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Titre : Le Marteau de Thor
Cycle : La Tétralogie des Origines, tome 2
Auteur : Stéphane Przybylski
Éditeur : Le Bélial’ (fiche officielle)
Date de publication : 13 novembre 2015

Synopsis : Fin 1939.
La mission archéologique de l’Ahnenerbe est un échec : l’extraordinaire découverte faite dans la vallée du Nahr al-Zab-al-Saghir semble aux mains de l’ennemi anglais, et Friedrich Saxhäuser est porté disparu au large de Madère… Heinrich Himmler ne peut tolérer pareil camouflet, d’autant que ce qui a été mis au jour dans le Kurdistan irakien se révèle à ce point stupéfiant, impensable, que l’ensemble des forces en présence, à l’aube du plus grand conflit que l’humanité ait jamais connu, pourrait s’en trouver balayé… Aussi, alors que la Wehrmacht écrase la Pologne et que les Einsatzgruppen de Heydrich déchaînent l’enfer dans les rues de Varsovie, le regard des chefs nazis se tourne-t-il vers l’Ouest. Retrouver la cargaison du Siegfried est désormais crucial : l’Allemagne hitlérienne s’apprête à abattre le Marteau de Thor sur l’Angleterre…
Auteur d’ouvrages militaires et historiques, dont La Campagne de 1870, distingué par le prix de l’Académie de Stanislas, Stéphane Przybylski poursuit avec Le Marteau de Thor, deuxième volet de sa Tétralogie des Origines, son monumental projet romanesque imbriquant théories conspirationnistes et plongée au cœur des marges de l’Histoire, quelque part entre Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, la mythique série des X-Files de Chris Carter et Les Puissances de l’invisible de Tim Powers.

Note 4.5
 
Coup de coeur

« Que dirait-on de nous, si l’un d’entre nous déclarait que le régime actuel en France ou en Angleterre ne lui convient pas et qu’en conséquence, nous lui déclarions la guerre ? Ce serait une incommensurable absence de conscience de notre part ! »
Dans les premiers rangs de l’assistance, les pontifes du régime avaient ri de bon cœur. Certains s’étaient même tapés sur les cuisses.
Tels étaient les propos d’Adolf Hitler en ce 19 septembre 1939. Le Führer était prêt à toutes les calomnies, à toutes les menaces, à tous les mensonges, y compris celui consistant à déclarer que l’Allemagne était désormais disposée à faire la paix. Capable de distordre la réalité au point d’imprimer à l’histoire du monde sa propre version des faits et sa vision des choses, le chancelier était conscient, surtout, que les livres et les manuels scolaires du futur étaient toujours écrits par les vainqueurs…

Après Le Château des Millions d’années, Stéphane Przybylski poursuit chez Le Bélial’ sa tétralogie des Origines autour de la Deuxième Guerre mondiale. Le deuxième tome, Le Marteau de Thor, reprend la quête de Friedrich Saxhaüser dans les tout premiers jours de ce conflit mondial.

Pour partir directement dans le style, à l’image de son premier tome, Stéphane Przybylski fuit comme la peste la narration linéaire. Il est très simple de se perdre en ce début de volume : l’action reprend tambour battant à l’instant même où elle s’était interrompue à la fin du premier opus ; la technique de multiplier les scènes en des lieux et des périodes parfois très éloignés se perpétue et s’accélère même ; enfin, les changements d’une période à une autre nous font découvrir tout une flopée de personnages nouveaux. Pour mieux se repérer, il faut continuellement scruter les indications de temps et de lieu ouvrant chaque paragraphe, et surtout se dire que tout saut en avant dans le temps nous pose de nouvelles questions, dont les réponses sont explicitées dans les paragraphes suivants par des sauts en arrière. Cette gymnastique sert à justifier et expliquer les nouveautés introduites au fur et à mesure dans l’intrigue. Elle montre surtout combien l’auteur compte prendre son lecteur pour quelqu’un d’intelligent, c’est toujours plaisant de lire dans ce contexte.

Ainsi, l’Opération Mjöllnir, qui au cœur de ce volume, prend surtout place dans le contexte troublé du tout début de la Deuxième Guerre mondiale, de septembre à novembre 1939. Mais, pour placer cette action stratégique dans un cadre plus large et pour expliquer les motivations des différents personnages, nous avons droit à des incursions en 1918, 1921, 1924, 1937, etc. jusqu’à même 1946 : nous sommes moins, comme dans le premier tome, dans un développement sur la montée du régime nazi que dans un développement des personnages en marge du lancement du conflit mondialisé. Et c’est dans ce contexte que la galerie de personnages se densifie franchement : Friedrich n’est plus forcément le seul antagoniste, mais fait des incursions dans les péripéties des autres. Une équipe d’intervention nazie est dépêchée en Angleterre pour récupérer ce qu’a découvert Saxhaüser en Irak et qui a été récupéré par les Britanniques, mais évidemment même au sein des espions allemands, une lutte interne s’organise entre les SS d’Himmler et l’Abwehr de l’amiral Canaris, chacun cherchant à être toujours plus proche du pouvoir central hitlérien.

Stéphane Przybylski fait toujours preuve d’une extrême érudition sur cette période de la Deuxième Guerre mondiale, sur ce qui l’a suscité et sur le fonctionnement des institutions de l’époque (les annexes finales sont particulièrement parlantes). Pour autant, il n’en fait pas du tout un cours d’Histoire et les met véritablement au service de l’action car, dans ce tome, les péripéties s’enchaînent à une vitesse folle au point de perdre une quantité non négligeable de personnages touchants. Face cette myriade de destins brisés par le lancement de la Deuxième Guerre mondiale (les premiers combats en Pologne se font discrets ici, contrairement aux jeux d’espions qui sont à l’œuvre), l’élément extraterrestre n’est pas à négliger, même s’ils n’interviennent que sporadiquement et parfois de façon très sibylline ; pour autant, ils peuvent bien vite apparaître comme des personnages destinés à exprimer une pensée qui se placerait un peu au-dessus de la nasse, par-delà le panier de crabes qu’est le milieu du XXe siècle, peut-être est-ce parmi eux qu’il faut se placer pour en apprendre le plus sur notre façon de raisonner…

En somme, Le Marteau de Thor est un deuxième roman foisonnant de bonnes idées, qui ne lésine pas sur l’action et qui développe une sacrée galerie de personnages, ce n’est rien de moins qu’un de coup de cœur supplémentaire pour la narration produite par Stéphane Przybylski, ce qui justifie pleinement d’attaquer dès que possible les tomes 3 et 4 de cette saga.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 3 ; Tome 4

Autres critiques : Anudar ; Apophis (Le Culte d’Apophis) ; BlackWolf (Blog-o-livre) ; Célindanaé et Lhotseshar (Au pays des Cave Trolls) ; Chiwi (Les Balades livresques de Chiwi) ; François Schnebelen (YoZone) ; Gromovar (Quoi de Neuf sur ma Pile ?) ; Joyeux Drille (Appuyez sur la touche Lecture) ; Le Chasseur de Chimères (Merveilleux scientifique, un blog) ; Sandrine Brugot Maillard (Mes imaginaires) ; Sylvain Bonnet (ActuSF) ; The Unwalkers ; Vert (NeVertWhere)

Petit conclusion en chanson : Komm zurück (version allemande de J’attendrai)