Titre : L’Ogre de Sutter Camp
Cycle/Série : Undertaker, tome 3
Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer
Éditeur : Dargaud
Date de publication : 27 janvier 2017

Synopsis : Dans ce troisième tome d’« Undertaker », Jonas Crow n’est plus ce pauvre croque-mort solitaire… même si, lui, aurait bien voulu le rester ! Dorison et Meyer lui ont associé mademoiselle Lin et Rose, la belle Anglaise. De la douceur dans son monde de brutes ? Pas pour très longtemps… Un ancien colonel lui apprend que « l’Ogre de Sutter Camp est vivant » ! Son passé trouble pendant la guerre de Sécession ressurgit, et Jonas engage alors sa « troupe » dans une chasse à l’homme et à ses propres regrets…

Bibliocosme Note 4.0

-Attendez… Elles n’ont pas tort, mais pourquoi tenez-vous à venir avec nous ?
– Lin sait utiliser Colt, Winchester, Henry, Smith & Wesson, Sharps, Remington, Spencer. Lin très utile. Lin a sens justice et veut sauver Danny, pas laisser criminel en liberté… Et faire bon prix à toi. Trois mille dollars pour nous trois.

Après un excellent premier épisode en deux albums parfaitement mené par le tandem Xavier Dorison – Ralph Meyer qui emmenait le lecteur dans les panoramas du far-west en compagnie de l’undertaker Jonas Crow, le croque-mort reprend du service. L’ogre de Sutter Camp est un troisième album et en même temps le premier tome d’une seconde histoire. Au vu de la couverture, on est en droit de s’attendre à une histoire plus sombre et malsaine que précédemment. L’histoire de Joe Cusco n’était pourtant pas particulièrement gaie en soit, mais beaucoup de lecteurs, moi y compris, semblent s’en être délectés.

Le temps des voyages en solo, façon lonesome cowboy, c’est fini pour Jonas Crow. La gouvernante Rose Prairie et la chinoise Lin lui collent aux basques et voudraient bien voir le bonhomme un peu plus professionnel, sans quoi ils risquent bien de racler les fonds de tiroirs. Son parler à l’attention des familles en deuil manquerait, paraît-il, de subtilité… C’est en répondant à un nouveau télégramme les pressant d’organiser la sépulture d’une notable locale que le passé trouble de l’ancien tireur d’élite de la Guerre refait surface. L’ogre de Sutter Camp, le médecin-boucher qui prenait les soldats blessés comme cobayes pendant le conflit n’a pas été exécuté comme le laissait espérer la rumeur. Non, il est bien vivant et continue de sévir sous ses atours de praticien honorable. Pour des raisons mystérieuses, le croque-mort en fait une affaire personnelle et lance sa petite troupe sur les traces du monstre.

La différence majeure avec le premier album de l’histoire précédente d’Undertaker est sa relativement longue mise en place. La chasse à l’homme n’est donnée qu’après une vingtaine de pages qui servent à installer l’intrigue et présenter les enjeux de la traque qui s’annonce. Le temps pour Jonas Crow de croiser la route de l’un de ses anciens supérieurs qui lui apprend que le médecin est toujours en vie. Cette introduction est aussi l’occasion, six semaines après la fin de La danse des vautours, de voir comment fonctionne la cohabitation entre les trois personnages. Si l’undertaker est le héros, on peut quasiment considérer que l’on a maintenant affaire à un trio de héros. Crow, Lin et Rose n’ont pas encore de rôles égaux, mais cela s’en approche néanmoins. Les confrontations, les divergences de points de vue entre ces personnages démultiplient aussi les intrigues et les aventures potentielles. La remise en cause du fonctionnement du croque-mort par les deux femmes permet en outre à Xavier Dorison d’approfondir encore son personnage. Avec le personnage du docteur Quint, le méchant de l’histoire, le scénariste amène un nouveau personnage solitaire, très réussi, particulièrement dans son discours. Xavier Dorison ne se laisse pas aller au manichéisme simpliste avec ce personnage. Ce troisième album prend donc plus son temps, c’est certain, cela ajoute peut-être à l’ambiance plus oppressante de cet album, par sa thématique qui touche à l’éthique médicale, par les lieux dans lesquels se déroulent l’aventure, beaucoup plus étriqués et sombre que ce à quoi les westerns sont habitués.

Cette atmosphère davantage pesante est très bien retranscrite par Ralph Meyer, toujours aussi efficace dans sa partie. Les scènes nocturnes sont plus nombreuses encore et les personnages semblent toujours écrasés par les toits des voitures (à cheval, hein), par les arbres de la forêt ou encore par l’étroitesse des rues et des sentiers empruntés par les personnages dans leurs tribulations. Aucun plan large ou presque n’est au programme de cet album, l’encrage pour le travail des ombres est beaucoup plus présent. Les couleurs sont également loin des couleurs chaudes habituelles des canons du genre avec des tons qui sont très largement orientés vers les gris, verts et bleus. Il ne fait pas toujours chaud dans l’Oregon! Il arrive même que l’orage y éclate pour le plaisir de nos yeux et pour des scènes superbes. Le découpage est quant à lui toujours aussi précis et dynamique.

Un rythme qui surprend un peu au départ, mais une aventure toujours palpitante, maîtrisée par ses auteurs, et dont le cliffhanger final ne peut que donner envie de lire la suite parue il y a peu.

Voir aussi : Tome 1 & 2 , Tome 4
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