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Titre : Women in chains
Auteur : Thomas Day
Nouvelles : La ville féminicide ; Eros-center ; Tu ne laisseras point vivre ; Nous sommes les violeurs ; Poings de suture
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2012

Synopsis : Mexique : Juárez. La ville monstre dévore ses femmes. Leurs souffrances et leur sang nourrissent des cauchemars si anciens que la mémoire des hommes les a oblitérés. Allemagne : Un eros-center. Cinq étages sans ascenseur, plaisir hâté pour luxure tarifée. La romance qui naîtrait dans ces murs ne pourrait que se poursuivre dans la folie et la violence. Groenland : L’hiver est le dernier refuge de Cassandra. La désolation glacée pour couver l’oubli. L’oubli de soi et du pouvoir de trop en voir. Afghanistan : Mercenaires et touristes. En mission, mystiques, égarés. Nous sommes les violeurs. Nous sommes les libérateurs. France : Les poings qui vengent, les pistons qui rendent les coups. Tous les coups silencieux de la lâcheté des hommes. La revanche extraordinaire sur la violence ordinaire.Une petite pentalogie des violences faites aux femmes

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Les visages des disparues de Ciudad Juarez, « les mortes de Juarez » comme on les surnomme, sont imprimés sur des tracs, des affichettes, dans les journaux, les petites annonces… De nombreux corps, un sur dix environ, ne sont jamais retrouvés. Tu sais pourquoi… Tu entends ce bruit? Il est insupportable non? En robes blanches, écharpes roses au cou, les mères crient : « NI UNA MAS! » et dès le lendemain je leur réponds : « UNA MAS! » (La ville féminicide)

Attention, âmes sensibles s’abstenir ! Après un précédent recueil déjà très sombre et souvent presque insoutenable (« Stairways to hell »), Thomas Day nous propose avec « Women in chains » cinq petites nouvelles d’une brutalité et d’une noirceur incroyables, toutes consacrées aux femmes et aux violences qui leur sont infligées partout de part le monde. Inspirée de faits réels « La ville féminicide » nous plonge ainsi dans le cauchemars de la ville d’Amérique du sud de Juarez, l’enfer sur terre pour beaucoup et en particulier les femmes dont plus de cinq milles ont déjà été enlevées, violées et assassinées. L’auteur nous entraîne ensuite à la découverte des ficelles de la prostitution africaine en Occident avec « Eros center », puis en Afghanistan avec « Nous sommes les violeurs », nouvelle spéculative visant à choquer le lecteur tant pour le faire réagir que réfléchir. Enfin, avec « Tu ne laisseras point vivre » et « Poings de suture » nous suivons pour quelques pages le parcours de deux jeunes femmes : Cassandra, exilée volontaire au Groenland en raison d’un appétit sexuel trop dévorant, et Samira, confrontée pour la première fois à la violence de son conjoint.

Des histoires fortes, dures, glaçantes, insoutenables souvent, on peut dire que Thomas Day sait comme s’y prendre pour marquer ses lecteurs ! Mais le tout est écrit avec beaucoup de talent, voire même parfois de poésie, et les idées originales foisonnent : il est nécessaire de parler des femmes et de la violence qui leur est faite partout dans le monde, pourquoi pas par le biais de la fantasy? Tout en abordant le massacre des femmes de Juarez, le quotidien des prostituées africaines ou encore le sort réservé aux femmes afghanes en temps de guerre, l’auteur trouve ainsi le moyen de nous parler également de sacrifices aztèques ancestraux, de puissante magie africaine, de malédiction familiale, de chasse aux sorcières… Les héroïnes de Thomas Day sont toutes très différentes les unes des autres mais on on retrouve chez elles la même force, la même volonté de vaincre. Qu’il s’agisse de Joy, africaine naïve embarquée dans la prostitution, Cassandra, jeune femme pour qui le sexe est loin de n’être qu’une partie de plaisir ou encore Sayeda et Samira, la première violée, l’autre battue mais qui surent malgré tout se reconstruire, l’auteur nous livre des portraits de femmes attachantes, touchantes et profondément humaines.

Une lecture difficile, donc, mais nécessaire, le sujet de la violence faite aux femmes étant trop souvent passé sous silence. « Women in chains » a le mérite d’en parler, de façon originale, certes, mais non pas moins sérieuse. Un recueil poignant après la lecture duquel on ressort groggy et pas totalement indemne.

Autres critiques : Anaterya (Océan de Pages), Cornwall (La Prophétie des Ânes), Emmanuel Delporte (Le Décapsuleur) et Monochrome (Monographies)