Le fou et l’assassin, tome 5 : Sur les rives de l’Art

22 janvier 2018 4 Par Boudicca

Titre : Sur les rives de l’Art
Cycle/Série : Le fou et l’assassin, tome 5
Auteur : Robin Hobb
Éditeur : Pygmalion
Date de publication : 2017 (novembre)

Synopsis : Abeille, la fille de Fitz, a été enlevée par les Serviteurs. Les membres de cette société secrète utilisent leurs rêves pour mettre en œuvre des prophéties qui les rendront plus riches et plus puissants. Mais Abeille est-elle aussi cruciale à leur destin qu’ils le pensent ? Si ses ravisseursimaginaient leur mission facilement accomplie, c’était sans compter la rage déployée par la digne fille du seigneur de Flétribois pour leur échapper.

Bibliocosme Note 4.0

Il en va des reines comme avec les dragons : un mot ou un geste de travers peut avoir de graves conséquences.

Fitz et le Fou en route pour une dernière mission

Toujours aussi prolifique, Robin Hobb poursuit sa dernière série en date, « Le fou et l’assassin », qui compte désormais cinq tomes dans sa version française. Présenté comme une suite directe de « L’assassin royal » (puisque mettant à nouveau en scène le prince bâtard Fitz Chevalerie), ce nouveau cycle se distingue des précédents dans la mesure où il s’agit du seul qui ne puisse pas se lire de façon indépendante. Ainsi, si on pouvait sans guère de difficultés découvrir « Les cités des anciens » ou « Les aventuriers de la mer » sans rien connaître au préalable de l’univers de l’auteur, « Le fou et l’assassin » a clairement pour ambition de faire le lien entre les trois séries. Si vous êtes à jour et avez déjà entamé la lecture de cette suite, vous ne risquez pas de vous faire gravement spoiler ici, en revanche si vous n’avez pas encore mis le nez dans ce nouveau cycle, je vous conseille de passer votre chemin au risque de vous faire révéler un certain nombre d’éléments clés de l’intrigue. Commençons par quelques petites remarques sur la forme, avant d’aborder celle du fond. Premier constat (plutôt positif) : le roman est bien plus conséquent que ce à quoi Pygmalion nous a habitué jusque là avec sa manie de découper en deux tomes (voire en trois) les ouvrages étrangers qu’il publie. Second constat (négatif cette fois) : l’illustration de couverture est toujours aussi ratée ! Non seulement elle fait penser à un mauvais roman Arlequin, mais en plus je ne vois pas du tout à qui ni à quoi cela fait référence dans le roman. Inutile de vous dire que ce n’est pas le genre de roman dont on exhibe fièrement la couverture devant tout le monde… Concentrons nous à présent sur le roman en lui-même. Ce cinquième tome reprend exactement là où le quatrième nous avait laissé : Abeille se trouve toujours aux mains de ses ravisseurs et en route pour Clerres, quant à Fitz et au Fou ils poursuivent leur périple pour la même destination afin de mener à bien leur vengeance.

Un univers toujours plus vaste…

Les chapitres alternent entre les points de vue du père et de la fille, selon un rythme qui varie en fonction des péripéties rencontrées par les personnages. Les coupures sont cela dit dans l’ensemble bien gérées, l’auteur nous faisant passer de l’un à l’autre à des moments clés qui permettent de maintenir constamment le lecteur en attente. Si les chapitres consacrés à Abeille n’étaient pas forcément les plus passionnants dans les précédents tomes, c’est loin d’être le cas ici. D’otage d’une valeur inestimable, la petite fille a désormais chu au statut de véritable prisonnière et doit subir la maltraitance croissante de ses geôliers. Or la route est loin jusqu’à Clerres ! Le voyage d’Abeille est ainsi rythmé par ses tentatives de fuite, les corrections qu’elle reçoit, mais aussi les blessures qu’elle parvient à infliger à ses bourreaux. Le personnage grandit et gagne ainsi en profondeur et en complexité : la communication qu’elle parvient à entretenir avec Père Loup l’encourage à développer sa combativité, tandis que ses confrontations avec ses tortionnaires lui permettent d’apprendre à maîtriser un peu mieux son Art. Les autres personnages qui gravitent autour de la petite fille sont d’ailleurs tout aussi intrigants et font naître chez le lecteur des émotions parfois contradictoires : Vindeliar et Kerf suscitent ainsi tour à tour le dégoût ou la pitié, quant à Alaria, on ne peut s’empêcher d’éprouver pour elle de la compassion tant le traitement qu’elle subit est injuste. Seule Dwalia ne suscite aucune empathie et alimente au contraire la haine du lecteur qui n’attend qu’une chose : assister enfin à sa défaite. Le périple de la petite troupe nous fait en tout cas voir du pays et nous permet de découvrir des contrées que l’on avait jusqu’à présent pas eu l’occasion d’arpenter : c’est le cas de la Chalcède, par exemple, mais aussi des ports et des îles qui jalonnent le trajet jusqu’à Clerres. Si la majorité de l’aventure d’Abeille a ici lieu sur un navire, c’est également le cas pour Fitz et le Fou qui poursuivent leur périple en compagnie de Lant, Persévérance et Braise.

…et toujours plus cohérent

Après leur arrivée remarquée à Kelsingra, nos héros s’attardent dans la cité ancienne afin de recueillir les informations et les alliés dont ils auront besoin pour mener leur quête à bien. On retrouve à nouveau avec plaisir les personnages « Des cités des anciens » : Tatou et Thymara, Alise, Leftrin, et bien sûr les dragons qui vont avec. Et les réminiscences ne s’arrêtent pas là puisque le voyage de Fitz se poursuit vers des lieux qui, là encore, nous sont familiers. Outre Kelsingra, le lecteur peut à nouveau contempler Trehaug, la plus ancienne des cités du Désert des Pluies avec ses habitations dans les arbres, mais aussi les îles pirates qui continuent de prospérer après la mort de Kennit. L’occasion était trop belle, si bien que l’on finit inévitablement par retomber sur d’autres têtes connues. Althéa, Brashen, Hiémain, Ambre… : tous les personnages emblématiques des « Aventuriers de la mer » sont au rendez-vous plus de vingt ans après qu’on les ait quitté. Et que cela fait plaisir ! On retrouve notamment avec joie les fameuses vivenefs qui ont fait la richesse des Marchands de Terilville, ces bateaux construits en bois-sorcier et dont la figure de proue s’anime et possède une personnalité qui lui est propre. Les retrouvailles avec Parangon ne sont d’ailleurs pas décevante, le navire ayant gardé toute sa complexité et son ambivalence. Le problème c’est que, à partir du moment où l’on retrouve le cadre des « Aventuriers de la mer », Fitz se cantonne presque exclusivement à la posture de spectateur. Même s’il s’agit toujours de l’objectif, le sauvetage d’Abeille passe au second plan à mesure que l’on découvre les nouveaux enjeux liés à la destruction de Clerres. Enjeux qui pourrait bien bouleverser la vie de tous les protagonistes, qu’ils soient des Six-Duchés, du Désert des Pluies ou des îles Pirates. A défaut d’étoffer son univers comme c’est le cas dans les chapitres consacrés à Abeille, l’objectif de Robin Hobb consiste ici clairement à resserrer les liens entre toutes ses précédentes séries que l’on découvre bien plus connectées les unes aux autres qu’on pouvait le penser. L’auteur nous donne ainsi plusieurs débuts de pistes concernant l’histoire des dragons et les raisons de leur disparition, mais aussi sur l’Art et sa véritable nature, ou encore sur les vivenefs et leurs liens avec les dragons.

Ce cinquième tome du « Fou et l’assassin » permet à l’auteur de mêler plus intimement encore les personnages, décors et spécificités de ses précédentes séries, renforçant ainsi un peu plus la cohérence de son univers. On sent bien toutefois que cette quête vers Clerres a des allures de dernier baroud d’honneur et qu’il s’agit là de la conclusion de l’histoire de l’ensemble des personnages des trois séries. Le talent de Robin Hobb reste en tout cas intact, et sa plume se fait toujours aussi habile à charmer le lecteur qui se laisse une fois encore prendre au piège. Un vrai régal !

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 3 ; Tome 4 ; Tome 6

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