L’appel de Cthulhu illustré

6 septembre 2019 9 Par Boudicca

Titre : L’appel de Cthulhu illustré
Auteur : H. P. Lovcraft
Illustrateur : François Baranger
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2017

Synopsis : Boston, 1926. Suite au décès, dans des circonstances étranges, de son grand-oncle, Francis Thurston découvre dans les documents dont il hérite l’existence d’une secte vouant un culte à une créature innommable, endormie depuis des millions d’années. Sacrifices indicibles pratiqués dans les bayous de Louisiane, meurtres mystérieux perpétrés dans divers endroits du globe, artistes sombrant dans la démence après des visions nocturnes terrifiantes, renaissance de cultes ancestraux et surtout, une cité cyclopéenne surgissant de l’océan lors d’une tempête… Thurston va comprendre peu à peu que les recherches de son grand-oncle concernant le culte de Cthulhu étaient bien trop proches de la vérité et que, dans l’ombre, des adeptes œuvrent au réveil de leur dieu païen, prêts à faire déferler la folie et la destruction sur le monde. Les astres sont alignés. La fin est-elle proche ?

 

Ce qui a surgi peut disparaître, et ce qui a disparu peut surgir de nouveau.

Le maître de l’horreur illustré

S’il y a bien un auteur d’horreur et de fantastique à côté duquel il est impossible de passer, c’est bien H. P. Lovecraft. Parmi son abondante bibliographie, « L’appel de Cthulhu » reste sans doute son récit le plus célèbre, et c’est celui-ci qu’a justement choisi d’illustrer l’artiste et auteur François Baranger. Publié par les éditions Bragelonne dans une collection qui, espérons-le, sera amenée à s’étoffer dans les années à venir, l’ouvrage est tout bonnement magnifique et en impose déjà par ses dimensions (attention, grande bibliothèque obligatoire !). Écrit à la fin des années 1920, le texte met en scène un jeune homme qui, alors qu’il est occupé à trier les affaires de son grand-oncle décédé, met la main sur une série de documents réunis sous l’appellation mystérieuse de « Culte de Cthulhu ». En se plongeant dans les notes du défunt, le narrateur découvre une succession de témoignages plus extravagants et intrigants les uns que les autres. Le premier fait état des rêves ayant hanté pendant une période similaire un ensemble de personnes (essentiellement des artistes) qui rapportent toutes les mêmes visions cauchemardesques de cités cyclopéennes et d’une créature si colossale et si terrifiante que l’esprit humain ne peut l’appréhender sans sombrer dans la folie. Le second récit relate quant à lui une intervention de police survenue dans un petit village de la Nouvelle-Orléans et faisant état de rituels atroces et de sacrifices sanglants perpétrés par les adorateurs des Grands Anciens, des divinités qui auraient vécu bien avant nous et reposeraient désormais endormies dans les profondeurs de la terre ou de la mer. Du moins jusqu’au jour où le grand prêtre du culte, Cthulhu, s’éveillera « dans sa sombre demeure de R’lyech, la grandiose cité sous-marine, pour reconquérir le monde ». Sceptique mais néanmoins intrigué, notre héros va à son tour tenter de percer le mystère de cette curieuse secte… quitte à mettre son corps et sa santé mentale en péril.

Texte et illustrations envoûtants

A ma grande honte, je dois avouer que je n’avais jamais jusqu’à présent pris le temps de me pencher sur les récits de Lovecraft. C’est désormais chose faite, et je ressors très enthousiaste de ma première rencontre avec le maître du récit horrifique. Avec une économie de mots et de moyens remarquables, l’auteur parvient à instaurer une ambiance oppressante qui fascine autant qu’elle met mal à l’aise. A l’image du narrateur, le lecteur sent bien qu’il ferait mieux de faire machine arrière et de ne pas plonger plus avant dans l’horreur, et pourtant sa curiosité est tellement forte qu’il ne peut s’empêcher de tourner les pages avec frénésie. Difficile de ne pas être secoué à la lecture de ce récit glaçant du début à la fin et qui n’a de toute évidence pas pris une ride (si on excepte toutefois les commentaires racistes fréquents qui ne sont pas surprenants compte tenu de la xénophobie de l’auteur mais qui font inévitablement tiquer le lecteur d’aujourd’hui). Le texte de Lovecraft est tellement puissant et évocateur en lui-même qu’on serait dans un premier temps tenté de questionner l’intérêt de le mettre en image, et pourtant François Baranger s’en sort de manière magistrale. Plus magnifiques et inquiétantes les unes que les autres, ses illustrations reflètent parfaitement l’ambiance du texte de Lovecraft et, loin d’en atténuer l’horreur, ne font au contraire que la renforcer. Mer déchaînée, créature monstrueuse, immenses cités en ruines… : chaque planche illustre une scène culte de la novella dont l’artiste parvient à capturer parfaitement l’essence, renforçant ainsi l’immersion du lecteur. Le noir est évidemment la couleur dominante, mais les nuances d’or et de bleu qui succèdent au fil des pages viennent rehausser la beauté ou l’étrangeté des paysages et monstres représentés.

Cette version de « L’appel de Cthulhu » illustrée permet de redécouvrir un chef d’œuvre de la littérature horrifique du XXe siècle auquel François Baranger rend ici un superbe hommage. Que se soit pour le texte ou les illustrations, l’ouvrage vaut incontestablement le détour, et on ne peut qu’espérer que l’artiste s’attaquera à d’autres récits de la bibliographie de Lovecaft.

Autres critiques : Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres) ; Xapur (Les lectures de Xapur)

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