flatteur, mais plutôt sous celle d’une masse pas franchement futée et donc aisément manipulable. Heureusement que nos nobles héros sont là pour venir leur mettre un peu de plomb dans la tête ! (je caricature un peu mais parfois cela se résume vraiment à cela et j’ai trouvé certaines réflexions sur le sujet un peu limite….). En fait, le roman ressemble un peu à ces blockbusters hollywoodiens qu’on voit fleurir un peu partout sur nos écrans de cinéma depuis plusieurs années et dont on retrouve ici la plupart des éléments : beaucoup d’action, des personnages rapidement caractérisés et à la sphère d’intervention bien définie, quelques répliques bien senties et des scènes spectaculaires qui permettent d’oublier un peu les faiblesses du scénario. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de ce premier tome de « La part des ombres ». Si on ne s’ennuie pas une seconde tant les scènes d’action et les rebondissements s’enchaînent rapidement, certains éléments de l’intrigue sont en effet amenés de manière assez maladroite, voire paraissent parfois peu cohérents.

Un récit pêchu mais trop classique

Du côté des personnages, j’ai retrouvé avec plaisir Desmeon, toujours aussi tête-à-claque mais qui suscite immédiatement la sympathie du lecteur par son bagou et sa capacité à ne rien prendre au sérieux. Je suis plus réservée en ce qui concerne les deux autres : Kaelyn est pour le moment trop distante pour qu’on puisse vraiment s’y attacher (le fait que je n’ai pas lu au préalable « Maîtresse de guerre » joue peut-être aussi…), quant à Olen, j’avais déjà eu beaucoup de mal à le supporter dans « Le puits des mémoires », et ça ne s’arrange pas ici. On s’interroge tout au long du récit sur les raisons de sa présence (ses capacités n’ont rien d’exceptionnelles, contrairement à celles de ses compagnons) et ses contributions à la cause reposent toujours sur le plus grand des hasards (ce qui est d’ailleurs bien normal puisque le personnage agi sans jamais savoir à l’avance quel est son plan). Un peu curieux… Les personnages secondaires sont, comme leur nom l’indique, très secondaires. La princesse rebelle est tout à fait fidèle à la longue lignée de personnages du même style qui l’ont précédé, les Traceurs sont violents et peu subtiles (du coup on a aucun mal à les identifier comme les méchants), et les soldats qui gravitent autour de tout ce petit monde sont ce qu’on pourrait appeler des « Jean-Jacques », à savoir des figurants interchangeables dont la seule utilité est de servir de chair à canon. La plume de l’auteur est quant à elle fidèle à elle-même, à savoir fluide et pleine d’humour. Les dialogues sont notamment réussis, les petites pics et autres taquineries échangées continuellement par les personnages permettant au lecteur d’apprécier l’évolution des relations entre les protagonistes, qu’il s’agisse de franche camaraderie ou au contraire d’hostilité croissante.

Bilan mitigé, donc, pour cette première partie du nouveau diptyque de Gabriel Katz qui, bien que sympathique à lire, n’en reste pas moins trop classique par beaucoup d’aspects, que ce soit en terme d’univers, d’intrigue ou de personnages. Un ouvrage divertissant, donc, mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte)

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