Fragments d’une fantasy antique

3 août 2013 0 Par Dionysos

Fragments d'une fantasy antique

Titre : Fragments d’une fantasy antique
Anthologiste : David K. Nouvel
Auteurs : Fabien Clavel (« Sur un fragment perdu du Satyricon »), Jeanne A. Debats (« Le miroir d’Électre »), Romain Aspe (« Le Labyrinthe »), Rachel Tanner (« Le Sphinx »), Lionel Davoust (« Faisabilité et intérêts zootechniques de la métamorphose de masse »), Nicolas Delong (« Les Dieux veulent, les Dieux prennent) », Sylvie Miller et Philippe Ward (« Voir Pompéi et mourir »), Nathalie Dau (« A couteau »)
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2012

Synopsis : Neuf auteurs français, guidés par Homère et Virgile, sont partis en expédition dans le royaume d’Hypnos cueillir pour vous ces quelques fragments de rêves, et, telle une Pénélope des temps modernes, les ont tissés pour en faire des histoires, belles et vives, sanglantes et graves, anciennes et modernes. Ils ont, lors de leur périple, parcouru les immenses domaines de Rome et d’Athènes, parlé aux Dieux, mangé à la table de Trimalchion et se sont reposés sur les bords du Vésuve endormi. De retour sur nos rivages, ils sont maintenant le souffle contemporain des Muses. Écoutez leur chant, lisez leur prose, dégustez-les.
Ils sont à vous.

big_4

Si, en effet, pour citer une fois de plus un prestigieux précédent de la littérature scientifique, Homo sapiens sapiens fut formé à partir d’un peu de glaise (Dieu et al., -5000), il n’est pas pour autant considéré comme un matériau de construction ; bien qu’on regrette de n’avoir pas légalement le droit d’en métamorphoser certains en béton armé de sorte qu’ils se rendent un peu utiles, à la fin.

Fragments d’une Fantasy antique, c’est l’assemblage anthologique de huit nouvelles d’inégale importance écrites dans le cadre du colloque « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain » du 7 au 9 juin 2012, afin de démontrer la « vivacité de l’héritage gréco-latin dans les fictions contemporaines de Fantastique, Fantasy et Science-fiction » (sic).

 

Et en effet, il est évident que notre imaginaire est grandement emprunté à celui gréco-latin. Ces huit nouvelles, œuvres de neuf auteurs contemporains, en sont la preuve. Faisons un détail rapide de celles-ci.

Avec « Sur un fragment perdu du Satyricon », Fabien Clavel met en profit son immense connaissance de la langue et de la civilisation latine (professeur de lettres classiques oblige !) pour nous procurer un texte véritablement innovant tout en conservant les caractéristiques relevant de l’œuvre originale. Avec « Le Miroir d’Electre », Jeanne-A Debats emploie son humour et son franc parler habituel pour peindre une héroïne et une situation plus que cocasses. Romain Aspe émerveille son monde avec « Le Labyrinthe », quand Rachel Tanner ne se foule pas trop, mais livre malgré tout un texte percutant avec « Le Sphinx ». Lionel Davoust prend des risques, mais signe un des textes les plus réussis : « Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse » fourmille de références antiques, mais démontre surtout de l’immense érudition de son auteur et de son incroyable sens de l’humour. Nicolas Delong, un des rares à le faire, nous renvoie directement au temps de l’Antiquité avec « Les Dieux veulent, les dieux prennent » quand Sylvie Miller et Philippe Ward font l’inverse : avec « Voir Pompéi et mourir », ils amènent les complexités antiques directement dans le quotidien d’une enquête saugrenue. Enfin, Nathalie Dau conclut cette anthologie par « À couteau », un court récit aussi sanglant que dérangeant.

Finalement, chaque contributeur a bien suivi la trame voulue par David Nouvel : réutiliser un ou plusieurs mythes gréco-latins pour imprégner notre imaginaire contemporain en constant renouvellement. Je retiens surtout en tant que simple lecteur qui découvre tous ces fameux auteurs : l’ingéniosité de Lionel Davoust, qui m’apparaît comme un auteur très particulier et enrichissant à découvrir, la précision de Jeanne-A Debats, Rachel Tanner et Romain Aspe pour retranscrire fidèlement (quoique pour certains trop rapidement) les mythes antiques dans toute leur complexité, et enfin la vision de Fabien Clavel qui me semble être un auteur qui me correspond tout à fait tant dans son intérêt pour l’Histoire et les Lettres classiques que dans son style et son humour.

Une très belle anthologie en somme avec les défauts de sa nature (une grande variété de textes, mais aussi des hauts et des bas), mais qui symbolise parfaitement, je crois, le colloque duquel elle est issue. Une réussite à mon goût !

Voir aussi : La critique de Boudicca

Retour en haut