Earth-2 tome 1 Rassemblement

Titre : Rassemblement
Série : Earth-2, tome 1
Scénariste : James Robinson
Dessinateurs : Nicola Scott, Yildiray Cinar, Euardo Pansica, Tomas Giorello et Tom Derenick
Éditeur : Urban Comics (DC Renaissance)
Date de publication : 3 avril 2015 (2012 en VO chez DC Comics)

Synopsis : Il y a cinq ans, Darkseid, le tyran d’Apokolips, tenta de conquérir la Terre, à l’aide de ses troupes d’assauts. Mais si, sur « notre » Terre, les héros de la Ligue de Justice purent repousser l’invasion, les héros de « Terre-2 », une Terre parallèle, essuyèrent de nombreuses pertes et maintiennent depuis une victoire fragile. Aujourd’hui, une nouvelle menace apparaît, sous la forme de la Nécrose, et de nouvelles « Merveilles » vont devoir se dresser contre elle.

Note 3.5

J’ai entendu dire qu’un héros, c’est celui qui entreprend une dangereuse mission, malgré la peur qu’elle lui inspire.
J’espère que c’est vrai. Parce que je suis terrorisé.

Avec Earth-2 et son premier tome dans l’univers de DC Renaissance (toujours ces fameux New 52), nous abordons le concept de « terre parallèle », plutôt « terre divergente » même mais bon sans jouer sur les mots, nous suivons les aventures d’une autre Terre où tout ne s’est pas passé comme sur la nôtre. Ainsi, lors de l’attaque de Darkseid (déjà vue dans le tome 1 de Justice League), les plus grands héros de la planète ont dû se sacrifier, Batman, Wonder Woman et notamment Superman passant à la trappe ! Rien que ça ! Au moins, sur Terre-2, c’est clair : les choses ne sont pas faites pour être figées et nous allons découvrir un monde complètement bouleversé.

Ainsi, l’occasion est trop belle pour James Robinson (qui gère, pour le moment, tout de ce monde-ci) de reformer une Justice League « new look » dès les premiers épisodes avec non seulement un « Rassemblement » en bonne et due forme, mais aussi et surtout une reformulation des origines de la plupart des super-héros concernés. L’auteur se permet (ou plutôt fait bien correspondre) la disparition de Supergirl et de Robin (enfin féminine, et en l’occurrence la fille de Batman et Catwoman !), parce qu’elles sont en parallèle les personnages principales de la série World’s Finest dans les rôles de Huntress et Power Girl sur la Terre-0 (la principale, donc). Ce n’est qu’un des nombreux exemples de réinterprétations du scénariste.

Devant un tel engouement possible, deux limites peuvent rapidement se poser. Tout d’abord, la qualité se niche dans les détails et le lecteur aguerri pourrait régulièrement tiquer sur des points de litige. Attention, par exemple, à des erreurs d’appréciation (sûrement dès la version originale, car je ne pense que la traduction aurait pris ce genre de libertés) au sujet des dieux auxquels Wonder Woman rend un culte : depuis quand est-elle romaine et non grecque ? Parler de Jupiter au lieu de Zeus ou voir Mercure au lieu d’Hermès change la représentation de cette figure mythique des Amazones, mais c’est un tic qui ne gênera pas forcément tout le monde. De même, il pourra y avoir une certaine incompréhension quant à la transmission de la vitesse à un nouveau Flash : pourquoi cela lui octroie-t-il directement un costume ? (quel est le rapport ?) Toujours est-il que dès que nous sommes en présence de terres divergentes, le personnage de Flash a une place centrale et nous n’y coupons pas ici. Et d’ailleurs, c’est ce qui nous amène à notre deuxième limite possible : des ficelles scénaristiques peut-être un peu grosses. Malgré tout, elles permettent de mettre place une « nouvelle ère de super-héros », une relève forcément originale, même si elle reprend les pouvoirs habituels des grands hérauts de l’humanité à défendre. Dans cette optique, cela part un peu plus dans tous les sens avec les épisodes 6, 7 et enfin 8 : les intrigues se multiplient au risque de perdre la lecture dans de l’échevelé, les dessins se font plus flamboyants au point de laisser de côté les détails. Bien sûr, la série Earth-2 a ceci comme grand avantage et comme horrible inconvénient : elle doit mettre en place un monde tout entier ! Du coup, la création, l’introduction et la mise en action d’un seul personnage, comme Mr Terrific par exemple, paraissent surfaites quand c’est réalisé sur si peu de cases ; pourtant, j’aime le principe d’aller vite et de ne pas faire traîner les choses comme c’est la mode en ce moment.

Ne boudons, toutefois, pas notre plaisir de retrouver quantité de héros d’antan. Le scénario multiplie ainsi les allusions récurrentes (et évidemment attendues) à ces super-héros passés (ou trépassés), disparus depuis, ou bien juste sous-utilisés, Alan Scott en tête, dont le pouvoir est, à son tour, réinterprété efficacement, Green Lantern bien sûr, mais aussi à mi-chemin avec Swamp Thing. Nous retrouvons ainsi des combats d’anthologie ayant déjà été abordés il y a de cela plusieurs décennies, réjouissons-nous car c’est bien fait ! Nous pourrions avoir peur que le trop-plein de références limite le public visé uniquement à des fins connaisseurs de l’histoire de DC Comics : je ne pense pas que ce soit le cas, car il n’en faut pas autant pour apprécier une bonne histoire ; les à-côtés permettent par contre aux aficionados d’apprécier leur comics à plusieurs niveaux de lecture. Enfin, la diversité sous toutes ses formes est bien présente dans ce comics : c’est frais, c’est neuf et ça rassure. Le fun emplit les pages et heureusement car le tragique tient, lui aussi, une place non négligeable dès le départ.

En conclusion, nous disposons avec Earth-2 d’un nouveau départ très frais et très porté sur l’action qui mise sur beaucoup de références, mais dans un monde en totale construction devant nos yeux, donc très pratique pour débuter : n’est-ce pas là ce que tout lecteur de DC Comics aurait pu attendre du renouveau des New 52 lors de la Renaissance DC de 2011 ?

Autres critiques : DarthFry (DC Planet)