Science-Fiction

Les dieux lents

Titre : Les dieux lents
Auteur/Autrice : Claire North
Éditeur : Le Bélial
Date de publication : 2026 (avril)

Synopsis : Au cœur du gouffre enténébré qui sépare les étoiles, sanglé dans son siège de pilote, Mawukana na-Vdnaze est mort là où d’autres ont trouvé la folie. Avant de revenir à la vie — plus tout à fait humain, mais susceptible de parler à l’obscurité infinie… Voici l’histoire de Mawukana na-Vdnaze, de ses nombreuses vies et de ses morts toutes aussi nombreuses. L’histoire de sa vengeance contre l’empire de l’Éclat. Et d’une supernova à même de vitrifier n’importe quelle civilisation sur des dizaines d’années-lumière. Un absolu désastre pour certains. Une opportunité pour d’autres. Tandis que dans l’abîme, hors du temps, d’étranges entités tissent leurs desseins impensables…

Un space-opéra ambitieux…

Claire North est une autrice que j’affectionne énormément depuis des années. Aussi bien pour sa trilogie « La maison des jeux » que pour celle proposant une réécriture féministe de l’histoire de Pénélope d’Ithaque, mais aussi pour ses one-shots mêlant SF et thriller comme « Les quinze premières vies d’Harry August » ou « Sweet Harmony ». Bref, si vous ne connaissez pas encore cette autrice, vous pouvez vous plonger dans son œuvre les yeux fermés. D’autant qu’avec « Les dieux lents », Claire North vient rajouter une nouvelle corde à son arc en optant cette fois pour du space-opera. Il s’agit là d’un sous-genre que je n’apprécie pas particulièrement, pourtant l’autrice est là encore parvenue à me surprendre. Le roman met en scène un certain Mawukana na-Vdnaze, un homme ayant grandit sur une planète dirigée par l’Éclat, une entité imposant une dictature stricte partout où elle s’étend et dans laquelle chaque individu ne vaut qu’en fonction de ce qu’il rapporte ou coûte à la société. Un modèle qui ne révolte pas plus que cela notre héros qui se caractérise au départ par un remarquable détachement à tout ce qui peut se passer autour de lui. Pourtant, suite à un mouvement de protestation sans précédent et à la répression sanglante qui a suivi, le voilà mis au ban des accusés et condamné à un sort terrible dont il est certain de ne pas réchapper. C’est pourtant ce qui arrive car, contre toute attente, Mawukana survit à la perte du vaisseau dont il était le pilote et qui avait disparu dans le grand vide qui sépare toutes ces planètes et dont personne ne sait de quoi il est constitué ni qui l’habite. Son apparente immortalité va évidemment intéresser beaucoup de monde, et c’est désormais pour une organisation interplanétaire qu’il va assurer le rôle de pilote. Parmi les missions qui vont lui être confiées, une va en particulier changer sa vie et sa perception du monde. Car dans cet univers, le choc à venir de deux étoiles condamne à mort une planète toute entière ainsi que ses milliards d’habitants. Heureusement anticipé, l’événement n’en demeure pas moins inévitable, aussi les autorités ont-elles pris le soin d’organiser l’évacuation du plus grand nombre. Il convient également de réfléchir à ce qui pourra être sauvé en terme d’archives, d’histoires, d’arts, et c’est là qu’entre en scène Gebre.

…mais un problème de rythme récurrent

Je ressors de la lecture de ce roman avec un sentiment mitigé qui, je pense, est en grande partie lié à mon absence d’appétence initial pour ce type de récit. J’ai malgré tout été à nouveau très sensible à la plume de Claire North qui met ici en scène des personnages profondément attachants et d’une grande complexité. Mawukana na-Vdnaze est un héros qui se dévoile lentement mais sûrement et, si j’ai été dans un premier temps déroutée par sa passivité et son manque criant d’émotions, le personnage évolue heureusement et acquière au fil de ses expériences une personnalité riche et des sentiments sincères. Gebre n’y est pas pour rien, et la relation que l’autrice tisse entre ces deux personnes, issues de deux planètes (et donc deux civilisations) différentes mais qui parviennent malgré tout à se comprendre et s’aimer, est particulièrement touchante. En ce qui me concerne, j’ai également été sensible au soin pris par Claire North pour imaginer un univers cohérent et d’une grande richesse, si vaste que l’on comprend très vite qu’elle ne nous donnera ici qu’un petit aperçu d’un tout bien plus considérable. L’autrice a notamment effectué un gros travail sur la langue, maniant par exemple l’usage des pronoms en fonction de la nature de la personne ou de la machine concernée. C’est un peu déstabilisant au début, mais on finit par s’y faire et cela vient renforcer chez les lecteurices l’impression de s’immerger dans un univers et une culture où il nous faut tout réapprendre. De la même manière, les informations fournies sur la civilisation d’Adjumir impressionnent par leur cohérence, leur originalité, et surtout leur degré de détails. En dépit de toutes ses indéniables qualités, le roman souffre cependant selon moi d’un criant problème de rythme. Outre le fait que les rebondissements dévoilés par la quatrième de couverture n’arrivent qu’à environ la moitié du roman, on peut également regretter le fait que le héros de cette aventure soit contraint d’avancer sans boussole pendant toute la première partie du récit. On navigue ainsi à vue pendant une bonne partie de notre lecture, et, quand bien même on apprécie la balade dans cet univers étonnant et dépaysant, on finit par se demander si l’autrice va finir par enclencher la deuxième et rentrer dans le vif du sujet.

Lecture en demi-teinte pour « Les dieux lents » de Claire North, un space-opera ambitieux mettant en scène un homme visiblement immortel parcourant le gouffre immense et impénétrable séparant les astres pour sauver ce qui peut l’être d’une planète condamnée et se venger de l’empire totalitaire dans lequel il a grandit. Porté par une plume toujours aussi évocatrice et un univers d’une richesse peu commune, le roman pâtit en revanche d’un sacré manque de rythme qui pourra hélas venir à bout de la patience de lecteurices, y compris ceux déjà friands de ce type de récit.

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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