Titre : Club Uranium
Cycle/Série : Origines, tome 3
Auteur : Stéphane Przybylski
Éditeur : Le Bélial’ [site officiel]
Date de publication : 23 juin 2016

Synopsis : Début 1940.
L’extraordinaire découverte faite par Friedrich Saxhäuser dans la vallée du Nahr al-Zab-al-Saghir est désormais aux mains d’un comité occulte basé en terres américaines. De Berlin à Washington D.C., tous s’accordent sur une chose : retourner au Kurdistan irakien est impératif. Qui se rendra maître du Château des millions d’années possèdera un avantage crucial dans le conflit en cours… De chaque côté de l’Atlantique, le comte Erchingen et l’énigmatique M. Lee montent des expéditions secrètes avec l’Irak en point de mire, une gageure quand la guerre étend son empire sur l’essentiel du globe… Reste Saxhäuser, soldat hors normes confronté à l’indicible et aux convictions balayées. Peut-être lui appartiendra-t-il de sauver l’humanité ? Mais envisager pareille entreprise est-il seulement possible quand votre propre humanité semble vous échapper ?
Auteur d’ouvrages militaires et historiques, dont La Campagne de 1870, distingué par le prix de l’Académie de Stanislas, Stéphane Przybylski poursuit avec Club Uranium, troisième volet de sa Tétralogie des Origines, saluée par le prix Révélation Futuriales 2016, son monumental projet romanesque imbriquant théories conspirationnistes et plongée au cœur des marges de l’Histoire, quelque part entre Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, la mythique série des X-Files de Chris Carter et Les Puissances de l’invisible de Tim Powers.

– Je vous propose de mettre un terme à ce « tapage » qui focalise les attentions sur vos activités, reprit M. Lee. Je m’emparerai des preuves de votre existence, puis je les ferai disparaître, en même temps que j’éliminerai ou discréditerai les témoins de ces phénomènes. Je m’arrangerai pour que l’on ne puisse jamais tirer de conclusions irréfutables au sujet de votre existence. La désinformation est une arme plus efficace que l’extermination… une chose que les nazis ne comprendront jamais.
– Pourquoi pensez-vous que je me tiens devant vous, plutôt que devant Hitler ? ajouta l’étranger. En touant ouvertement tant de gens, les nationaux-socialistes créent des martyrs et provoquent un sentiment de rejet qui les mène tout droit à leur perte. Si nous commettions l’erreur de nous allier à eux, l’humanité pourrait se dresser unie dans la résistance.
– Je me félicite de votre choix. Je ne crois pas à la résistance, mais plutôt à l’adaptation, à la mutation des espèces pour garantir leur survie. Voyez ce tyrannosaure : comme il est ridicule face aux forces de l’univers qui l’ont fait disparaître à tout jamais.
– L’humanité a toujours enfanté des héros qui pensent le contraire, des gens convaincus de pouvoir renverser l’ordre inéluctable des choses. Ce sont eux que vous allez devoir combattre : exterminez-les, mais surtout, détruisez les idées qu’ils représentent.
– Pour que la liberté ne reste qu’un barbecue et une partie de football, par un bel après-midi d’été, ajouta M. Lee.

Des nazis, des conspirations et des extraterrestres en pleine Deuxième Guerre mondiale, voici le programme de Club Uranium, troisième tome de la Tétralogie des Origines, écrit par Stéphane Przybylski aux éditions Le Bélial’.

L’armement extraterrestre découvert par Friedrich Saxhäuser en Irak est désormais aux mains des services secrets britanniques, mais une partie a filé jusqu’à l’état-major nazi et l’information même de son existence commence à filtrer en plusieurs directions. Notamment, un certain M. Lee est en train de monter une équipe de combattants et de scientifiques pour mettre la main sur cet armement. Dans le même temps, deux factions d’extraterrestres tissent des liens avec des humains afin de circonscrire cette connaissance chère à monnayer au moins de monde possible. Un retour en Irak s’impose ainsi pour les protagonistes, peu importe leur allégeance du moment. Enfin, en parallèle, se montent de plus en plus sérieusement le Club Uranium (« Uranverein »), groupuscule de scientifiques qui visent la construction rapide et à visée militaire d’une machine utilisant du matériau nucléaire, mais ce « Club Uranium » est-il uniquement cela ?

Dans ce troisième tome, les Américains entrent pleinement dans la partie. En effet, autant le premier volume se situait entre Allemagne et Moyen-Orient, puis le deuxième surtout au Royaume-Uni, autant ce troisième s’éparpille un peu sur l’ensemble de la planète avec plusieurs théâtres d’opération dont certaines bases américaines. De même, chaque nouveau tome crée de nouveaux antagonistes à Friedrich Saxhäuser : d’abord sa prise de conscience au sein du régime nazi, puis ses déboires avec les services secrets britanniques, enfin ici la course à l’armement et la course-poursuite avec des antagonistes lancés sur la piste des extraterrestres, de la puissance dévastatrice qu’ils possèdent et de l’idée d’une arme nucléaire. D’ailleurs, à l’image de l’administration nazie, divisée entre l’Abwehr, les SS et quelques autres cénacles qui se disputent la proximité du Führer, les Américains eux aussi apparaissent très divisés entre différentes agences d’espionnage, de contre-espionnage, les services secrets et un obscur Comité qui semblent avoir des moyens quasi illimités , tous ayant des objectifs divergents voire une conduite diamétralement opposée.

Club Uranium peut décevoir certains lecteurs par le simple parti-pris choisi. En effet, le rythme s’y fait moins effréné que le deuxième tome qui penchait davantage vers le genre du thriller, alors même que le temps passe inexorablement plus vite (deux mois en gros pour chacun des deux premiers, et là deux ans !). De même, nous y trouvons beaucoup moins de précisions sur les faits historiques disons « mainstream » sur la Deuxième Guerre mondiale comme dans le premier opus, alors même que de nombreux personnages émergent… mais pas forcément pour durer longtemps dans l’intrigue. Malgré tout cela, ce tome-ci a, à son tour, sa spécificité : l’auteur s’y amuse des turpitudes du héros qui a totalement intégré les enjeux politiques, militaires et scientifiques de l’intrigue, et tente de pourfendre nos lourds penchants conspirationistes à propos des recherches sur le nucléaire et sur la visite d’extraterrestres dans les années 1940 et après. Ce n’est pas pour rien que la principale référence assumée est évidemment X-Files avec un pseudo-« homme à la cigarette » autour duquel se construit désormais l’histoire. De nombreux paragraphes sont construits pour placer le doute et c’est fait de plutôt belle manière, notamment dans les dialogues incongrus avec ces dits extraterrestres. Par contre, ce petit aspect SF ne doit pas gommer l’érudition de l’auteur qui déborde, encore et toujours, de chaque page (intégrée sans bourrage de crâne dans l’intrigue), mais cela se fait de plus en plus sur des références historiques très pointues.

Club Uranium est donc un troisième tome très maîtrisé, nous n’en attendions pas moins c’est certain, mais il faut quand même saluer que le pari de Stéphane Przybylski et du Bélial’, lancés sur un timing serré annoncé à grand renfort de communication, est en passe d’être parfaitement réussi. Rendez-vous donc en octobre 2017 pour l’ultime tome et l’apothéose que nous espérons, façon « champignon nucléaire » avec option Roswell…

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 4

Autres critiques : Célindanaé (Au pays des Cave Trolls) ; François Schnebelen (YoZone) ; Joyeux Drille (Appuyez sur la touche Lecture !) ; Oriane (La Pile à Lire)