L’Âge de bronze, tomes 1 à 3

26 août 2019 4 Par Dionysos
Age de bronze 1

Titre : L’Âge de bronze (Age of Bronze) : Un millier de navires – Sacrifice – Trahison
Cycle/Série : L’Âge de bronze, tomes 1 à 3
Auteur : Éric Shanower
Éditeur : Akileos
Date de publication : 2004, 2005, 2007 et 2010 (depuis 2001 en VO)

Synopsis : Sur les versants du Mont Ida, Pâris, un jeune gardien de troupeau, vit paisiblement auprès de ses parents jusqu’au jour où quatre émissaires de Priam, le roi de Troie, prennent possession de leur plus beau taureau afin d’en faire la récompense des prochains Jeux. Celui-ci proteste, mais en vain. Il décide alors de se rendre à Troie afin de prendre part aux Jeux. Là, Pâris découvre sa véritable identité, celle d’un prince de sang royal. Fils du roi Priam, Pâris prend place aux côtés de son père et de ses frères dans la conduite du royaume et est envoyé en ambassade à Sparte auprès de Ménélas, roi de Laconie et mari d’Hélène. Ménélas absent, Pâris séduit Hélène et décide de l’enlever. Averti du geste de Pâris, Ménélas décide alors de rejoindre son frère Agamemnon, roi de Mycène et grand roi des Achéens, afin que ce dernier l’aide à lever une armée pour reprendre sa femme.
Issu des mythes et légendes des siècles passés, Un Millier de Navires fait revivre dans son intégralité le prélude de la guerre de Troie – chaque contact sensuel, chaque coup cruel, les sourires et les larmes, la convoitise et la trahison, la tapisserie entière du drame et de l’action.

Coup de coeur

— Quand les dieux apportent la guerre, il est juste que les jeunes hommes se jettent avidement dans la bataille. Ils ne seront jamais aussi proches de la condition divine. Et il appartient aux anciens, qui connaissent la prudence, de conduire la bataille avec sagesse.
— Pendant que les femmes n’ont qu’à attendre seules dans la cité. Tout ce que nous pouvons faire, c’est craindre pour nos hommes et prier les dieux de ne pas nous abandonner.
— C’est le lot de toutes les femmes.

Suite à une opération d’Akiléos, il a été possible d’obtenir à prix réduit les quatre premiers volumes parus en version française chez eux de la série d’Éric Shanower, L’Âge de bronze ! Devant les éloges entendus ça et là et la remise par deux fois d’un Eisner Award, il fallait aboslument y mettre le nez (et les deux yeux) pour se faire une idée !

Un projet au (très) long cours

L’Âge de bronze d’Éric Shanower est un projet colossal à la hauteur de la saga qu’il compte adapter de bout en bout. Seul, à la fois au scénario et au dessin, Éric Shanower a commencé ses recherches documentaires en 1991, ses dessins en 1998 et la publication en 2001. Il prévoit d’ores et déjà sept volumes d’une dizaine d’épisodes (rappelons que les comics anglo-saxons sont publiés en épisodes de 24 pages) : les quatre publications déjà traduites en français correspondent aux 33 premiers épisodes, le 34e a été publié par Image Comics début mai 2019. Autant dire que nous avons là un projet au très long cours, qui ne sera pas terminé avant 2025 (et il faut dire aussi qu’Éric Shanower a beaucoup travaillé entretemps sur la série Le Magicien d’Oz avec Scottie Young, ainsi qu’un peu sur quelques épisodes de Fables de Bill Willingham). Cette longueur s’explique à la fois par la minutie de ses dessins et par la précision de sa documentation pour ses choix illustratifs et scénaristiques. Nous avons droit à une adaptation de la l’Iliade comprenant une foule de détails et reprenant à son compte des sources très diverses et très nombreuses, semble-t-il, allant même jusqu’à se tenir informé des dernières découvertes archéologiques afin que chaque élément de la vie des Achéens ou des Troyens soit véridique.

Un millier de navires

Dès le premier tome, l’univers de la guerre de Troie est solidement mis en place : une carte de la Méditerranée orientale, basique mais bien utile pour comprendre l’étendue du monde hellène ; une postface conséquente qui détaille parfaitement tous les obstacles et les attendus d’un tel projet créatif ; enfin, une généalogie très complète qui montre bien combien les associations familiales sont parfois très complexes au sein de la mythologie grecque. Nous débutons l’histoire le plus simplement possible : Pâris, simple garçon vacher dans les campagnes troiennes, se découvre une ascendance princière ; chargé de récupérer Hésioné, la sœur de son père Priam le roi de Troie kidnappée lors d’un raid de pirates, Pâris finit par séduire une femme qu’il ne devrait pas convoiter ; un millier de navires achéens (Grèce continentale) se réunissent pour retrouver la fugueuse et partent à l’assaut de l’Hellespont. C’est justement cette réunion de tous les protagonistes qui prend beaucoup de temps et donc de pages dans ce tome : il faut comprendre les relations économiques, géopolitiques entre les différentes provinces ou royaumes. Nous croisons Castor et Pollux, Énée, Achille, Ulysse et bien d’autres, chacun avec sa personnalité s’engage dans ce conflit pour des raisons bien différentes. Les premières prophéties sont mises en place et le tragique réside forcément dans le fait que tout le monde sait qu’elles vont s’avérer vraies. Pour autant, la dimension religieuse ne prend pas toute la place, les entités divines peuvent se deviner, mais la prise de décision revient toujours aux humains, ce sont les acteurs de ce conflit destructeur de dix années. Même en noir et blanc, les graphismes mettent en lumière des paysages très différentes les uns des autres et réussissent à varier les points de vue de façon assez folle.

Sacrifice


Dans le deuxième tome, « Sacrifice », Hélène et Pâris débarquent finalement à Troie et les rumeurs de cet enlèvement consenti les ont précédés. Ils sont suivis relativement rapidement des bateaux achéens survivants aux dangers de la mer, mais leur installation aux abords de Troie est assez chaotique due notamment aux nouveaux faits militaires hasardeux d’Achille qui, décidément, n’en fait qu’à sa tête, en jeune écervelé et imbu de lui-même qu’il est. Ce tome s’intéresse surtout aux tractations entre Troiens et Achéens au cours d’une ambassade extrêmement tendue qui clôt le volume. Ce deuxième tome montre surtout deux difficultés : les relations géopolitiques se font par négociations très tendues qu’il faut bien suivre, car les enjeux en cours sont assez complexes (il n’y a pas qu’Hélène qui compte, loin de là) ; l’art de naviguer et d’organiser une campagne par-delà les mers posent des questions très nombreuses sur la logistique, le ravitaillement et le maintien en bon ordre d’une armée bien coordonnée. Pour tout cela, les dieux peuvent être vus comme des valeurs refuges, à la fois pour se rassurer et maintenir une cohésion entre des ethnies aux ambitions parfois opposées. Le dessin d’Éric Shanower reste précis et fourmillant de détails ; il se passe de coloriste, mais le lecteur ne perd rien pour autant, tant l’œuvre en elle-même propose déjà de nombreux éléments.

Trahison


Ce troisième volume est déjà composé de deux tomes différents (3.1 et 3.2), tout simplement par manque de volonté de l’éditeur VO d’attendre davantage pour publier (car 14 épisodes, cela rentrait très bien dans un seul tome). Ici, en faire deux tomes de 120 pages, c’est assez restreint, et Akileos s’est senti obligé de faire de même en version française. C’est en tout cas l’occasion pour les Achéens de vraiment débarquer aux abords de la cité de Troie : enfin ! car finalement cela fait déjà plus de quatre années que Hélène est partie avec Pâris. L’ambassade achéenne est dans Troie, mais l’ambiance est particulièrement tendue (on le serait à moins !). Même si les Troyens ne sont pas toujours très clairs sur leurs intentions, ce sont surtout les Achéens qui agrémentent ce troisième tome de trahisons, de tensions entre supposés alliés et de coups bas Il y a de très fortes têtes parmi les Achéens (Agamemnon, Ménélas, Ajax, Ulysse, Achille, etc.) et chacun entend bien imposer sa vision afin d’en tirer un maximum de gloire ou de profit.

Le début de cette saga de L’Âge de bronze envoie donc sacrément du bois ! Elle peut sembler aride au premier abord, mais les détails, tant scénaristiques que graphiques, sont légion et les choix faits par l’auteur sont très intéressants. La découverte de la suite se fera sur plusieurs années, mais le résultat vaut déjà le détour.

Autres critiques :

Retour en haut