Dragon

Titre : Dragon
Auteur : Thomas Day
Éditeur : Le Bélial’ (collection Une Heure Lumière)
Date de publication : 2016 (janvier)

Synopsis : Bangkok. Demain. Le régime politique vient de changer. Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n’en finit plus. Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s’attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l’homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu’il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ?

Note 4.0

Depuis sa fondation au quinzième siècle, Bangkok a connu bien des quêtes. On raconte que nombre de trésors y ont été perdus ou cachés, que certains dieux y vivent, des déesses principalement, à l’abri des regards dans de grandes propriétés à la végétation luxuriante et aux innombrables fontaines. La capitale thaïlandaise compte autant d’histoires que d’habitants.

 

Après un recueil de nouvelles coup de poing consacré aux violences faites aux femmes de part le monde (« Women in chains »), Thomas Day s’attaque avec « Dragon » à un sujet tout aussi terrible : la prostitution des enfants en Asie du sud-est. Le continent asiatique avait déjà à plusieurs reprises servi de décor à l’auteur (« La voie du sabre » ; « La cité des crânes ») qui opte cette fois pour une Thaïlande en tous points fidèles à la notre si ce n’est que des dérèglements climatiques y ont provoqué une inondation partielle des terres. Pour circuler à Bangkok on emprunte désormais aussi bien pédalos et jet-ski que voitures et motos ! C’est dans cette capitale prisée des étrangers occidentaux en quête de toutes sortes d’expériences sexuelles (plus ou moins légales) qu’un certain Dragon entame une carrière de serial-killer. Ses cibles : des pédophiles profitants allégrement de la corruption locale et de la tolérance des autorités pour abuser de mineurs dans les bordels clandestins qui pullulent dans la capitale. Commence pour Tann Ruedpokanon, le policier en charge de l’enquête, une plongée éprouvante dans les bas-fonds de Bangkok et ses trafics les plus odieux pour tenter de comprendre les motivations de ce sanglant justicier.

Thomas Day a depuis longtemps habitué ses lecteurs à un style assez cru et « Dragon » ne fait pas exception à la règle. Aucun détail sordide ne nous est épargné et c’est justement grâce à cette brutalité parfois presque insoutenable que l’auteur parvient à communiquer au lecteur toute sa rage devant l’infâme trafic dont sont victimes aujourd’hui encore des milliers d’enfants en Asie du sud-est. Difficile en effet de ne pas bouillir d’indignation et de colère devant l’impunité dont jouissent ces riches touristes, protégés plus ou moins intentionnellement par les autorités locales qui manquent de moyens ou de volonté pour tenter d’endiguer le phénomène dans une ville bouffée par la corruption. « Le fric vient du trafic, et si y’a des vagues le trafic plonge, alors y’a pas de vague. » L’auteur met aussi l’accent sur des éléments d’ordre culturel qui permettraient d’expliquer en partie la prolifération impressionnante des réseaux de prostitution infantile dans cette partie du monde. L’image donnée ici de la capitale thaïlandaise n’est évidemment pas très flatteuse même si on reste quelques fois saisis par l’exotisme ou la magie qui se dégage de tel endroit ou de telle légende.

 

Un roman court mais marquant dans lequel Thomas Day s’attaque avec sa férocité habituelle au douloureux sujet de l’exploitation sexuelle des enfants sur le continent asiatique. A noter que « Dragon » inaugure avec « Le Nexus du Docteur Erdmann » de Nancy Kress la toute nouvelle collection « Une Heure Lumière » lancée par les éditions Le Bélial’ qui entend ainsi mettre en avant des textes courts mais ambitieux faisant la part belle à l’émerveillement.

Autres critiques : Lutin82 (Albédo – Univers imaginaires) ; Blackwolf (Blog-O-Livre) ; Cornwall (La prophétie des ânes) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte) ; Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres)

Critique réalisée dans le cadre du Challenge Francofou 3 et du Challenge ABC Littératures de l’Imaginaire 2016

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