Fantastique - Horreur

Je ne suis pas venu apporter la paix

Titre : Je ne suis pas venu apporter la paix
Auteur : Nicolas Martin
Éditeur : Aux forges de Vulcain
Date de publication : 2026 (septembre)

Synopsis : Dans une ferme pyrénéenne coupée du monde, une fratrie recomposée se réunit autour d’un patriarche agonisant, une matriarche glaciale et leur inquiétante servante. Chacun y revient avec ses secrets, ses fantômes. Pris au piège d’un orage diluvien, ils voient leurs masques se fissurer sous le poids des non-dits. La violence couve, prête à exploser. Entre tragédie antique et huis clos horrifique, Je ne suis pas venu apporter la paix allie la tension d’un thriller psychologique à la noirceur d’un implacable drame familial.

Une réunion de famille qui dégénère

Après un premier roman très remarqué mettant en scène une France dystopique dans laquelle une jeune femme relatait deux expériences de maternité totalement opposées, Nicolas Martin revient en cette rentrée avec « Je ne suis pas venu apporter la paix ». Cette fois, le récit s’inscrit pleinement dans le genre horrifique et commence comme un thriller psychologique avant de plonger pleinement dans le fantastique. L’action se passe dans une ferme complètement isolée des Pyrénées où une réunion de famille est sur le point de se tenir. Le patriarche est en effet en train de rendre l’âme et a demandé à sa seconde épouse de réunir autour de lui tous ses enfants, y compris ceux de son premier mariage. Ils sont cinq à avoir répondu à l’appel de cet homme à qui ils vouent pourtant tous une rancœur, voire une haine, farouche. L’aînée, Diane, est venue avec son mari Guillaume : ils forment un couple bourgeois en apparence bien sous tout rapport. Victor, son frère, est un homme discret qui semble particulièrement atteint par l’état de son père. Les trois suivants sont les enfants de Judith, celle qui les a invité à venir rendre un dernier hommage à leur père. Il y a d’abord Rachel, partie en Indonésie depuis maintenant dix ans et qui revient pour l’occasion avec son compagnon et leur fille. Il y a enfin Pierre et Marie, des jumeaux, qui n’ont aucune envie d’être là mais qui comptent l’un sur l’autre pour venir à bout de la semaine d’enfer qui s’annonce. On ne connaît pas précisément le contexte familial mais on comprend vite que les parents ne sont pas du genre aimant. Plutôt du genre froid, cassant et même carrément flippant. Leur enfance aura été un véritable calvaire et aucun n’est ravi d’avoir été arraché à son quotidien pour revenir dans cet endroit qu’ils détestent. D’autant que la plupart d’entre eux ne se sont pas revus depuis des années, et que les tensions sont palpables. Ajoutez à cela un orage exceptionnel bloquant toute tentative de fuite, aucun accès au moindre réseau, et une jeune femme visiblement dérangée rôdant dans la propriété en marmonnant des prières en patois, et vous aurez une petite idée de l’ambiance poisseuse et oppressante qui imprègne le récit.

Horreur, sang et sexe

J’avais vraiment beaucoup aimé Fragil.es, mais j’ai été bien moins convaincue par le second roman de l’auteur. Le début est pourtant assez trépidant : il y a d’abord cette ferme isolée, comme figée dans le temps, dans laquelle la sensation de malaise et même de danger est omniprésente. Il y a aussi tous ces personnages qui cachent visiblement quelque chose et qu’on a du mal à cerner. Enfin il y a ce couple : Judith, la deuxième femme, et celui que tout le monde appelle « le père », l’une dont l’attitude fait froid dans le dos et l’autre dont on ne sait rien mais qui semble avoir traumatisé ses enfants au point qu’ils rechignent même à revenir pour assister aux dernières heures de leur père. Le mystère, la tension permanente, la sensation de danger… : tout cela forme un cocktail efficace qui incite à poursuivre sa lecture toujours plus loin. La construction narrative est également intéressante, le récit prenant la forme d’un drame en cinq actes, chacun clôt par une scène où les tensions arrivent à leur apogée. Cette ultime scène est d’ailleurs relatée à la manière d’une pièce de théâtre, ce qui renforce l’impression d’avoir à faire à un drame macabre. La situation finit vraiment par exploser dans la deuxième partie du roman, et c’est là que plusieurs éléments ont commencé à me faire tiquer. Premier bémol : les révélations qu’on attendait sur chaque personnage arrivent enfin mais elles sont assez expéditives, si bien qu’elles ne suffisent pas pour les comprendre, et encore moins pour s’y identifier. Alors que l’auteur prenait le temps de poser son décor et ses acteurs dans la première partie, le sort de certains d’entre eux est par exemple expédié avec une rapidité frustrante. La dimension fantastique du récit est quant à elle prévisible au fur et à mesure que les indices s’accumulent mais elle donne lieu à des scènes malaisantes au possible, qui n’apportent pas vraiment de réponses satisfaisantes et transforment le récit en une sorte de bad-trip mêlant des litres et des litres de sang et du sexe. Car oui, le sexe est assez omniprésent dans le récit, chaque personnage ayant droit à son rêve érotique sans que cela n’ait particulièrement de sens et alors même que le contexte ne s’y prête absolument pas. Ces scènes sont là encore assez malaisantes, tout comme la fin du roman que j’ai vraiment eu beaucoup de mal à terminer pour cette même raison.

« Je ne suis pas venu apporter la paix » est le deuxième roman de Nicolas Martin et met en scène une famille hautement dysfonctionnelle réunit dans une ferme isolée des Pyrénées autour du patriarche mourant. Si j’ai apprécié le côté « thriller psychologique » mis en avant dans la première partie du récit, la bascule dans l’horreur et le fantastique qui donne au récit une toute autre dimension m’aura en revanche quelque peu perdu. La faute à des personnages difficiles à cerner et donc peu attachants, et surtout à une succession de scènes mêlant sexe, sang et horreur dans une surenchère dérangeante.

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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