Titre : Faux-semblance
Nouvelles : Synesthésie ; Rudyard Kipling 2210 : Cauchemar d’enfants ; Une fille aux pieds nus
Auteur : Olivier Paquet
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2017

Synopsis : Nous recherchons les correspondances entre les univers… Quatre zones de conflit. Entre humains et extraterrestres ; entre mémoire et oubli ; entre adultes et enfants ; entre nature déchaînée et ce qu’il reste de la civilisation. Sous les cieux étrangers de galaxies lointaines, sur des champs de bataille envahis de cadavres, ou bien face à la vague qui a tout balayé, il faut imaginer de nouvelles façons d’aller plus loin. Même s’il faut achever de détruire pour renaître. Les personnages d’Olivier Paquet ne renoncent jamais. Ce sont avant tout des survivants, des héros abîmés qui tentent de redonner du sens à leur vie. Grâce à la catastrophe qui les a laissés nus, ils redécouvrent ce qu’ils sont. Et ils trouvent la force de tendre la main vers l’autre, l’étranger, pour ouvrir ensemble des portes. (Jean-Claude Dunyach)

Bibliocosme Note 3.0

Raconter, c’est flétrir.

Un condensé d’Olivier Paquet

A ceux qui, comme moi, n’auraient pas encore eu l’occasion de lire un ouvrage d’Olivier Paquet, les éditions L’Atalante ont mis à disposition l’année dernière ce petit recueil censé proposer un échantillon représentatif du style et des différents univers de l’auteur. L’ouvrage est court (120 pages) et ne comporte que quatre nouvelles, dont une seule inédite, les trois autres ayant déjà fait l’objet d’une parution au début des années 2000 dans la revue Galaxies. Enrobé d’une très belle couverture signée Aurélien Police et encensé dans une quatrième de couverture et une préface dithyrambiques (respectivement rédigés par Jean-Claude Dunyach et Xavier Mauméjean, rien que ça !), le recueil dispose incontestablement d’un emballage soigné. Mais qu’en est-il du fond ? Les deux premiers textes, « Synesthésie » et « Rudyard Kipling 2210 », s’inscrivent pleinement dans de la SF pure et dure, avec des conflits interplanétaires, des races extraterrestres, des IA… : autant dire que ce n’est pas franchement ma tasse de thé, et j’ai effectivement été assez peu enthousiasmée par cette première partie. La seconde, en revanche, correspond davantage à mes attentes : « Cauchemar d’enfants » est une dystopie effrayante décrivant un monde dans lequel les rapports enfants/adultes sont renversés, tandis que « Une fille aux pieds nus » s’apparente à un récit fantastique et prend place au Japon juste après une catastrophe naturelle. Toutes ces nouvelles ont en commun une même sensibilité qui ne laisse pas le lecteur indifférent, et abordent des thèmes récurrents comme le deuil, les regrets, ou encore l’ouverture aux autres et au monde. Chaque protagoniste est dépeint avec le même soin et tous sont caractérisés par une fêlure, qu’on ne fait parfois qu’entre-apercevoir, mais qu’ils vont devoir dépasser pour trouver la force d’affronter les événements auxquels ils se retrouvent confrontés.

Déception pour les deux premiers textes…

« Synesthésie » nous dépeint un monde dans lequel les humains sont parvenus à quitter la Terre et arpentent désormais l’univers, non pas en quête d’une quelconque hégémonie militaire, mais plutôt afin d’échanger, de commercer, et de découvrir de nouvelles cultures. Une espèce extraterrestre voit toutefois d’un très mauvais œil cette présence qu’elle interprète comme une menace. La nouvelle se concentre sur les tractations échangées entre les ambassadeurs des deux races, l’humain tentant de convaincre l’autre que la violence n’est pas la bonne solution, et lui proposant, pour l’en convaincre, de franchir en sa compagnie le portail qui leur permet de passer d’un endroit à un autre de l’univers. Vaisseaux spatiaux, extraterrestres, portail galactique, Intelligence artificielle… : le texte réutilise des éléments classiques d’un certain type de science-fiction pour laquelle je n’ai malheureusement aucune affinité. Si la nouvelle a sans doute le potentiel pour séduire les amateurs de space-opera, je n’y est pour ma part pas trouvé mon compte, là faute à un décor peu immersif et à un protagoniste à propos duquel on en sait bien trop peu. A noter que le texte a été récompensé en 2002 par le Grand Prix de l’Imaginaire dans la catégorie « nouvelle ». La nouvelle suivante, « Rudyard Kipling 2210 », est en fait la retranscription dans le futur d’un moment clé de la vie de Rudyard Kipling : la perte de son fils pendant la Première Guerre mondiale, à la suite de laquelle l’écrivain devint commissaire aux sépultures de guerre. Olivier Paquet nous dépeint là encore un conflit opposant des Humains à des extraterrestres, les Rôdeurs, dont on ne sait là encore presque rien. Ce n’est de toute façon pas la guerre en elle-même qui intéresse l’auteur, le récit évoquant surtout la question du souvenir, du deuil et de la disparition d’un être cher. La nouvelle se démarque à nouveau par sa plume soignée mais j’ai encore une fois peiné à m’immerger dans le décor dont je n’ai pas saisi l’intérêt.

… et bonne surprise pour les deux suivants

Le niveau remonte avec « Cauchemar d’enfants », sans doute ma nouvelle préférée du recueil. L’auteur y dépeint une société dans laquelle les enfants ont désormais le pouvoir sur les adultes qui doivent céder à tous leurs caprices et sont régulièrement contrôlés par l’administration. On assiste alors à des scènes complètement surréalistes au cours desquels un inspecteur de police sadique, âgé d’une douzaine d’années et accompagné de son subalterne adulte, mène l’enquête pour tenter de résoudre le mystère de la disparition d’un petit chien électronique. Serait-ce que les parents de la jeune fille concernée par la disparition seraient impliqués dans un odieux trafic de revente de jouets ? Contrairement à ce que peut laisser penser la légèreté du sujet, le texte n’est absolument pas drôle et en vient même à mettre le lecteur mal à l’aise. Outre la question de la relation entre parents/ progénitures et de la prolifération des « enfants rois », Olivier Paquet pose également celle de notre implication dans la construction notre société, et souligne les danger et les absurdités auxquels pourraient nous condamner notre indifférence et notre résignation. Une vraie réussite. « Une fille aux pieds nus », nouvelle inédite chargée de clore le recueil, prend place juste après qu’un tsunami se soit abattu sur les côtes japonaises. On y suit une jeune fille qui tente de reprendre pied après la catastrophe, et qui va croiser sur son chemin un certain nombre de survivants qui, comme elles, peinent à surmonter le drame qu’ils ont vécu. Le texte est touchant et aborde de manière très sensible la question du deuil et des regrets. L’auteur donne à nouveau une vision très optimiste de la nature humaine, insistant sur la générosité et le besoin d’aider que se manifestent spontanément les victimes d’un événement aussi traumatisant. La chute reste tout de même assez prévisible mais n’enlève rien à la force du texte ni à son message.

Un petit recueil qui permet de se faire une idée globale du style et des thèmes de prédilection d’Olivier Paquet. Si les deux premières nouvelles ne m’ont pas vraiment convaincue, les deux suivantes méritent en tout cas le détours et se révèlent aussi intéressantes qu’émouvantes. A découvrir !

Autres critiques : Blackwolf (Blog-O-Livre) ; Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres) ; Xapur (Les lectures de Xapur)