Spectres
Titre : Spectres
Auteur : Thomas Gunzig
Éditeur : Au Diable Vauvert
Date de publication : 2026 (mai)
Synopsis : Lorsqu’une physicienne découvre l’accès à une dimension parallèle, il faut peu de temps au capitalisme pour s’en emparer. On y construit des bases. On fore. On détruit. L’objectif ? Exploiter ce qui fut pendant longtemps le plus grand mystère de l’être humain.
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Un nouveau plan à coloniser
Thomas Gunzig est un auteur belge particulièrement renommé, récompensé par des prix littéraires prestigieux et dont la plupart des romans s’inscrivent dans le registre de la satire sociale. Avec son dernier ouvrage « Spectres », il se lance dans de la pure science-fiction puisqu’il met en scène une jeune scientifique ayant découvert un passage vers un « plan dimensionnel secondaire ». Un plan vide en apparence et dont le paysage se compose exclusivement d’une suite sans fin de collines noires. Les échantillons ramenés révèlent néanmoins que cette dimension secondaire regorge d’une matière noire inconnue jusqu’ici mais aux propriétés plus qu’intéressantes puisqu’elle pourrait résoudre le problème du réchauffement climatique en absorbant une quantité record de CO². Très vite, les milliardaires ayant participé en tant que mécène aux premières expéditions d’observation réclament de rentrer dans leurs frais et de pouvoir exploiter cette manne inespérée. Une mission de sept ans est finalement mise en place au cours de laquelle plusieurs centaines de personnes sont envoyées dans le plan dimensionnel secondaire pour forer et extraire le précieux matériaux. Une base est créée pour l’occasion et abrite l’ensemble du personnel de l’expédition, des ouvriers foreurs aux scientifiques cherchant à percer le mystère de ce plan, sans oublier les agents de nettoyage ou encore les programmateurs. Parmi eux se trouvent Léa, la scientifique à l’origine de la découverte, et son ancien compagnon, Tom, qui occupe un poste bien moins prestigieux au sein de la base. Et puis il y a Lou, leur petite fille, née dans le plan dimensionnel quelques années auparavant. Un vrai bébé miracle puisque toutes les mesures avaient été prises pour empêcher la moindre naissance sur place. Tout allait donc pour le mieux jusqu’à ce que la petite fille de six ans disparaisse soudain sans laisser de trace.
Un roman trop technique…
Je ressors de cette lecture avec un sentiment très mitigé. Le principal problème que le roman m’a posé réside dans la surabondance de termes et d’explications très techniques censés, je suppose, rendre crédible la découverte de cette autre dimension. Hélas, pour des lecteurs n’ayant pas un bagage scientifique très poussé (comme c’est mon cas) cela alourdit considérablement le récit, le rendant même par moment franchement désagréable à lire. Un exemple ? « L’espace-temps est identique à n’importe quel objet constitué de particules, il n’est pas un objet continu mais un objet discret, il est granulaire, composé d’une succession de bulles d’espace-temps d’une taille équivalente à la longueur de Planck définit à partir des trois constantes fondamentales : la constante gravitationnelle, la vitesse de la lumière dans le vide et la constante de Planck soit 1,616255(18)X10-35 mètre. » Il y a sûrement plein de personnes qui hocheront doctement la tête à la lecture de ce passage (et je leur voue une grande admiration), mais personnellement je trouve ça d’un ennui abyssal, or ce genre d’explication est loin d’être rare. Gravité quantique à boucle, mécanique quantique, relativité générale… : autant de concepts qui occupent une place de premier plan dans l’intrigue alors qu’il aurait été tellement plus intéressant de se focaliser sur les individus qui peuplent le roman et au contexte mondial tel qu’imaginé ici par Thomas Gunzig. L’idée de cette dimension parallèle est en effet intéressante et les passages consacrés aux conséquences de son exploitation sur notre propre dimension m’ont vraiment embarqué, laissant entrevoir un monde post-apocalypse effrayant mais néanmoins captivant. Malheureusement l’auteur laisse rapidement le sujet de côté pour se consacrer soit à ce qui a précédé la découverte du nouveau plan, soit à la disparition de la petite Lou.
… et une héroïne peu attachante
L’autre aspect du roman qui ne m’a pas particulièrement emballé concerne les personnages. J’ai bien aimé suivre Tom, le père de Lou, parce que je me suis finalement retrouvée dans son côté un peu paumé par toute cette histoire de dimension parallèle. Léa, en revanche, se révèle franchement antipathique. Son obsession pour la science et la recherche la rendent à la fois froide, voire même cruelle avec ses semblables qui n’ont rien à lui apporter intellectuellement (comme Tom), mais aussi complètement aveugle aux conséquences de ses découvertes et aux dégâts qu’elles pourraient causer. Les autres personnages sont soit relativement anecdotiques et donc trop peu développés pour marquer le lecteur ou l’émouvoir, soit intéressants mais trop rapidement balayés par l’intrigue qui se désintéresse assez vite de leur sort pour se focaliser à nouveau sur l’héroïne. La conclusion du roman se révèle elle aussi frustrante dans la mesure où les aspects du récit que j’ai préféré (le sort de Tom, l’état de notre planète après l’exploitation de cette dimension parallèle…) sont là encore mis de côté. C’est d’autant plus dommage que les questions philosophiques posées ici par l’auteur sont vraiment intéressantes et que les pistes de réflexion proposées ouvrent des perspectives fascinantes.
Avec « Spectres » Thomas Gunzig s’essaye à la science-fiction et met en scène une jeune scientifique ayant découvert l’existence d’un plan dimensionnel secondaire qui ne va pas tarder à aiguiser les appétits de puissantes entreprises. Le postulat de base est intéressant mais le roman m’a laissé un sentiment mitigé, principalement à cause de l’absence d’empathie éprouvée pour l’héroïne mais aussi de la surabondance d’explications scientifiques trop poussées.
Autres critiques : ?


