L’Examen (nouvelle)

21 novembre 2019 0 Par Dionysos
L'Examen

Titre : L’Examen (The Test)
Auteur : Richard Matheson
Éditeur : Le Passager clandestin (Dyschroniques) [site officiel]
Date de publication : 21 novembre 2019 (1954 en VO)

Synopsis : Que diriez-vous si votre père, comme toutes les personnes de plus de 60 ans, devait passer régulièrement un test qui détermine si sa vie offre encore quelque intérêt pour la communauté ? En 2003, dans une société régie par la productivité, les personnes âgées ne peuvent être un « poids » pour les actifs. Aussi, passé un certain âge, chacun est contraint par la loi de passer un examen pour évaluer ses aptitudes intellectuelles et physiques et dont le résultat déterminera la suite de son existence… À l’heure où nos sociétés occidentales contemporaines sont confrontées au vieillissement de la population et à la « gestion » des personnes non autonomes, il est urgent de relire Richard Matheson et sa vision des dérives d’une société gouvernée par l’utilitarisme économique qui peine de plus en plus à cohabiter avec ses aînés.

Si seulement il pouvait oublier le passé et prendre son père pour ce qu’il était à présent : un vieillard impotent, radoteur, qui leur gâchait la vie. Mais il était difficile d’oublier combien il avait aimé et respecté son père, difficile d’oublier les randonnées dans la campagne, les parties de pêche, les longues conversations le soir venu et toutes les joies qu’ils avaient partagées.
Voilà pourquoi il n’avait jamais eu le courage de signer la demande. Il ne s’agissait que de remplir un formulaire, d’une procédure des plus simples, beaucoup plus simple que d’attendre le retour de cet examen tous les cinq ans. Mais cela aurait signifié l’arrêt de mort de son père, le droit pour l’État de se débarrasser de lui comme d’un déchet. Il ne pourrait jamais s’y résoudre.

On découvre (ou redécouvre) parfois des textes oubliés ou passés inaperçus ; c’est le cas ici de L’Examen, de Richard Matheson, réédité chez Le Passager clandestin.

Dyschroniques

L’Examen est publié dans une collection nommée Dyschroniques. Elle cherche à remettre au goût du jour des nouvelles de science-fiction (souvent d’anticipation plus précisément) parues au milieu du XXe siècle, soit sous la plume de maîtres du genre déjà reconnus, soit sous celle d’auteurs plus confidentiels qui ont donc besoin d’un coup de projecteur (un peu à l’image de ce que fait également L’Arbre vengeur). C’est donc une parution dans un petit format pour des textes précieux, puisqu’ils sont choisis par les éditeurs pour leur fort lien avec notre actualité : quand bien même le texte a été écrit il y a plusieurs décennies, en d’autres lieux et en d’autres mœurs, son propos de science-fiction recèle des réflexions précieuses pour la compréhension de notre monde à la dérive.

La vieillesse est-elle un naufrage ?

Ici, nous suivons Tom, quatre-vingts ans, qui doit passer son quatrième « test », examen qui doit vérifier ses aptitudes physiques et cognitives. Dans ce but, Leslie, son fils, l’entraîne sur certaines questions, sa femme Terry et leurs enfants sont également présents à la maison. Dans cette société (datée de 2003 dans ce récit de 1954), il semble qu’une fois les soixante ans arrivés, il faille passer un test pour mériter de rester en vie. C’est une façon certes singulière, mais assez pratique, de sélectionner ceux qui auront l’honneur et l’avantage de mourir plus vieux que les autres, cela règle les problèmes de « gestion » des personnes âgées, des soins gériatriques et autres « soucis » liés à nos EHPAD. Ce texte nous renvoie en pleine figure ce que peut ressentir une personne qu’on ne considère que sous l’angle de la productivité qu’elle n’a plus, de la mobilité qu’elle a perdue et de l’autonomie qu’elle recherche toujours.

Récit poignant et percutant

Dans ce court récit, ce qui est fort est d’abord l’empathie entre les personnages, non seulement vis-à-vis du père, Leslie, qui voit son propre père dépérir et attend malgré tout son décès approchant, mais surtout vis-à-vis du grand-père, Tom, qui arrive à la fin de sa vie et dont le destin dépend d’un banal test médical d’aptitude. Dès les premières lignes, la tension est posée entre le lien filial et familial autour du grand-père et l’extrême difficulté à trouver une utilité productive à cette « personne âgée ». Le texte se termine sûrement de façon un peu trop abrupte, mais a le mérite de nous laisser imaginer la suite en toute liberté.

L’Examen est un très bon choix de la part de cette collection Dyschroniques, à la fois beau texte et très actuel au vu de notre constante recherche de la productivité au détriment de l’humain.

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