Fantasy

Tu ne sais rien de la guerre de Troie

Titre : Tu ne sais rien de la guerre de Troie
Auteur/Autrice : Victor Fleury
Éditeur : Critic
Date de publication : 2026 (mai)

Synopsis : Lecteur, oublie ce que tu crois savoir sur la guerre de Troie. Oublie Pâris et sa belle Hélène. La pomme de Discorde est allée à un Dieu, cette fois, et ses rivaux ne sont pas bons perdants. Alors Cassandre paiera pour son choix : son bel Achille doit mourir. À moins que cette jeune femme intelligente, indépendante et amoureuse ne refuse le destin qu’on lui impose. Ah, décidément, tu ne sais rien de la guerre de Troie.

Une réécriture intéressante de la guerre de Troie…

Après la Mésopotamie antique exploitée dans sa trilogie « La croisade éternelle », Victor Fleury renoue avec l’Antiquité dans son dernier roman consacré à la guerre de Troie. L’histoire, tout le monde la connaît, aussi l’auteur s’est-il mis dans l’idée d’en proposer une nouvelle version, avec beaucoup de similitudes mais aussi quelques changements. Oubliez donc Hélène et Paris ! Le couple d’amoureux au cœur du récit est cette fois formé par l’improbable duo Achille et Cassandre. Le premier est le fils caché de Zeus et de la Néréide Thétis, recueilli par le roi de Phthie, Pelée, et élevé par lui avant d’être impitoyablement pourchassé en raison d’une prophétie prédisant la destruction du père par le fils. Cassandre, elle, est la fille de Priam et Hécube, souverains de l’opulente et puissante Troie, grande rivale des cités grecques ayant réussi à bâtir un empire commercial conséquent. Deux jeunes gens qui n’auraient jamais du se rencontrer mais dont l’amour va pourtant être à l’origine du plus grand bouleversement que la Grèce ait jamais connu jusqu’alors. Le premier vrai point de divergence avec le récit d’Homère réside dans le fameux épisode du choix de la pomme. Dans la version originale, Pâris, prince troyen, se voit contraint d’endosser le rôle d’arbitre pour les dieux et de choisir laquelle d’Aphrodite, d’Hera ou d’Athéna est la plus belle des déesses. Son choix se porte naturellement sur Aphrodite, qui l’en récompense en enflammant son cœur pour Hélène, alors réputée comme étant la plus belle des mortelles. Pas de chance, elle est aussi la femme de Ménélas, roi de Sparte, qui n’apprécie pas du tout le rapt de son épouse. Ici c’est Cassandre que l’on somme d’arbitrer le match opposant trois dieux : Zeus, roi de l’olympe, Apollon, dieu des arts, et Éros, dieu de l’amour. Comme son frère avant elle dans l’histoire d’Homère, c’est la divinité symbolisant l’amour qui se voit récompensé. Une défaite qu’Apollon ne digère pas et qu’il est bien décidé à faire payer à la mortelle responsable de son humiliation par la pire des malédictions. Zeus n’est lui aussi pas en reste côté rancune, aussi entreprend-il de monter la puissante cité de Mycènes contre sa voisine asiatique.

… mais un duo qui peine à convaincre

Je ressors de cette lecture avec un sentiment pour le moins mitigé. Parmi les aspects positifs que je retiens figure le rythme du récit qui ne connaît que peu de temps morts et parvient à maintenir en halène les lecteurices jusqu’ à la fin. On peut également saluer le travail de réécriture de Victor Fleury qui a visiblement pris beaucoup de plaisir à jouer avec cette histoire bien connue pour en proposer une nouvelle version. J’ai pour ma part apprécié chercher les différences et les similitudes entre cette histoire et le texte initial d’Homère et j’ai été assez sensible à la façon dont l’auteur parvient toujours plus ou moins à retomber sur ses pattes, s’écartant souvent du texte originel pour finalement mieux y revenir. Là où le bât blesse, c’est au niveau des personnages et notamment du duo principal au cœur du roman. Achille est un héros absolument insupportable qui réunit tous les clichés du guerrier imbu de lui-même, hargneux et sans cesse désireux de se mettre en avant. Cassandre, elle, est bien moins agaçante et j’ai au départ apprécié sa liberté de ton ainsi que ses envies d’évasion. On sent que le carcan lié à son rang et à sa condition de femme lui pèsent, et c’est ce qui me l’a rendue sympathique quand bien même elle adopte parfois l’attitude d’une véritable enfant gâtée et ne prend jamais la peine d’anticiper les conséquences de ses actes. Son choix pour Éros lors de l’arbitrage ne me paraît à ce titre pas cohérent, la jeune femme éprise de liberté se transformant dès lors en midinette éperdue d’amour pour son bel éphèbe. La jalousie de ce dernier à l’encontre des hommes gravitant autour de Cassandre m’a quant à elle prodigieusement agacée, l’auteur reprenant ici tous les stéréotypes sexistes du mâle considérant tous les autres hommes comme des rivaux venus lui ravir sa possession, et de la belle savourant (voire encourageant) ce comportement toxique. Leur relation prend finalement une place disproportionnée dans une intrigue qui, en dehors de cet aspect, se lit agréablement et reprend de façon originale ou réutilise tel quel certains des épisodes les plus célèbres de L’Iliade.

Dans « Tu ne sais rien de la guerre de Troie », Victor Fleury s’empare du célèbre récit d’Homère pour proposer sa version de ce conflit épique opposant autant les mortels que les dieux. Les altérations proposées par l’auteur sont parfois minimes, parfois plus visibles, mais elles permettent de proposer un nouveau récit palpitant qui revient toutefois très (trop ?) souvent au texte d’origine. Dommage en revanche que le duo au cœur du récit ne soit pas de taille et que les scènes les concernant se révèlent trop niaises et/ou empreintes d’un certain sexisme.

Autres critiques : Célinedanaë (Au pays des cave trolls) ; Les blablas de Tachan

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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