Chroniques de la Réa

11 septembre 2020 0 Par Dionysos
Chroniques de la Réa

Titre : Chroniques de la Réa
Auteur : Emmanuel Delporte
Éditeur : Auto-édition
Date de publication : 11 septembre 2020

Synopsis : « La seule barrière entre la souffrance et l’apaisement, entre le désespoir et la sérénité, est parfois cet homme ou cette femme en blanc au chevet d’un malade. Pourtant, cet uniforme ne dispense d’aucun devoir, ni ne protège d’aucune souffrance. »
Infirmier et écrivain, Emmanuel Delporte travaille en milieu hospitalier depuis une vingtaine d’années. Connaissant l’hôpital depuis ses locaux à poubelles jusqu’à ses salles d’opérations, il a exercé dans plusieurs services de réanimation (appelés soins intensifs ou Intensive care unit sur le continent américain) en région parisienne, en province et finalement au Québec, où il vit avec sa famille depuis un an.
En tant qu’écrivain, il a été publié chez plusieurs éditeurs dont La Volte, Critic ou Rivière Blanche, et a remporté le prix Masterton 2017 pour son roman Stalingrad.
Ses expériences lui ont inspiré l’écriture de récits du quotidien des soignants dans ces unités spécialisées, qui mettent en lumière les difficultés, les joies, les peines de ce microcosme méconnu. Ces écrits subjectifs et parfois romancés sont également une source de réflexion quant à la gestion et à la finalité du système hospitalier, aux valeurs qui fondent nos sociétés, et aux questions éthiques qui sous-tendent l’amélioration des conditions sanitaires.
Davantage qu’un recueil de chroniques, ce livre constitue un rappel de la fragilité et de l’importance des hommes et des femmes qui prennent soin de l’autre.

Nous avons besoin d’entendre que l’on compte sur nous, et que cette société pour laquelle nous nous battons reconnaît nos efforts et les estime.

Emmanuel Delporte, découvert par le thriller Répliques, publie en autoédition des chroniques sur son principal métier, infirmier en réanimation, sobrement intitulées Chroniques de la Réa.

Plongée dans le dur métier de soignant

Emmanuel Delporte nous transporte directement dans le quotidien, tantôt usant, tantôt frustrant d’un infirmier dans un service de réanimation. Entrées incessantes, pauses mitigées, moments stressants : on entre tout de suite dans le dur avec les premières chroniques. Puis, cela devient plus technique : apprendre à gérer ses émotions face à la mort, faire vite et parfois mal avec les patients, doser ses réactions et notamment vis-à-vis de la hiérarchie, des parents des patients. Voire philosophique : quelles limites mettre entre son empathie personnelle et les relations avec les patients ? Emmanuel Delporte balaye ainsi largement la vie des soignants, et plus particulièrement de ce lieu spécifique qu’est le service de réanimation. Plus généralement, même si ce n’est pas le but premier de ce livre, on peut y voir de larges points communs entre ce témoignage de soignant et celui que pourraient formuler un enseignant, un policier ou un pompier (la proximité avec la mort n’étant pas le point commun, mais plutôt les paradoxes entre demande de reconnaissance et manque de moyens, empathie habituelle et recul nécessaire, etc.). La question principale posée par ces chroniques peut alors être : jusqu’où est-ce une « vocation » d’être dans le service public hospitalier ?

Souffrances et joyeusetés

Le premier de ces textes avait été publié dans le journal Le Monde en mars 2009 (aucun lien avec la pandémie Covid-19 donc) et l’auteur semble y avoir pris goût. Attention, ici, ce n’est pas Bernard-Henri Lévy ou un quelconque autre toutologue qui profite de la pandémie actuelle pour sortir un énième livre et parler de ce qu’il ne connaît pas. Ici, poser quelques mots sur le papier pour résumer une journée de travail ressemble assez vite à un exercice cathartique. C’est qu’il y en a de la souffrance en réanimation. Y entrer n’est pas un acte anodin et suivre cette « chronique didactique » permet de comprendre les logiques parfois complexes d’admission ou non dans ce service, ainsi que les conséquences de cette admission sur l’état physique du patient. Et, en plus, c’est vrai qu’on en apprend des termes nouveaux ; comme dans tout métier, il y a des acronymes dans tous les coins, si on s’y attarde un peu, et l’auteur s’en amuse, histoire de varier les plaisirs face à certaines situations très lourdes. Attention, nous n’avons pas ici un inventaire à la Prévert de tout ce qui peut défiler comme cas dans un service de réa, c’est avant tout un ressenti qui est proposé par l’auteur. C’est une autre vision de la médecine « moderne » que nous pouvons découvrir dans ces textes francs du collier, à lire peut-être en parallèle du livre de Sabrina Ali Benali, également sur le système hospitalier français, extrêmement efficace et efficient, mais plombé par les logiques budgétaires et managériales.

Ces Chroniques de la Réa remuent « un brin » le lecteur, mais c’est nécessaire dans cette période où nous aurions tendance à saluer les individus sans comprendre le système mis en place depuis plusieurs décennies (Sécurité Sociale efficace, mais vidée de ses moyens budgétaires).

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