Moriarty Le Chien des d'Uberville

Titre : Moriarty : Le chien des d’Uberville (Professor Moriarty: The Hound of the D’Urbervilles)
Auteur : Kim Newman
Éditeur : Bragelonne (Le Mois du Cuivre)
Date de publication : novembre 2015 (2011 en VO)

Synopsis : Imaginez les jumeaux maléfiques de Sherlock Holmes et du docteur Watson, et vous obtiendrez le redoutable duo formé par le professeur James Moriarty, serpent rusé d’une intelligence remarquable aussi cruel qu’imprévisible, et le colonel Moran, violent, libertin et politiquement incorrect. Ensemble, ils règnent sur Londres en maîtres du crime, tenant dans leur poing police et hors-la-loi.
Quelle que soit leur mission, du meurtre au cambriolage de haut vol, Moriarty et Moran accueillent un flot de visiteurs malfaisants : membres du Si-Fan assoiffés de sang, Vampires de Paris, et même une certaine Irène Adler…

Note 3.5

Les imbéciles aimeraient vous faire croire qu’une fois que vous avez éliminé l’impossible, ce qu’il en reste, même si c’est improbable, doit être la vérité…

Merci aux éditions Bragelonne d’avoir eu la très bonne idée d’éditer le roman Moriarty de Kim Newman. L’éditeur a fait du beau boulot : tranche argentée, papier de qualité, couverture soignée faisant penser à un ouvrage de steampunk (ce qui n’est pas le cas). Merci également au dandy anglais pour la réunion de ces sept nouvelles, enrichies d’une préface destinée à faire croire qu’il s’agit ici de l’œuvre du colonel Sébastian Moran, découverte récemment…

De Tintin (ah, la Castafiore !) à James Bond, en passant par Dracula, sans oublier Arsène Lupin et encore tant d’autres références, ce roman fourmille de clins d’œil qui ont tous le mérite de tomber comme un cheveu sur la soupe. Une nouvelle (L’aventure des six malédictions) devrait plaire à tous les adeptes de fantasy ou des récits mystiques dignes du Mystère de la grande pyramide ou de Raskar-Kapak… Cet épisode est absolument jouissif et hilarant mais hélas, il ne cadre pas vraiment avec l’environnement habituel du célèbre détective.

Les adeptes purs et durs de Sherlock Holmes vont être déçus car leur héros ne fait qu’une seule apparition. Son nom est d’ailleurs évoqué pour la première fois lors des dernières lignes du dernier chapitre : Le problème de l’aventure finale. Celui-ci nous offre une relecture originale des événements intervenus aux chutes de Reichenbach. Vous pensiez tout savoir ? Vous pensiez qu’Antony Horowitz en avait déjà suffisamment fait ! Vous allez être surpris…

L’idée est ici simple : réunir Moran et Moriarty pour plusieurs nouvelles qui reprennent le style de Conan Doyle. Ainsi Le chien des d’Uberville (qui donne son nom au sous-titre) n’est qu’une réécriture moritarienne du Chien des Baskerville. Et cette fois-ci Moran joue le rôle de Watson, du début à la fin. Toute la saveur de l’histoire tient à ce parallélisme, car le récit en lui-même est assez décevant. L’équilibre entre surnaturel, fantaisie (ou fantasy ?) dessert plus qu’autre chose.

L’invertébré grec est une réécriture de L’interprète grec. Pas de Mycroft (sinon au détour d’une référence où l’on apprend qu’il fait du Diogene’s Club ce que sera Universal Export quelques années plus tard) mais deux autres James Moriarty et un ennemi implacable seront bel et bien au rendez-vous. Le ridicule de certaines scènes, le caractère convenu du nœud du problème déçoivent et il faudra attendre le dernier chapitre pour trouver leur justification.

De manière générale, Sherlock Holmes (alias le Grand échalas), Watson (l’idiot du village) et Moriarty ne sortent pas indemnes des écrits de Moran-Newman ! Les attaques contre le patron de la Firme sont d’abord savoureuses et en deviennent vite lassantes. Même si à un moment l’on apprend qu’il jouera un rôle déterminant dans la « formation » d’un certain Ernst Stravo Blofeld. L’on en vient assez rapidement à apprécier les passages où il ne fait que peu parler de lui. Assurément, le Napoléon du crime ne trouve pas ici son Mémorial.

La ligue de la planète rouge apporte une dose de loufoque qui est davantage disséminée dans les autres nouvelles. Désordre à Belgravia nous offre une première apparition de Irene Adler, sur une intrigue digne du Sceptre d’Ottokar. Le tout premier récit est sans doute celui qui se rapproche le plus du canon : Une étude en vermillon.

Il y a ici de quoi relire différemment les écrits d’Arthur Conan Doyle. Pourtant, malgré sa grande qualité le roman devient assez rapidement lassant. Certaines nouvelles oscillent entre originalité et déception. La personnalité de Moran est également responsable d’un trop rapide décrochage. Il faut réussir à supporter son côté roublard, vantard, ses allusions scabreuses et ses préjugés tout au long de ces plus de quatre cents pages. De distrayante, sa compagnie devient bien vite embarrassante d’autant que l’auteur supposé n’évolue guère (au fil de plusieurs décennies semble-t-il) et nous gratifie de ces traits d’esprits qui de désopilants deviennent trop rapidement ennuyeux et prévisibles.

Malgré tout, nous avons affaire ici à un bon roman, quoiqu’un peu décevant lorsque l’on connaît un peu Kim Newman. Si l’ouvrage est riche et bien documenté, il n’est pas au même niveau qu’Anno Dracula. En tout cas, il reste une bonne pioche !

Voir aussi :

Autres critiques : Alec (Alec à la bibliothèque) ; Gaëlle (Pause Earl Grey) ; Hilaire Alrune (YoZone) ; Isa la Rousse (Le petit monde d’Isa)

Un Irlandais allergique à l’alcool, c’est aussi répandu qu’un politicien opposé au vol de l’argent public.