Gagner la guerre (BD), tome 3 : La mère patrie

31 mars 2021 4 Par Dionysos
Gagner la guerre 3 Mere patrie

Titre : La Mère patrie
Cycle/Série : Gagner la guerre, tome 3
Auteur : Frédéric Genêt
Éditeur : Le Lombard [site officiel]
Date de publication : 12 février 2021

Synopsis : Benvenuto est sorti des geôles ressiniennes et il est accueilli en héros à son retour au pays. Profitant de sa convalescence, il observe à distance les complots menés par son maître, le machiavélique Podestat. En surface, le calme semble être revenu à Ciudalia. Mais la tempête approche, Benvenuto le pressent. Bientôt, seuls ses instincts d’assassin pourront lui sauver sa vie.

– Tirez pas cette tête, Don Benvenuto. On dirait que vous aller assassiner quelqu’un.
– Désolé, j suis allergique aux enterrements.
– Étonnant, étant donné ton commerce.
– Rien à voir. Buter un quidam, c’est propre, c’est rapide, c’est payant. C’est une vraie expérience humaine. Un enterrement par contre, c’est grégaire, c’est faux-cul et interminable. Une véritable corvée ! C’est comme un banquet de mariage, mais en noir et sans les pince-fesses. Ça me dégoûte !

Début 2021, Frédéric Genêt publie le 3e tome de Gagner la guerre chez Le Lombard ; il poursuit là l’adaptation de l’œuvre de Jean-Philippe Jaworski, issue du roman du même nom au sein de ses Récits du Vieux Royaume.


Benvenuto n’est pas le bienvenu

Don Benvenuto Gesufal, assassin ciudalien, membre de la Guilde des Chuchoteurs et spadassin au service du podestat de Ciudalia, revient exténué de la guerre à laquelle il a participé. Il vient de réussir son assassinat certes, mais a subi un emprisonnement corsé, un passage à tabac particulièrement soigné et doit se tenir constamment aux aguets pour que sa mission ne soit pas dévoilée. Sur le port de Ciudalia, il est accueilli par le clan Mastiggia, dont il a justement tué le plus prometteur rejeton. Cet accueil n’est que le début d’une longue liste d’embûches sur la route de la tranquillité du narrateur. En effet, il doit subir les assauts plus ou moins pacifistes de certains concurrents, de politiciens à la solde ou non du clan Ducatore, ainsi que les conséquences « sanitaires » de son emprisonnement et même les piques régulières de la propre fille du podestat qu’il est censé servir.

Plongée dans un personnage pour le moins tortueux

C’est tout le sel de Gagner le guerre, en roman comme en BD : Benvenuto Gesufal n’est pas un héros, c’est l’anti-héros par excellence, car il n’est pas là pour faire des exploits ou des moments épiques pour la beauté du geste. Au contraire, il est un représentant des bas-fonds (nous sommes à fond dans de la « crapule fantasy ») ; la plongée dans ses souvenirs, douloureux surtout, aide à s’en rendre compte. Ici, il accumule les douleurs, les harcèlements, englué qu’il est dans un marasme politique dont il ne saisit au départ qu’une partie de la surface. Mais voilà, Benvenuto n’est pas non plus à plaindre sur tous les tableaux, il joue avec les informations (nous avons droit à ses pensées en continu), il n’est pas un enfant de chœur et même dans les pires situations, il est prêt aux pires horreurs. Ce tome-ci renferme justement une des scènes les plus marquantes du roman original. Je n’ai plus exactement les détails en tête de ce passage dans le roman, mais ici Frédéric Genêt choisit d’y consacrer une planche double, malheureusement cohérente et efficace.

Lumière sur une cité renaissante

Forcément, qui dit adaptation dit choix graphiques importants. Frédéric Genêt doit jongler avec le fait qu’il travaille seul sur le dessin et le scénario de cette série : toutes les cases ne peuvent pas être travaillées jusque dans les moindres détails. Certains lecteurs pourront tiquer sur quelques visages ou quelques décors laissés flous, mais dans l’ensemble, nous sommes là en présence d’un trait dynamique, qui joue sur les expressions du visage, notamment parce que les personnages sont parfois marqués physiquement (Benvenuto déjà vu le contexte). Autre point fort, Frédéric Genêt met en lumière Ciudalia (alors que les deux premiers tomes ne nous la faisaient deviner que dans certains souvenirs), ville renaissante proche d’une Florence des Médicis, où chaque architecture intérieure et extérieure, peut être l’occasion de placer quelques éléments graphiques intéressants : sculptures et peintures sont d’ailleurs des éléments de l’intrigue, les uniformes des fantassins, des condottières et des gardes du Podestat sont « historiques » au sens où ils renvoient à ceux des XVe et XVIe siècles italiens, etc. L’interprétation de ces références à la Renaissance joue beaucoup dans l’immersion.

— Je ne suis pas certain de partager votre conception de l’amitié.
— Au contraire, c’est là l’essence même de l’amitié. L’exploitation de nos ressources mutuelles dans nos intérêts réciproques.

Même si cette série n’est pas un monument de la bande dessinée, Gagner la guerre est une bonne transposition de la part de l’auteur ; à part à la colorisation où il est aidé par Annelise Sauvêtre, Frédéric Genêt assure aux dessins et à l’adaptation du scénario, il faut saluer la cohérence et le travail déployé pour donner vie cet univers « médiéval-renaissant » !

Voir aussi :
Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques :

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