Colonies

15 mai 2019 1 Par Dionysos
Colonies

Titre : Colonies
Nouvelles : « Le lot n°97 » ; « Le Dernier salinkar » ; « Le Bris » ; « Je me souviens d’Opulence » ; « Le Jardin aux mélodies » ; « Longue vie » ; « T’ien-Keou » ; « La Fin de l’hiver » ; « Proche-Horizon » ; « L’Homme qui n’existait plus »
Auteur : Laurent Genefort
Éditeur : Le Bélial’ [site officiel]
Date de publication : 21 mars 2019

Synopsis : « Je me souviens de mon premier pas sur Opulence, au pied de la rampe du vaisseau, quand j’ai cru avoir écrasé un caillou et que le caillou saignait sur la mousse ; des larmes coulaient sur les joues de ma mère ; j’ai pensé que c’était à cause du caillou. »
Dix récits. Dix histoires de colonies futures, planétaires ou spatiales. Et huit lettres pour un mot qui porte en lui l’essence du space opera. Que Laurent Genefort revisite en maître via la multipolarité de son sujet : l’imaginaire colonial, l’idéologie coloniale, l’aventure coloniale, les horreurs coloniales…
La nature humaine sous l’éclairage de soleils exotiques et lointains, en somme. Le cœur battant de la science-fiction.

« On dit que l’on trouve une plus grande variété végétale aux abords des astroports.
— Parce que les équipages en transit transportent à leur insu des graines et des spores d’autres mondes ?
— Parce que les gens croient justement ça ; ils regardent mieux la nature autour des pistes et découvrent des espèces qu’ils n’avaient même pas remarquées devant leur propre maison.
— C’est vrai ?
— Que l’on trouve davantage de types de plantes ? Une légende, hélas. Les légendes sont ce qui pousse le mieux au pied des astroports. »

dans « Le jardin aux mélodies »

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un roman que nous propose Laurent Genefort, mais plutôt un recueil de nouvelles, tout en restant sur ses thèmes de prédilection : découverte, exploration et acclimatation à de nouvelles planètes, donc planet opera et space opera sont au programme de cet ouvrage paru chez les éditions le Bélial’ !

Aventures diverses, identités multiples

Nous débutons l’aventure dans ces « Colonies », avec « Le lot n°97 » où un habitant de Fenua cherche l’inspiration artistique ultime et opte pour une transformation radicale de sa propre entité. Dans « Le Dernier salinkar », Lamal Thanis vit sur Patchwork et se prend de passion pour une créature animale qui semble tout à fait anodine, ce salinkar qui n’a ni instinct carnassier, ni instinct de conservation. « Le Bris » décrit un écosystème particulièrement exotique et contraignant pour les humains qui vivent à la surface de cet îlot. Une matière étrange, le sum, entoure la petite communauté qui persiste à survivre malgré ces conditions difficiles, mais en même temps elles n’ont plus de choix pour ce faire. « Je me souviens d’Opulence » des aventures planétaires ; les cinq suivants, eux, proposent des situations coloniales dans des contextes exclusivement spatiaux. La première, « Longue vie », met en scène Idun, une des anciens magnats d’un conglomérat industriel ayant colonisé un groupe d’astéroïdes ; avec les autres dirigeants qui ont bénéficié d’un rallongement de vie les rendant quasi immortels, elle participe à un jeu de survie qui s’éternise franchement, mais la fin approche. « T’ien-Keou » suit la préparation d’un jeune servant à sa future épreuve d’initiation afin d’entrer dans le cercle fermé de l’un des clans qui compose cette société issue des traditions asiatiques du Berceau. Pour « La Fin de l’hiver », des aventuriers tentent de s’échapper d’une technologie cloisonnant leur planète suite à l’isolement de celle-ci du reste du système des portes stellaires ; leurs découvertes les mèneront plus loin qu’ils ne pensaient. « Proche-Horizon » met en scène Olga, une espionne tentant de s’infiltrer dans une colonie qui occupe un astéroïde et qui a la particularité de vivre en harmonie avec une espèce animale parasitaire. Enfin, le court roman « L’Homme qui n’existait plus » qui clôt ce recueil approfondit l’idée de la survie en milieu hostile, dans un complexe spatial, avec un huis-clos immersif.

L’univers des Portes de Vangk

Tous ces mondes font partie intégrante de l’immense univers littéraire créé par Laurent Genefort, connecté par un réseau de portes spatiales, les Portes de Vangk. Mis à disposition des humains par une espèce inconnue et supposée, ces artefacts de transport permettent de relier des points particulièrement éloignés de la galaxie, tout en ayant une connaissance très parcellaire de cette technologie. Ainsi, c’est toute la galaxie (voire plus ?) qui est accessible aux habitants de la Terre (appelée le « Berceau » dans cet univers) et ils ne se privent pas de coloniser de nombreuses planètes. Cette toile de fond permet à l’auteur de multiplier les récits avec des références communes, dans des contextes à la fois chronologiques, géographiques et environnementaux très différents, notamment en proposant tantôt des livres-univers (Omale), des biographies d’une colonie (Lum’en) ou des récits plus classiques d’aventuriers dans d’innombrables situations possibles (voir la conséquente bibliographie de l’auteur présente en fin d’ouvrage, parfaitement mise à jour).

Questionnements sur la colonisation humaine

Laurent Genefort propose des situations très différentes et le lecteur a donc autant de possibilités de s’immerger dans des planet ou des space operas faciles à appréhender. Toutefois, l’auteur nous montre surtout, avec pessimisme ou avec réalisme selon votre angle de vue, que l’organisation sociale et politique terrienne a tendance à être seulement reformée telle que, dans un mouvement ultraconservateur renforcé par les nouvelles technologies. Pour l’instant, nous sommes clairement dans cette optique, c’est certain (il suffit de voir qui défend le transhumanisme actuellement). Le recueil porte ainsi bien son titre, car à chaque intervention humaine, c’est une nouvelle colonisation, au sens moderne du terme et pas seulement au sens antique, qui s’organise. Captation des ressources (organisée ou sans vraiment le vouloir/savoir), destruction d’espèces locales (par volonté ou par inadvertance) et construction de sociétés bien peu démocratiques sont les piliers des récits présents dans cet ouvrage. L’ensemble peut sembler assez pessimiste, mais on se laisse encore surprendre par plusieurs nouvelles à chute et enchanter par quelques trouvailles aux abords d’écosystèmes exotiques.

Un brin de déception donc, sûrement par manque d’habitude de lire des nouvelles de Laurent Genefort, là où ses romans permettent bien davantage d’exprimer la composition complexe d’univers entiers. Ainsi, le dernier récit est plus approfondi que les autres et marque peut-être davantage.

Autres critiques :
C’est pour ma culture
Célindanaé (Au pays des Cave Trolls)
Lullaby (Les histoires de Lullaby)
Lune (Un papillon dans la Lune)

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