La volonté du dragon

Titre : La Volonté du Dragon
Auteur : Lionel Davoust
Éditeur : Critic (Fantasy)
Date de publication : 30 mars 2010

Synopsis : Une reine dont les yeux émeraude lisent l’avenir… Un enfant-roi, passablement fou, gardien d’un savoir oublié… Du déroulement de leur partie d’échecs pourrait bien se décider l’issue de la guerre…
Entre les derniers royaumes libres et les forces d’invasion de l’Empire d’Asreth se dresse l’imprenable Qhmarr, petit pays à peine sorti de l’ère médiévale. Gouverné par un roi trop jeune et un conseiller trop confiant, il ne devrait représenter dans le plan de conquête de l’Empire qu’une note de bas de page. Et alors que le généralissime D’eolus Vasteth s’emploie à négocier les modalités d’une reddition diplomatique, déjà, aux portes de la capitale, se presse l’implacable armada… La conclusion du conflit ne fait aucun doute. D’une manière ou d’une autre, Qhmarr passera sous pavillon asrien.
Pourtant, malgré la défaite annoncée, Vasteth découvre des dirigeants qhmarri inflexibles, prêts à confier le destin de leur nation à d’absurdes croyances ancestrales. À travers le défi lancé par l’enfant-roi, ce sont toutes les certitudes du généralissime qui vont se voir ébranlées, tandis que, sur la mer, les soldats meurent, simples pions sur un échiquier qui les dépasse…

Note 3.5

Vous détenez leur sort entier, leurs vies entre vos mains, bien plus intimement que n’importe quel général ; vous n’êtes plus un élément de combat, vous êtes le combat.

N’avez-vous jamais rêvé de jouer une partie d’échecs à l’ancienne (plateau, pièces et stratégies), mais avec de véritables pièces d’artillerie sophistiquées et des conséquences réellement mortelles en guise de motivation ? C’est à cet exercice que se plie Lionel Davoust dans La Volonté du Dragon, court roman paru chez les éditions Critic.

La Volonté du Dragon, c’est ici la volonté de l’Empire d’Asreth, l’Empire du Dragon, d’asservir un territoire de plus, en l’occurrence le Qhmarr, toute petite principauté dominée par un enfant-roi de pacotille et un ministre plus que sûr de lui. Face à eux se dresse le Volonté-du-Dragon (on s’y retrouve très bien dans le livre, si si !), fier navire de la flotte asrienne qui déverse une flopée de commandants et sous-fifres constituant les personnages principaux de cette histoire, car nous la voyons avant tout de leur œil de conquérant, entre doutes et convictions. Trois lieux principaux s’imposent à nous : la partie d’échecs du point de vue de D’eolus Vasteth dit le « généralissime », la passerelle de commandement du Volonté-du-Dragon, et enfin les salles des machines du même bâtiment. Ces trois points stratégiques sont autant d’échelons de la hiérarchie de l’Empire d’Asreth, mais également trois rapports différents à la réalité, une réalité qui passe par l’affrontement inéluctable entre les deux parties : c’est tout l’enjeu de ce roman.

Le style de Lionel Davoust est particulier, c’est évident ; il se trouve qu’il est volontairement bien alambiqué et cela est plaisant comme tout, car rien ne vaut une littérature légèrement complexe qui instruit tout en distrayant. Certains mots donneront du fil à retordre aux plus valeureux « dicophiles », mais bon, tout cela se comprend très bien au fond. Les petites phrases bien senties se multiplient et font mouche dans une grande majorité, au point de surprendre le lecteur à vouloir en noter un maximum. Il est à noter que l’ambiance de fantasy n’est pas forcément très présente ici, ce qui n’est pas désagréable pour autant, loin de là. En revanche, nous rencontrons quand même une sorte de magie locale, une religion particulièrement prégnante, le « Lâh », qui donne sa spécificité à ce petit roman, tout en étant peut-être une marque de fabrique pour le monde d’Évanégyre, difficile de le dire au seul vu de cette aventure très localisée. C’est d’ailleurs l’occasion d’aborder très simplement ce monde d’Évanégyre, créé par Lionel Davoust et que celui-ci développe à travers plusieurs romans (parus ou à venir), mais également nouvelles après nouvelles comme dans les anthologies des Imaginales d’Épinal qu’il n’a pas codirigées (Victimes et bourreaux, Rois et capitaines, Magiciennes et sorciers).

Dans tous les cas, il est très agréable de travailler cette capacité dans de tels récits de fantasy à se focaliser sur un petit événement et à en faire un récit conséquent et passionnant. Cela permet, et Lionel Davoust le réalise très bien, de ne pas se presser dans l’enchaînement des faits narrés, qui sont ici du même coup très resserrés dans leur localisation. D’ailleurs, au cours de la chevauchée du Volonté-du-Dragon, c’est la situation qui vaut le détour au premier chef, plus que ses acteurs, même s’ils font le jeu de l’action. Difficile donc d’élever le développement des personnages à un très haut niveau en si peu de temps ; c’est toujours l’ennui avec les ouvrages relativement courts. Malgré tout, la préférence générale ira, à coup sûr, vers le capitaine Eod’an Anthear, aussi central que nuancé dans son rôle de lien entre la partie d’échecs en intérieur et les phases de combat en extérieur : il possède le charisme du militaire chevronné tout en rassurant le lecteur avec sa désinvolture de vieux baroudeur.

La Volonté du Dragon confirme ainsi la première impression laissée par l’auteur dans ses nombreuses nouvelles : Lionel Davoust est un auteur franchement atypique, unique en son genre et qui convainc rapidement ses lecteurs de poursuivre dans la découverte de ses œuvres.

Autres critiques : Aymeline Fonvieille (Les Mandragores), Belgarion (Elbakin), Vert (Nevertwhere) et Vil Faquin (La Faquinade)