Science-Fiction

Lady astronaute, tome 2 : Vers Mars

Titre : Vers Mars
Cycle/Série : Lady astronaute, tome 2
Auteur : Mary Robinette Kowal
Éditeur : Denoël
Date de publication : 2021 (octobre)

Synopsis : Alors qu’une sonde robotisée se pose sur Mars, prélude à une première mission habitée vers la planète rouge, Elma York embarque à bord de la navette qui la ramènera sur Terre après une affectation de trois mois sur la Lune. Mais le retour ne se passe pas comme prévu : un groupe de terroristes appartenant au mouvement Earth First profite de l’atterrissage en catastrophe du vaisseau pour prendre l’ensemble des passagers en otage. Leurs revendications sont simples : l’arrêt de la conquête spatiale et la réaffectation du budget à la survie sur Terre. La Lady Astronaute parviendra-t-elle à leur faire entendre raison et, surtout, réalisera-t-elle son rêve : fouler, un jour, le sol martien ?

Comme Parker l’avait si gentiment souligné, nous avions un travail à faire. Le mien consistait à rendre l’espace le plus séduisant possible pour les Terriennes. Ma fiche de poste avait beau mentionner calculatrice, j’étais une pin-up des étoiles. 

Après les étoiles… Mars !

Après un premier tome passionnant dans lequel Mary Robinette Kowal proposait une réécriture de la conquête spatiale en la faisant advenir bien plus tôt que prévu, l’autrice revient avec « Vers Mars », second volume mettant à nouveau en scène l’astronaute Elma York, symbole de la lutte des femmes pour conquérir le droit de voyager dans l’espace au même titre que leurs homologues masculins. L’action se déroule près de dix ans après les événements relatés dans « Vers les étoiles », et la situation sur Terre a bien changé depuis l’écrasement en 1952 de l’énorme météorite qui causa la destruction d’une partie des États-Unis et engendra un profond bouleversement climatique qui, à terme, devrait rendre toute vie sur notre planète impossible. En effet, immédiatement après la catastrophe la majeure partie des pays du monde s’était accordée sur la nécessité d’une coopération internationale en vue de financer un programme d’exploration spatial ambitieux visant à développer des colonies humaines dans l’espace. Dix ans plus tard, de plus en plus de voix discordantes se font entendre et viennent remettre en question le financement même du programme qui, certes, a vu ses efforts couronnés de succès (une colonie existe sur la Lune et le projet est désormais d’en installer une sur Mars) mais demeure malgré tout très coûteux et pose des questions d’ordre moral. Beaucoup estiment en effet que cet argent devrait plutôt être utilisé pour tenter de trouver une solution pour sauver la Terre, tandis que d’autres craignent surtout que cet essaimage progressif de l’humanité se fasse au dépend des populations déjà les plus touchées par les bouleversements climatiques. Bien que sensible à ces critiques, Elma, elle, continue de ne rêver que d’une chose : explorer encore et toujours l’espace. Or, son travail sur la Lune commence à la lasser par son aspect routinier, au point que la jeune femme envisage d’abandonner purement et simplement sa carrière pour se consacrer davantage à son couple et, peut-être, à de futurs enfants. Une nouvelle opportunité va toutefois remettre en question ses plans puisqu’on lui propose de se joindre en court de route à l’équipage de la première mission d’exploration martienne. Une mission d’une durée de trois ans, aux côtés d’un équipage peu enthousiaste de la voir prendre au pied-levé la place d’un autre membre pour une question de marketing. Car Elma découvre rapidement que sa place dans l’expédition est moins due à ses compétences (pourtant bien réelles) qu’a son image d’icône de l’espace auprès du grand public…

Plongée dans le quotidien des astronautes dans l’espace

Bien qu’un léger cran en dessous du premier, ce deuxième tome se révèle à nouveau de très bonne facture et offre un excellent moment de lecture. L’ambiance a évolué par rapport au volume précédent puisque, de calculatrice assistant aux premières loges (mais indirectement) aux premiers balbutiements humains dans l’espace, Elma est désormais une astronaute à part entière et se retrouve donc au cœur de l’action. Pour être honnête la conquête de l’espace n’est pas un sujet qui me passionne, alors même qu’il déchaîne depuis longtemps les passions du grand public (aujourd’hui encore, difficile de passer à côté des allers et retours de Thomas Pesquet sur l’ISS ou de la course de vitesse à laquelle se livrent Bezos et Musk en terme de tourisme spatial). J’appréhendais donc de voir la majeure partie du roman se focaliser sur le voyage de l’équipage de l’expédition martienne, craignant de ne pas saisir les références techniques ou de ne pas parvenir à partager l’enthousiasme et l’émerveillement des personnages. Peur infondée : le voyage se sera révélé captivant ! Alors certes, je n’ai effectivement pas compris grand-chose au jargon propre aux astronautes dont est parsemé le roman, mais, étrangement, cela ne gêne en rien le lecteur, même doté d’un faible bagage scientifique comme c’est mon cas. Disons que ça met dans l’ambiance, comme une sorte d’agréable bruit de fond qu’il n’est pas essentiel de pleinement saisir pour bien comprendre les enjeux dont il est question. La volonté de l’autrice de coller au plus près à la réalité est en tout cas louable, et on sent bien que certaines scènes sont le fruit de ses propres observations (elle a notamment pu visiter certains sites de la NASA et assister à des simulations) ou d’un minutieux travail de documentation. De plus, si de nombreuses précisions concernant le déplacement de la navette ou encore la façon dont les astronautes se repèrent dans l’espace sont bel et bien d’ordre scientifique, beaucoup d’autres anecdotes concernant les différents aspects de la vie à bord d’un vaisseau sont plus terre-à-terre et donc plus aisées à appréhender. L’espace, ça n’est pas franchement glamour, et l’autrice multiplie les petites scènes qui tendent à le démontrer, que cela concerne la cuisine, les déplacements, l’hygiène, l’intimité ou même la mort (on se croirait presque lors de certains passages dans la BD scientifico-humoristique « Dans la combi de Thomas Pesquet » de Marion Montaigne).

Parker a gloussé. « Dites à Clemons que ça illustre parfaitement la nécessité de confier la buanderie aux femmes. Qu’on les envoie dans l’espace, très bien, mais qu’on tienne compte de leur expertise, au moins. »
Bien. C’était donc un authentique connard.

Conquête spatiale et discriminations

L’intrigue, elle, est relativement simple et pourrait même dans un premier temps paraître trop simpliste, si ce n’était sans compter sur le talent de conteuse de Mary Robinette Kowal grâce auquel on prend énormément de plaisir à suivre le quotidien des membres d’équipage tout au long de leur voyage vers Mars. Un quotidien régulièrement perturbé par des retournements de situation de plus ou moins grande intensité qui permettent à l’autrice de développer chaque fois une facette différente des membres de l’équipage, tout en mettant à l’épreuve la fragile cohésion du groupe. Les relations qu’entretiennent les personnages dans cet espace clos et relativement restreint sont au cœur du roman qui, comme dans le premier tome, n’hésite pas à aborder frontalement la question du sexisme et du racisme, deux thématiques centrales ici. On connaît bien toutes les difficultés auxquelles Elma a été confrontée durant son long combat pour accéder au titre d’astronaute, et on réalise ici que, malgré de nettes avancées, les choses sont encore loin d’être gagnées. Sans arrêt renvoyée à son genre, notre héroïne désespère (et nous avec) d’être traitée les trois-quart du temps comme une simple vitrine marketing, une sorte de pin-up de l’espace, censée rendre les voyages spatiaux moins effrayants et plus glamour aux yeux du public. L’autrice souligne toutefois intelligemment qu’être soi-même victime de discriminations n’empêche pas d’être aveugle à celles subies par d’autres, en l’occurrence ici les membres noirs de l’équipage. L’occasion pour Mary Robinette Kowal de raccrocher un peu plus son récit à notre propre histoire, quoiqu’avec de légères entorses, et ainsi de parler du mouvement de lutte pour les droits civiques aux États-Unis, de Martin Luther King, ou encore de l’apartheid en Afrique du Sud. Tous les personnages se retrouvent confrontés d’une manière ou d’une autre à ces thématiques, et leurs réactions se révèlent parfois surprenantes, révélant des personnalités plus ambiguës qu’on pouvait le croire (c’est notamment le cas de Parker, chef de l’expédition, qu’on avait appris à détester dans le premier tome mais qu’on découvre ici sous un nouveau jour).

Deuxième volet des aventures de « Lady astronaute », « Vers Mars » est un roman captivant qui fait la part belle à l’exploration spatiale dans un monde certes uchronique par certains aspects mais finalement peu différent du notre. Porté par une héroïne toujours aussi attachante, le récit décrit de façon remarquable le quotidien d’un équipage en route pour la planète rouge, tout en continuant d’interroger la place des femmes et des minorités dans la société en générale, et dans la conquête spatiale en particulier. Un vrai régal !

Voir aussi : Tome 1

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Apophis (Le culte d’Apophis) ; Célinedanaë (Au pays des cave trolls) ; Tigger Lilly (Le dragon galactique)

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

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