La Révolte d’une interne

6 mars 2020 0 Par Dionysos
Révolte d'une interne

Titre : La Révolte d’une interne. Santé, hôpital : état d’urgence
Auteur : Sabrina Ali Benali
Éditeur : Le Cherche-Midi, puis J’ai Lu [site officiel]
Date de publication : 2018, puis 12 février 2020

Synopsis : En dénonçant dans une vidéo aux millions de vues le manque de moyens, les conditions de travail détériorées et l’épuisement de ceux qui, chaque jour, veillent sur nos vies, Sabrina est devenue la voix des professionnels de santé du pays.
Elle évoque ici les failles qui fissurent l’institution hospitalière : de la formation des médecins, qui omet le rapport aux patients, jusqu’au système de fonctionnement inspiré de l’entreprise, incapable de soigner correctement et humainement. Ce livre est aussi, en creux, le portrait d’une femme révoltée et altruiste, qui croit toujours profondément en son métier.

La blouse n’est pas une armure.

Alors que, comme quasiment tous les secteurs d’activité de la société française, l’hôpital public est en lutte pour sa survie, afin de maintenir l’« utopie délirante » qui conditionne son organisation, c’est-à-dire la santé pour tous, il se trouve que le témoignage de Sabrina Ali Benali sort en poche chez les éditions J’ai Lu.

Quotidien d’un hôpital public

Sabrina Ali Benali livre son témoignage sur son secteur professionnel : elle a été étudiante en faculté de médecine, médecin externe puis interne, et tout ce parcours lui a fait voir à peu près toutes les facettes de la santé publique en France. Celles-ci sont souvent cristallisées sur les urgences, puisque tout y est plus concentré, plus direct et plus stressant. Mais des cours de la faculté à sa vidéo YouTube pour dénoncer, comme beaucoup d’autres, la situation de délabrement de l’hôpital public en France, l’autrice explique pas à pas les dysfonctionnements, les manquements, les politiques managériales dévastatrices, les politiques budgétaires rigoristes au mépris des soignants (collaborateurs ?) et des patients (clients ?)… La liste peut être longue au regard de ces quelques chapitres, où chaque situation n’est qu’un symptôme de plus d’une situation qui se tend indéniablement. Au-delà du diagnostic, que finalement une majorité de citoyens fait à force de connaître de près ou de loin ce quotidien en passant physiquement par l’hôpital, Sabrina Ali Benali donne à voir aussi le découragement à constater que cette situation devient banale, habituelle pour beaucoup et finalement c’est une situation à laquelle on se fait par entraînement et parce qu’on nous dit que c’est normal. Au fond, n’est-ce pas normal d’avoir des hôpitaux sans dette ? Sont-ils censés servir à autre chose qu’à être rentables ?…

Témoignage franc et direct

Avec Sabrina Ali Benali, nous avons droit à une plongée dans les coulisses, de façon franche, crue parfois, dure souvent. La corde sensible vibre régulièrement, car des situations peuvent en rappeler d’autres, plus personnelles. Elle retrace son parcours pour faire écho à tous ceux qui ont eux aussi la vocation de servir la société, mais à qui on finit par faire désaimer les conditions de leur métier. Ce livre est parti du témoignage qu’elle a lancé via une vidéo YouTube, témoignage qui lui a ouvert les plateaux télé afin de rendre visible et audible la condition hospitalière, et forcément le vécu prend constamment le pas dans cet ouvrage, c’est le but au fond : nous faire ressentir au plus près ce qu’une interne attentionnée, une personne travaillant à l’hôpital en général, peut avoir comme rapport avec son institution quand celle-ci calque ses méthodes sur celles déplorables d’une entreprise privée ayant le seul profit pour but. C’est poignant, forcément, car l’autrice relate au passage quelques-uns de ses souvenirs les plus marquants qui l’ont touchée tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel, les deux se mêlant bien souvent quand on vit un métier social.

Politisation du quotidien

Toutefois, ce témoignage va tout de même plus loin qu’un simple constat : il se transforme en essai quand les sources varient, les chiffres s’accumulent et les pronostics s’étayent de propositions parfois toutes simples mais en tout cas faisables rapidement pour remettre (enfin) la santé de tous au cœur des objectifs de l’hôpital public. Ceci semble la base, mais comme ce n’est pas répété par ceux qui ont habituellement le plus la parole (Christophe Prudhomme, qui préface cette édition J’ai Lu, est trop peu écouté par exemple), il faut bien le redire. Ainsi, l’autrice elle-même raconte aussi sa politisation en toute fin d’ouvrage, montrant la voie que prendre en compte le politique dans nos vies, vouloir aussi y participer à sa moindre mesure, vient toujours d’une expérience personnelle.

La Révolte d’une interne est donc un témoignage poignant sur un aspect central de notre société, tout comme le sont l’école publique, les voies de communication publiques, la police publique, etc. qui sont – ô grand étonnement – tous soumis aux mêmes lois budgétaires.

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