Science-Fiction

Tuez-les tous !

Titre : Tuez-les tous !
Auteur/Autrice : Christopher Bouix
Éditeur : Au Diable Vauvert
Date de publication : 2026 (avril)

Synopsis : Brignac-sur-mer, neuf jours avant Noël. Alors que la neige tombe sans discontinuer depuis plusieurs jours, coupant du monde la petite ville dans l’attente des fêtes, des enfants se mettent à assassiner leurs parents, enseignants et autres adultes, provoquant terreur et incompréhension.

Un « conte » de Noël tragico-comico-horrifique

Après l’excellent « Alfie » mettant en scène une intelligence artificielle domestique influencée par sa lecture d’Agathe Christie, Christopher Bouix a continué d’interroger notre rapport toxique aux nouvelles technologies avec deux autres romans que j’ai également beaucoup apprécié : « Tout est sous contrôle » et « Le mensonge suffit ». Avec « Tuez-les tous », l’auteur change complètement de thématique puisqu’il interroge cette fois les rapports de domination entre enfants et adultes. L’action se déroule dans la petite ville de Brignac-sur-mer où deux événements se déroulant simultanément ne tardent pas à provoquer une panique générale. Le premier consiste en une tempête de neige d’une intensité et d’une durée sans précédent qui isole irrémédiablement la petite commune du reste du monde à quelques jours seulement des fêtes de Noël. Plus inquiétant, le second événement réside dans une succession de meurtres perpétrés dans l’intimité des foyers par des enfants qui, du plus petit bambin à l’adolescent, se mettent à attaquer leurs parents. C’est dans ce contexte que l’on fait la connaissance de nos protagonistes qui vont se retrouver piégés à Brignac alors que la vague meurtrière continue d’enfler et la météo de se dégrader. Parmi eux une médecin enceinte de son premier enfant débordée par les virus hivernaux, un météorologue pas vraiment enchanté de revenir dans sa ville natale pour le boulot, mais aussi une CPE déjantée en charge d’animer des séances d’éducation à la sexualité auprès de ses collégiens, une jeune femme et sa sœur ayant fui leur famille d’accueil, ou encore un homme d’affaire en séminaire plus occupé à reluquer ses collègues qu’à travailler. Du côté de la narration, l’auteur opte pour une multiplication des points de vue, mais aussi des modes narratifs. On passe ainsi du récit à la troisième personne classique à une narration plus intime, d’un extrait de chronique radiophonique à un power-point de présentation ou encore au descriptif scène par scène de l’adaptation en cinéma façon blockbuster de l’histoire.

Surenchère et caricature : histoire d’un rendez-vous manqué

L’idée consistant à interroger les rapports de domination entre adultes et enfants est intéressante, tout comme celle de questionner la place de ces derniers dans la société, le tout sous un faux air de conte de Noël tragico-comico-horrifique. Si j’ai à nouveau été sensible à l’humour de Christopher Bouix qui nous livre une fois encore des dialogues hilarants, il s’agit bien là du seul point positif de cette lecture que j’ai trouvé tour à tour déroutante, voire carrément malaisante. Le principal problème réside dans la construction de l’intrigue qui part dans tous les sens et peine à proposer une réflexion constructive sur le sujet. J’ai également été gênée par la violence mise en scène par l’auteur qui, certes, inverse dans un premier temps le rôle dominant/dominé en montrant des enfants s’en prendre à leurs parents, mais finit tout de même par revenir aux rapports classiques de domination qui voient des adultes exercer des violences sur des enfants. Or, si l’humour fonctionne au début en raison du décalage avec la réalité, la violence devient vite insupportable dès lors qu’elle revêt ses atours ordinaires. L’auteur en fait également souvent trop dans la caricature, l’exemple le plus marquant restant sans doute celui de cette CPE de collège qui passe la quasi totalité du roman revêtue de son costume de vulve visant à sensibiliser les élèves à la sexualité. Là encore, je suis dubitative : quel est l’intérêt ? Du côté des personnages, justement, ce n’est malheureusement pas mieux puisque ces derniers se révèlent, au mieux, creux, au pire, franchement antipathiques. Difficile dans ces conditions de s’attacher à eux, et ce d’autant plus que leur comportement et leurs décisions manquent sacrément de logique et de jugeote, ce qui provoque un désintérêt total pour leur sort. La conclusion ne trouve quant à elle d’intérêt que dans la façon dont elle nous est racontée (à posteriori, par les protagonistes eux mêmes qui découvrent le scénario de l’adaptation au cinéma de leur propre histoire). L’explication proposée, elle, peine à convaincre, de même que la solution donnée, là encore caricaturale à l’excès.

Rendez-vous manqué pour ce nouveau roman de Christopher Bouix que j’attendais pourtant avec impatience. « Tuez-les tous » met en scène une petite ville du bord de mer frappée à la fois par un phénomène météorologique intense et par une vague de meurtres perpétrés par des enfants sur des adultes. En dépit d’un début de réflexion intéressant sur les rapports enfants/adultes, le roman sombre rapidement dans la caricature et la surenchère en matière de violence, ce qui rend la lecture malaisante et l’humour déplacé. Dommage…

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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