Fantasy

Le voleur de la Reine, tome 2 : La reine d’Attolie

Titre : La reine d’Attolie
Cycle/Série : Le voleur de la reine, tome 2
Auteur/Autrice : Megan Whalen Turner
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
Date de publication : 2025 (octobre)

Synopsis : L’Attolie est un royaume en apparence civilisé, parsemé de palais, de jardins clos et de salles feutrées. Mais derrière ses colonnes et ses dorures sophistiquées se jouent des machinations aussi féroces que cruelles. Sa reine, jeune, belle et redoutée, n’a jamais eu le luxe d’être naïve. Pour accéder au pouvoir, elle a dû écraser ses ennemis intérieurs; pour le conserver, elle devra affronter ses ennemis extérieurs. Car avec les royaumes d’Eddis et de Sounis, une guerre pourrait éclater à tout instant. Les frontières sont défendues, certains villages brûlent et les ambassadeurs négocient à couteaux tirés… Mais le plus grand danger qui menace la reine d’Attolie, elle le sait, tient à l’existence d’un seul homme. Un jeune voleur…

Autre roman, autre ambiance

Après Michael McDowell dont les romans ont bénéficié ces dernières années d’une nouvelle publication dans de magnifiques écrins, c’est désormais au tour de Megan Whalen Turner n’être rééditée par les éditions Monsieur Toussaint Louverture. Là encore la forme est particulièrement soignée et pourrait donner envie à elle seule d’acquérir cette série dont trois tomes ont pour le moment été publiés mais qui devrait en comporter six au total. Mais qu’en est-il du fond ? Pour ma part j’avais beaucoup apprécié le premier tome qui nous offrait une histoire de fantasy certes classique mais néanmoins efficace, notamment en raison de la personnalité de son héros. L’autrice y mettait en scène un voleur répondant au nom de Gen extirpé des geôle de Sounis pour participer à une expédition à la recherche d’un artefact capable d’unir les trois principaux royaumes de la région sous l’autorité d’un seul. Le rythme y était lent mais on ne s’y ennuyait à aucun moment : Megan Whalen Turner y prenait soin de développer les relations entre ses personnages et plusieurs coups de théâtre permettaient astucieusement de relancer l’intrigue à intervalle régulier. « La reine d’Attolie », deuxième volume de la série, possède elle aussi toutes ces qualités, et même plus encore. [Attention, si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire le premier tome de la série, la suite du paragraphe contient sans doute quelques SPOILERS.] On y retrouve Gen, dont les liens avec le royaume d’Eddis ne sont désormais plus un secret et qui s’aventure de plus en plus souvent dans les dédales du palais d’Attolia afin d’y espionner sa redoutable reine. C’est là qu’un événement inattendu va profondément transformer et le voleur et la souveraine, tous deux désormais engagés dans une partie d’échecs où tous les coups sont permis et où les enjeux ne font qu’augmenter. Car, au-delà des querelles opposant les royaumes de Sounis, d’Eddis et d’Attolia, plane l’ombre de la menace représentée par l’empire mède qui n’attend qu’un prétexte pour envahir la péninsule et en devenir le maître.

Un héros attachant et plein de surprise

Avec ce deuxième volume, Megan Whalen Turner prend un peu son lectorat de court, passant d’une classique aventure de voleur et d’artefact à des intrigues de cour et des enjeux géopolitiques de premier plan. S’en est fini pour Gen de voyager par monts et par vaux et de se faire passer pour ce qu’il n’est pas : l’action se déroule ici principalement à Eddis, sa cité natale, où il exerce un rôle de premier plan auprès de la reine du royaume éponyme. Suite à un épisode que je tairais pour ne pas gâcher l’effet de surprise, voilà notre voleur en bien piteux état, contraint à une immobilité qui va lui permettre de se livrer une véritable introspection sur son passé, sa fonction et sa relation avec l’ombrageuse reine d’Attolie. Difficile ici de ne pas faire le parallèle avec Robin Hobb, et notamment avec son héros le plus emblématique, Fitz, tant les deux autrices se rejoignent dans leur capacité à rendre captivant le moindre détail du quotidien (pourtant banal en apparence) de leur protagoniste. Rassurez-vous cependant, si les sempiternelles lamentations de l’assassin royal avaient tendance à vous porter sur les nerfs, le personnage de Megan Whalen Turner est, certes, lui aussi enclin à l’auto-apitoiement, mais son sens de l’humour et de la dérision sont aussi beaucoup plus développés. Gen possède également une capacité à fomenter des plans particulièrement retors dont on ne prend pleinement la mesure que bien plus tard, et c’est cet aspect que j’ai le plus apprécié dans le roman. Sous l’apparence d’un récit lent et dans lequel peu de choses semblent se passer, l’autrice tisse en réalité une subtile toile d’intrigues et de sous-intrigues qui finissent par converger en un même point pour un final en apothéose. Du côté des autres personnages, le roman permet de mettre en lumière la personnalité des deux souveraines des royaumes d’Eddis et d’Attolie. Deux reines aux antipodes l’une de l’autre en terme de philosophie et de méthodes de gouvernement, mais qui possèdent chacune une profondeur et une complexité qui les rendent intrigantes et attachantes, et ce en dépit de prises de décisions parfois extrêmement critiquables.

Pari réussi pour Megan Whalen Turner qui signe avec « La reine d’Attolie » un deuxième tome qui rompt avec l’ambiance du premier roman tout en parvenant à maintenir le lecteur en haleine et à complexifier son univers. Portée par un solide trio de personnages, l’histoire prend ici une toute autre dimension et c’est avec grand plaisir que je me plongerai dans la suite de cette série décidément prometteuse.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 3 ; Tome 4 ; Tome 5 ; Tome 6

Autres critiques : Les blablas de Tachan

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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