Chroniques d’un vieux Gilet Jaune en Sarthe et à Paris

18 novembre 2019 2 Par Dionysos
Chroniques d'un vieux Gilet Jaune en Sarthe et à Paris

Titre : Chroniques d’un vieux Gilet Jaune en Sarthe et à Paris
Auteur : Jean-Claude Leroyer
Éditeur : Éric Jamet éditeur [site officiel]
Date de publication : 12 octobre 2019

Synopsis : Schiappa, Ruffin, médias, CGT, Attali…
Ce n’est pas une étude sociologique. Ce n’est pas un pamphlet politique. Ce n’est pas un traité philosophique. C’est juste le témoignage d’un retraité de 77 ans, aux côtés de plusieurs centaines de Gilets Jaunes sarthois, témoins et victimes d’une police partout et d’une justice nulle part.
En France en 2019, les sanctions sont beaucoup plus lourdes pour un Gilet Jaune, honnête citoyen pris dans une manifestation non déclarée que pour de hauts personnages, voleurs de millions d’Euros à l’État Français.

Les Gilets jaunes arrêtés ne deviendront jamais des leaders ni des proscrits, mais des héros discrets, remarquables, exceptionnels, aimés par toute la communauté de ceux qui auraient pu être à leur place.
Tout le monde sait qu’ils sont victimes de l’arbitraire d’un pouvoir aux abois. La répression n’a jamais fait disparaître la misère. Les cœurs meurtris des Gilets Jaunes sont emplis de haine à l’encontre de ceux qui volontairement les maintiennent dans des situations désespérées. La flamme de la révolte ne s’éteindra pas sous les coups de matraque, elle continuera à brûler silencieusement dans l’attente d’un nouvel incendie.

À l’occasion de La 25e Heure du Livre 2019, le salon du Mans, le Bibliocosme a aussi pu rencontrer parmi les stands des différents éditeurs locaux Jean-Claude Leroyer, qui publie ses Chroniques d’un vieux Gilet Jaune en Sarthe et à Paris, chez Éric Jamet éditeur.

Plongée dans les ronds-points sarthois

Jean-Claude Leroyer est, comme beaucoup d’autres, un citoyen curieux de ce qui se passait le 17 novembre 2018, quand rendez-vous était donné à se rassembler autour de lieux communs, des ronds-points, et d’un symbole étrange, le Gilet Jaune. Il va voir et reconnaît tout de suite la demande sociale très forte dans les mots de ceux qu’ils rencontrent sur les ronds-points du Mans et de la Sarthe. Dans ce petit ouvrage, il en fait la narration semaine par semaine, acte après acte, afin de justifier ce terrible mais véridique slogan « Police partout, justice nulle part ». Et de la police, il en croise beaucoup, à des répressions en manifestation bien sûr, mais aussi aux destructions de cabanes sur des ronds-points, ainsi qu’au volet judiciaire qui s’est abattu et s’abat encore sur plusieurs Gilets Jaunes, passés comme de coutume en « comparution immédiate ». Il narre, certes parfois avec rapidité, mais aussi souvent avec des citations directes des procès-verbaux des séances judiciaires et une analyse de la presse locale et nationale, l’enchaînement implacable de la répression sur les Gilets Jaunes, un mouvement qui ne veut pas de leaders, mais qui veut qu’on entende ses revendications politiques. Heureusement, il y a aussi quantité de bons et beaux moments, aux ronds-points bien sûr car s’y est retrouvée une puissante solidarité, ainsi qu’un embryon intéressant de conscience de classe intéressant ; et quelques moments-phares comme la venue de François Ruffin pour l’avant-première de J’veux du soleil, forcément ça marque quand la remontée de la gare à la place des comtes du Maine se fait d’un seul cœur.

Quelle portée ?

L’auteur met l’accent sur un fort contexte local (Le Mans) avec un maire tout à fait compatible avec le gouvernement et également une secrétaire d’État, Marlène Schiappa, qui s’implique directement dans les réponses vindicatives aux Gilets Jaunes (elle est encore conseillère municipale au Mans, sans être présente lors des sessions du conseil). Toutefois, les allers-retours à la capitale sont importants pour comprendre que ce mouvement ne prend son sens que dans l’échange constant entre le local et le national : si les problèmes sont et l’un et l’autre, les solutions aussi sont et locales et nationales. Sans trop donner son avis sur l’orientation que devrait ce mouvement selon lui, l’auteur se permet quelques conseils à la toute fin, non d’ordre politique puisque les réflexions ne se font pas sur le message (il reprend les revendications officielles du mouvement), mais plutôt d’ordre organisationnel, privilégiant l’établissement de structures communes de délibération. À noter que Jean-Claude Leroyer se bat avant tout pour que les citoyens condamnés parmi les Gilets Jaunes soient soutenus financièrement, ce livre participant à cet élan de solidarité.

Un an déjà de samedis enthousiasmants pour les uns, terribles pour certains, traumatisants pour d’autres, mais qui ne semblent pas proches de la fin, renforcés par cette « littérature jaune » qui entretient la médiatisation nécessaire de et par ce mouvement.

Retour en haut