Science-Fiction

Passer la Brume

Titre : Passer la Brume
Auteur/Autrice : Julia Colin
Éditeur : Aux forges de Vulcain
Date de publication : 2026 (mai)

Synopsis : La Brume n’épargne personne. Quiconque se trouve sur son chemin finit dévoré. Vair est une Passe-Brume. Elle a ses remèdes, ses itinéraires et ses caches. Vair marche vite et parle peu. Elle seule peut faire traverser les montagnes à celles et ceux qui veulent atteindre le sud, ce monde qu’on dit épargné par les nappes mortelles. Pourtant, une nuit, Vair aperçoit un feu de camp au loin. Elle doit alors faire un choix : continuer sa route ou aller voir qui ose, à part elle, braver la Brume.

Un roman post-apo pyrénéen

Dans son premier roman, Julia Colin mettait en scène une famille témoin de l’effondrement de notre société et partie chercher refuge dans un village paumé des Pyrénées. On retrouve dans « Passer la brume » le même décor montagneux à ceci-près que la fin du monde en est cette fois à un stade bien plus avancé. Depuis des décennies une étrange brume recouvre en effet inéluctablement la surface de la Terre, engloutissant au passage tous les humains sur sa route, sans qu’aucun ne refasse jamais surface. C’est dans ce contexte que l’on fait la connaissance de Vair, une Passe-Brume, soit une des rares personnes à pouvoir ressentir la Brume, et donc à être capable de l’esquiver. Réfugiée dans un endroit tranquille des Pyrènes, la jeune femme y monnaye son aide à celles et ceux qui souhaiteraient traverser les montagnes pour se rendre en Esp. La rumeur court en effet que cet endroit serait épargné par la brume et donc qu’une vie en sécurité y serait possible. Vair, elle, n’a jamais envisagée de se rendre de l’autre côté et vit dans une solitude quasi totale depuis la mort de sa mère, Passe-Brume comme elle. Solitude occasionnellement rompue par l’arrivée de groupe de Plains, chassés de leur village par la Brume et désireux de tenter la traversée. Notre histoire commence alors qu’un tel groupe se présente justement devant Vair. Composée de quelques hommes mais aussi de femmes et d’enfants, la petite troupe espère une traversée rapide et se raccroche à l’espoir d’une vie meilleure à venir. La Brume semble malheureusement encore plus instable que d’ordinaire et la passeuse a bien du mal à anticiper les formes les plus dangereuses qu’elle peut prendre, et donc à protéger son groupe. La situation devient d’autant plus compliquée que, en dépit de la menace, Vair ne parvient pas à se concentrer et multiplie les erreurs de parcours, obnubilée par ce feu de camp aperçu un soir et qui témoigne de la présence de quelqu’un d’autres dans ces montagnes d’ordinaire désertes. Combien de temps encore avant que la curiosité ne se fasse trop grande et qu’elle ne se résolve à confronter l’inconnu, quitte à mettre son groupe en danger ?

Une belle histoire et une héroïne inoubliable

Si j’avais beaucoup apprécié « Avant la forêt », « Passer la Brume », lui, aura été un véritable coup de cœur. Dévoré en l’espace d’une nuit, le récit se révèle sacrément addictif et nous offre une plongée en apnée dans ce décor pyrénéen qui, en dépit du risque mortel qu’il représente, saisit par la beauté et la sérénité de ses paysages. Tout est réussi et parfaitement maîtrisé dans ce roman. L’intrigue, d’abord, nous entraîne sur des chemins qu’il était impossible d’anticiper et séduit aussi bien par son rythme paisible que par les coups de théâtre qui viennent régulièrement briser l’illusion de sérénité et de paix qui se dégagent du décor. Les Pyrénées post-apo de Julia Colin sont en effet parsemés de Brume, une substance en constante évolution qui peut prendre bien des formes dont les plus mortelles doivent être identifiées le plus tôt possible afin d’avoir une chance d’y échapper. La frayeur qui monte lentement chez le groupe des Plains se fait communicative à mesure que Vair les fait progresser dans ces montagnes désertées de toute présence humaine et qui peuvent se transformer en piège mortel en un claquement de doigt. Les personnages sont eux aussi une réussite, à commencer par l’héroïne, une jeune femme qui préfère la solitude de la montagne à la compagnie de ses semblables, n’hésite pas à mentir, se montre souvent irascible, et pour laquelle on éprouve pourtant une profonde affection. Avec elle on arpente les montagnes en se familiarisant avec sa faune et sa flore, on apprend à décoder la Brume et son fonctionnement, et le simple fait d’évoluer en sa compagnie suffit à captiver tant on est curieux de découvrir la façon dont elle parvient depuis tant d’années à survivre seule dans cet environnement hostile. Les autres personnages sont plus discrets mais l’autrice réussit le tour de force de leur donner une voix qui leur est propre et de nous émouvoir en l’espace de quelques lignes seulement. Complètement inattendue, la seconde partie du récit nous permet d’en savoir plus sur l’origine de cette Brume et sur les liens que l’héroïne entretient avec elle, et cet aspect est là encore bien maîtrisé, même s’il est frustrant d’accepter que certaines questions demeureront sans réponse. A l’image du reste du roman, la fin douce-amère conclut de façon satisfaisante cette belle histoire qui m’aura fait vibrer du début à la fin et que je garderais certainement longtemps dans un coin de ma tête.

Véritable coup de cœur, « Passer la brume » est un roman remarquable mettant en scène une jeune femme passant sa vie à guider des groupes cherchant une vie meilleure à travers les Pyrénées, ravagés comme tout le reste du monde par une Brume mortelle. On passe au fil de notre lecture de la contemplation d’un paysage magnifique ou de gestes du quotidien à un pic d’adrénaline et à des retournements de situation incroyables qui viennent sans arrêt relancer l’intrigue. On s’émeut du sort de chacun des personnages, on craint pour eux, on pleure pour eux, et, avant même qu’on le réalise vraiment, il est déjà temps de refermer la dernière page de cette belle histoire dont on ne ressort pas tout à fait indemne. S’il y a bien un roman que je vous conseille pour cet été, c’est bien celui-ci !

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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