Fantastique - Horreur

Cochrane vs Cthulhu

Cochrane vs Cthulhu Pocket

Titre : Cochrane vs Cthulhu
Cycle/Série : Lord Cochrane, tome 1
Auteur : Gilberto Villaroel
Éditeur : Aux Forges de Vulcain [site officiel], puis Pocket [site officiel]
Date de publication : 7 février 2020, puis 18 février 2021 en poche

Synopsis : Le marin le plus audacieux de tous les temps affronte le plus grand ennemi de l’humanité : El Diablo vs celui dont on ne doit pas prononcer le nom…!
Avril 1815. Fort Boyard. Le capitaine Eonet jubile : il vient de capturer l’ennemi numéro un de Bonaparte, Lord Cochrane. Mais l’officier français n’est pas rassuré. Est-ce que le célèbre marin écossais ne se serait pas laissé prendre, afin de pénétrer la forteresse et d’y espionner les troupes de l’Empereur ? Alors que commence un patient face-à-face entre les deux hommes de guerre, d’étranges créatures lancent un assaut sur la garnison. D’où viennent ces monstres ? Pourquoi attaquent-elles le fort ? Et si elles annonçaient le réveil d’une bête plus ancienne encore, terrifiante, cosmique : Cthulhu ?

Après avoir survécu à des boucheries comme la bataille des Pyramides et Austerlitz, toujours protégé par la bonne étoile et le génie tactique de l’empereur, le capitaine Eonet avait finalement trouvé son meilleur ennemi…

Un titre de film de série B mais clinquant, une couverture mystérieuse mais avec deux éléments bien identifiables, ce Cochrane vs Cthulhu, du chilien Gilberto Villarroel attire forcément l’œil et est ressorti en poche chez Pocket en février 2021 après avoir été publié Aux Forges de Vulcain en février 2020 (quand la sortie poche suit celle en grand format de pile un an, normalement c’est que les éditeurs sont très confiants).

Terreur à Fort Boyard

Lord Cochrane, intrépide marin au service de Sa Majesté britannique, se retrouve capturé par le gouverneur du fort Boyard ! Le capitaine Eonet est un peu étonné, mais l’occasion est trop belle de se venger de ces maudits Anglais qui ont déjà défait la marine napoléonienne. Car nous sommes en 1815, mais même si le règne de Napoléon Ier est sur la fin, la compétition franco-britannique est tenace, sur terre comme sur mer, la situation est donc très tendue. Toutefois, les soldats des deux bords se retrouvent bien marris de découvrir des créatures marines défiant toute science prendre d’assaut le fort ne faisant aucune différence entre nationalités. Des découvertes guident les protagonistes vers la réapparition d’une très ancienne créature qui hante certains rêves… Une expédition est nécessaire pour aller voir si les forts et les navires alentour ont subi les mêmes aléas et forcément lord Cochrane est de la partie !

Pulp fiction

Dans ce roman pulp, Gilberto Villaroel va à l’essentiel, avec de l’action pure. Il use d’un personnage historique qu’il semble particulièrement bien connaître (la postface explique dans les détails comment il en est venu à l’étudier puis à l’exploiter en roman) et le place dans un contexte intéressant qui mêle la fin des guerres napoléoniennes aux envies occidentales du début de l’âge industriel de mettre au jour certains mystères encore non dévoilés. Heureusement que l’ « exotisme » du lieu, le fameux fort Boyard (qui pour une fois sert à sa première utilité : repousser les invasions venues de la mer ; dans les faits, il ne servira qu’à maintenir des opposants en prison), donne du grain à moudre au lecteur qui veut se faire surprendre, car sinon il faut reconnaître que le titre très évocateur donne parfaitement le ton : les soldats en faction à ce moment-là doivent affronter le Grand Ancien le plus célèbre, Cthulhu, qui désire encore une fois se réveiller et reprendre sa place dans le règne animal ! Au moins, ce synopsis très pulp a le mérite d’être clair et ne ment pas sur la marchandise : le ton se veut volontairement léger ou grandiloquent selon les personnages ; les chapitres sont courts et très rythmés par des rebondissements réguliers et tonitruants, lorgnant ainsi sur les romans-feuilletons du début du XXe siècle ; et l’intrigue est construite autour d’un héros populaire à qui rien ne fait peur. Il faut donc en prendre et en laisser : du pur action, cela ne convient pas à tout le monde, et de même pour certains passages volontairement exagérés.

Pour aller plus loin

Gilberto Villaroel axe ce roman sur une intrigue très référencée historiquement. Bien sûr, le premier protagoniste, lord Cochrane, est une référence à lui tout seul et l’auteur insère dans sa biographie, qu’il connaît bien, des éléments fantastiques avec plusieurs enquêtes et batailles imaginaires (le tome 2 est sorti courant 2021) ; outre son rôle dans la marine britannique, surnommé Le Loup des mers, Thomas Cochrane se fit connaître comme El Diablo au sein des guerres d’indépendances du Chili avant tout, mais aussi du Brésil et de la Grèce. Face à lui, l’auteur convoque l’habituel mythe de Cthulhu et les habitués retrouveront les créatures fantasmagoriques qui peuplent le bestiaire proche du lieu de repos du Grand Ancien, ainsi que les longues salles qui mènent à celui-ci sur une île qui apparaît de temps à autre au gré des rêves. Gilberto Villaroel y ajoute quelques allusions archéologiques intéressantes autour de la figure des frères Champollion : Jacques-Joseph, l’aîné, et Jean-François, le « Jeune » sont de la partie et apportent quelques considérations pseudo-scientifiques en lien avec leurs recherches notamment en Égypte quelques années auparavant. Ils font ainsi le lien entre toutes les composantes (napoléoniennes, cthulhiennes et archéologiques) du roman en faisant du fort Boyard un lieu pas du tout choisi au hasard par les dirigeants français désirant militariser la côte atlantique. Dans les faits, le fort Boyard répond notamment à la bataille des brûlots de l’île d’Aix que l’auteur utilise avec force détails (comme on pourrait dire qu’il fait « feu de tout bois »… humour ignifugé). Si pour nous, la construction du fort a été suspendue à cause de cela, dans le roman la construction a eu un temps d’avance et il y a déjà une certaine garnison française sur place pour « accueillir » Cochrane ; légère uchronie donc qui permet de créer un récit presque en huis-clos sur ce qui reste pour nous le « fort de l’inutile » tant il n’aura finalement servi qu’à emprisonner des Prussiens et des Communards et qu’aujourd’hui, hormis l’aspect esthétique et touristique, il ne fait les beaux jours que d’une émission télévisuelle qui a depuis plusieurs viré au freak show et c’est bien dommage. Il est donc heureux de voir ce monument historique remis en lumière par un tel roman, cela fait toujours plaisir.

Cochrane vs Cthulhu vaut donc le détour, il s’agit d’un roman très pulp dans son esprit et à cheval (si on peut se permettre) sur l’évocation historique de ce début du XIXe siècle franco-britannique et l’hommage au mythe de Cthulhu, roman qu’il convient de lire d’une traite avec un certain relâchement.

Voir aussi :
Tome 2

Autres critiques :

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine. Membre fondateur du Bibliocosme.

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