La Vague montante (novella)

9 septembre 2020 4 Par Dionysos
La Vague montante

Titre : La Vague montante
Auteur : Marion Zimmer Bradley
Éditeur : Le Passager clandestin (Dyschroniques) [site officiel]
Date de publication : octobre 2013, puis octobre 2019 (1955 en VO)

Synopsis : En 1955, Marion Zimmer Bradley imagine une societe d’abondance frugale soustraite à l’empire de la technologie.

Eh bien, d’abord, un bon feu de bois donne un excellent goût à la nourriture, la plupart des gens préfèrent ça. Ensuite, une personne doit être fière des plats qu’elle cuisine, ou sinon pourquoi cuisiner ? Enfin, des unités alimentaires facilitent la tâche, si on est paresseux, mais personne ne veut prendre le temps d’en fabriquer. On peut construire sa propre cheminée en une journée, avec l’aide d’un voisin, et s’en servir pour cuisiner le reste de sa vie. Une unité alimentaire, on devrait consacrer des années rien qu’à étudier la mise au point. Des douzaines et des douzaines de travailleurs spécialisés ou non passeraient ensuite des mois à la fabriquer. Ensuite, pour que le prix de vente soit assez bas pour la mettre à la portée de tout le monde, il faudrait en construire des millions. Ça signifierait des centaines et des milliers de personnes entassées dans des usines, juste pour exécuter ce travail. Sans plus avoir le temps de cultiver et cuisiner leur propre nourriture, ou vivre leur vie. C’est un trop grand prix à payer. Ça n’en vaut pas la peine.

Dans la collection Dyschroniques du Passager clandestin, cela pullule de découvertes, anciennes certes, mais des nouvelles et des novellas à redécouvrir. La Vague montante, par exemple, est un texte science-fictif de Marion Zimmer Bradley qui date de 1955 et qui est bien plus intéressant sur le bouleversement climatique que peut l’être la majorité des discours politiques actuels sur le sujet.

Retour au berceau

Le Homeward approche de la Terre. Ses occupants sont les descendants des explorateurs spatiaux venus d’une lointaine planète, colonisée par des Terriens il y a six cents ans et dénommée Terre-II. Évidemment, avec la théorie de la relativité et de dilatation du temps, ce double voyage a pris deux générations, pendant six cents années environ s’écoulaient sur Terre. Ils comptent ainsi donner des nouvelles de cette exploration et de cette colonisation à une planète censée être bien plus avancée qu’eux technologiquement. Quand le Starward est parti de la Terre pour coloniser Terre-II, la planète « berceau » débutait un cycle de conquêtes spatiales, à commencer par Mars et Vénus. Après autant de temps passé et face à tant d’attentes, les occupants du Homeward débarquent dans le petit village de Norten avec leurs certitudes, leurs technologies pas des plus innovantes mais tout de même très avancées, leurs couples si bien formés, Judy et Langdon, Don et Marcia, Brian et Ellie, leur chat Einstein, etc.

Des thématiques très actuelles

Mises à part quelques considérations historiques un peu bâclées, les comparaisons techniques et politiques sont intéressantes et documentées pour comprendre le hiatus présent entre les attentes et habitudes de l’équipage venu de Terre-II et ce qu’ils trouvent une fois débarqués sur la Terre. Marion Zimmer Bradley imagine des Terriens ayant abandonné l’idée d’un capitalisme triomphant, et ce alors même qu’elle écrit en pleine période des Trente Glorieuses et de la consommation de masse à tout crin. Dans la même optique d’un renversement des normes, elle applique un certain traitement genré aux personnages. Les hommes de l’équipage, et notamment Brian, sont « légèrement » hystériques dans leurs réactions ; ce qualificatif n’est pas appréciable, car sexiste dans son origine, mais je pense que cela correspond aux descriptions faites par l’autrice. Cela dit, tout n’est pas forcément très clair, notamment sur l’acceptation ou non du terme « femme » par les différentes populations rencontrées. Mais ce contraste est assez drôle, au fond. C’est la constante comparaison entre la réaction des Terriens locaux et ceux revenus d’une lointaine planète qui fait le sel de cette novella.

La Vague montante est donc une novella qui marque, sa longueur aidant il est vrai à développer des thématiques profondes, même si la « morale » à en tirer n’est pas toujours clairement établie… Cela laisse au moins au lecteur une certaine liberté d’appréciation.

Autres critiques :

The Maki Project

Cette critique est la 17e de ma participation au Projet Maki 2020.

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