Readers against DRM

Les livres, c’est bien beau, mais encore faut-il pouvoir se les procurer. Économiquement parlant, notamment. Et même sans s’enfoncer très profondément dans le monde des éditeurs, des distributeurs, des revendeurs et des bouquinistes, nous pouvons d’ores et déjà nous indigner devant l’émergence ou la continuation de pratiques très limites.

Nous pourrions nous appesantir sur la loi française récemment votée pour le non cumul des 5% de remise sur le prix unique du livre et des frais de port gratuits.

Toutefois, cela a fait déjà énormément de tapage comme cela. Intéressons-nous plutôt à des considérations bien plus concrètes. Par exemple, quand je vois certains membres du MarketPlace d’Amazon (je ne parle donc pas, pour l’instant, de l’entreprise Amazon elle-même) avoir des pseudos du genre ‘‘amideslivres’’ ou ‘‘bonheurdespages’’ et se contenter d’acheter des nouveautés en masse pour les revendre à des prix exorbitants, je trouve que nous sommes tombés bien bas. C’est mon constat de départ. Le capitalisme pur et dur a du bon, j’imagine, mais ce stade de l’hypocrisie bâtie sur de la spéculation et de la rentabilité qui ne rapporte qu’à ceux qui ne font rien me dépasse.

Les actualités du monde littéraire insistent beaucoup sur la difficulté de nombreuses librairies. Je préfère aborder cela depuis l’angle de vue de la librairie Arthaud de Grenoble qui lutte pour sa survie avec ses moyens :

Là aussi, il est malheureux de voir que, finalement, ce ne sont pas les amoureux des livres qui profitent vraiment de leur vente, mais bien les plus commerciaux du secteur littéraire. Et je ne peux m’empêcher, de surcroît, de reprendre une actualité (reprise sur Actualitté) qui relaie l’information selon laquelle Amazon organise dès maintenant la livraison anticipée.

Voir ainsi des libraires en grande difficulté, des éditeurs qui ne s’en sortent pas mieux (Le Pré-aux-Clercs et sa nouvelle planification de publication ne sont qu’un exemple parmi d’autres), trop de disparités parmi les auteurs, et nous, « pauvres lecteurs », qui faisons ce que nous pouvons pour lire toujours plus à prix raisonnable, qu’en penser au bout du compte ? Autant le dire directement : nous sommes clairement des vaches à lait à qui les « commerciaux du secteur littéraire » cherchent à refourguer le plus de livres possible. À nous, donc, d’être vigilant face à toute information qui peut circuler et qui peut influencer un achat ou une recommandation. Les chiffres de vente repris dans certains journaux non spécialisés, les rumeurs infirmées de la popularité de certains livres (cf. « Mein Kampf d’Hitler ne fut pas un bestseller numérique », article en anglais de David Gaughran), la trop grande importance donnée aux ventes numériques sur Internet (les auto-éditions sont tellement légion qu’elles prennent toutes la place et la vente de véritables livres numériques éditées par des maisons d’édition est dans une réalité bien différente), etc. : je dis attention, la méfiance est de rigueur !

Par pitié donc, soyons vigilants, à tout moment, à tout instant. Soyez sur vos gardes, car les dérives pour vendre et faire acheter toujours plus ou pour nous guider vers du grand n’importe quoi, nous mèneront à notre perte. Fuyez, pauvres fous !

 

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La Tartine, une volée de mots émiettée au débotté, un billet à croquer le dimanche matin entre le petit déj’ et l’apéro. Car le monde des livres est toujours rempli d’embûches à surmonter.