Vers ma fin
Titre : Vers ma fin
Autrice : Sophie White
Éditeur : Fleuve (Styx)
Date de publication : 2025 (octobre)
Synopsis : Sur une île au large de l’Irlande, Aoileann vit recluse avec sa grand-mère et sa mère, une présence inerte qu’elle appelle la « chose du lit ». Jamais elle n’a quitté cet endroit hostile, où les murmures du vent semblent porteurs de mystères anciens. Lorsque Rachel, une artiste venue du continent, débarque avec son nourrisson, Aoileann découvre une douceur et une chaleur qui lui ont toujours été refusées. Mais sa fascination grandissante pour cette femme et son enfant se transforme bientôt en une obsession dévorante, réveillant les fantômes du passé et libérant des ténèbres qu’elle ne peut plus contenir.
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Un roman glauque inspiré du body-horreur
Première publication en français pour l’autrice irlandaise Sophie White, « Vers ma fin » a été récompensé par le prix Shirley Jackson en 2022 et s’inscrit pleinement dans le registre du body horreur. Un sous-genre auquel je me suis récemment confrontée avec notamment « Visqueuse » de Morgane Caussarieu et auquel je suis désormais convaincue qu’il n’est absolument pas fait pour moi. Pas de bol ! Le roman met en scène une femme d’une vingtaine d’années, Aoileann, vivant avec sa grand-mère et sa mère sur une petite île au large de l’Irlande. Une île presque complètement coupée du monde, sur laquelle les habitants vivent de la même manière depuis des siècles et où notre héroïne et sa famille sont traitées comme de véritables parias. La raison ? Aoileann l’ignore précisément mais nul doute que cela a à voir avec sa mère, qu’elle a rebaptisé « la chose du lit ». Jour après jour, la grand-mère et la fille sont contraintes de prendre soin de cette créature qui n’a presque plus rien d’humain et qui a cessé de communiquer depuis bien longtemps déjà. Peu importe les indignités qu’on lui fait subir ou les douleurs endurées, rien ne semble capable de la toucher ou de la faire réagir, même pas sa propre fille. Dégoûtée par cette chose presque morte dont elle doit malgré tout prendre soin, étouffée par cette grand-mère froide et hostile qui semble lui reprocher leur condition actuelle, Aoileann voit son horizon enfin s’élargir lorsqu’elle fait la connaissance d’une femme et de son nouveau né sur la plage. Artiste tout juste débarquée sur l’île pour une résidence de quelques semaines, Rachel va immédiatement se lier d’affection pour cette jeune femme visiblement isolée mais plus accueillante que les autres habitants de l’île qui n’apprécient guère de voir une étrangère débarquer. Épuisée par sa toute nouvelle maternité et par ses exigences professionnelles, l’artiste va être amenée à se reposer de plus en plus sur elle. Mais lui veut-elle vraiment du bien ?
Réflexions sur la maternité et malaise
Ça a l’air glauque ? Ça l’est ! En tout cas trop pour moi qui ai trouvé cette lecture extrêmement éprouvante. L’intrigue est pourtant intéressante et on meurt d’envie de savoir ce qui a plongé la mère de l’héroïne dans cet état mais aussi ce qu’il va advenir de Rachel et de son bébé pour lequel Aoileann éprouve une jalousie viscérale. Le roman traite avec originalité de la maternité en l’abordant sous ses aspects les moins reluisants : le post-partum, l’épuisement débilitant lié au manque de sommeil, les sentiments ambivalents qu’un nouveau né peut susciter lorsqu’on réalise à quel point son arrivée bouleverse totalement notre vie… J’ai beaucoup apprécié le choix de l’autrice de mettre ces aspects en avant par le biais de deux figures maternelles complètement ambivalentes : l’une épuisée et dépassée mais amante et présente, et l’autre parfaitement indifférente à sa progéniture à laquelle elle a totalement renoncée. De même, je reconnais à l’autrice un talent certain pour instaurer un climat oppressant et faire monter progressivement la tension jusqu’à son paroxysme. En revanche, j’ai été vraiment écœurée par tous les passages consacrés à la description des soins prodigués à la « chose du lit ». L’autrice se plaît à entretenir tout au long du roman le mystère sur la nature de ce personnage complètement déshumanisé et que l’on ne découvre que par petits bouts, à mesure que l’héroïne effectue ses taches routinières (changer sa couche de la nuit, la porter aux toilettes, la laver, soigner ses escarres…) La déshumanisation totale de cette femme et la cruauté dont Aoileann fait preuve à son égard est glaçante et profondément malaisante, d’autant que ces passages, loin d’être marginaux, s’étendent sur des pages et des pages. De même, la mention « en passant » des viols et tortures subis par l’héroïne, ou encore des pensées meurtrières froidement dépeintes qui la traversent devant le bébé de Rachel contribuent à renforcer le sentiment de malaise. On en arrive au point où on accélère la lecture non pas par désir de connaître la fin mais pour abréger le supplice et quitter enfin cette île malsaine et ses cruels habitants.
Voilà ce qu’on peut appeler une lecture manquée ! Avec son roman consacré à une jeune paria à l’histoire mystérieuse chamboulée par sa rencontre avec une jeune mère, Sophie White aborde la question de la maternité sous un angle intéressant et original, mettant l’accent sur la souffrance physique et mentale qu’elle peut engendrer. Mais par ses descriptions inspirées du body horreur et sa déshumanisation terrifiante de l’un des personnages, le récit finit par susciter un malaise de plus en plus grand, au point de devenir presque insupportable. Âmes sensibles s’abstenir !
Autres critiques : ?


