Fantasy

Les mondes-miroirs, tome 3 : Les rues de Mirinèce

Titre : Les rues de Mirinèce
Cycle/Série : Les mondes-miroirs, tome 3
Auteur/Autrice : Vincent Mondiot
Éditeur : Auto-édition
Date de publication : 2023 (novembre)

Synopsis : De retour à Mirinèce, la capitale, après des aventures qui leur ont fait parcourir l’ensemble du pays, Elsy la mercenaire et Élodianne la magicienne doivent maintenant remettre de l’ordre dans leurs vies quotidiennes… Ce qui va se révéler être un défi largement à la hauteur de ceux déjà affrontés par les deux femmes. Du côté d’Elsy, les hors-la-loi des quartiers ouest ne l’ont pas oubliée : la tête de la téméraire aventurière est mise à prix. Pour se défaire de cet arrêt de mort, elle n’aura d’autre choix que de replonger dans un monde qu’elle pensait avoir définitivement quitté : celui de l’illégalité et du crime… Et, dans les dorures du Palais central, Élodianne est quant à elle sur le point de faire une découverte fondamentale pour la magie du miroir. Une découverte qui pourrait absolument tout changer… Mais qui risque surtout de lui coûter sa santé mentale.

L’aventure continue !

Après un premier tome au parcours éditorial un peu chaotique, la série des « Mondes miroirs » semblait bien lancée puisque, un an après le premier, paraissait en 2019 un deuxième volume proposant une nouvelle aventure du duo Elodianne/Elsy. Quatre ans plus tard, le troisième tome paraît finalement à son tour, mais en auto-édition, puisque Mnémos a renoncé à éditer la suite qui devrait en tout comporter sept volumes. Qu’à cela ne tienne ! Vincent Mondiot (l’auteur) et Matthieu Leveder (l’illustrateur) sont bien décidés à aller au bout de leur histoire. Et cela m’arrange bien, parce que j’avais beaucoup aimé les deux premiers tomes, et que je suis donc ravie de savoir que je vais pouvoir retrouver les deux héroïnes emblématiques de la série pendant encore plusieurs volumes. L’action se déroule quelque temps après les événements qui ont secoué Mirinèce dans « L’ombre des arches » et auxquels furent mêlées malgré elles la magicienne Elodianne et la mercenaire Elsy. On retrouve donc ici nos deux héroïnes dont la relation s’envenime et qui se trouvent l’une et l’autre en bien mauvaise posture. Elodianne parce qu’elle reste hantée par les horreurs qui ont résulté de la tentative de coup d’état raté de la principauté d’Aurterre et qu’elle est complètement obnubilée par les découvertes qui en ont résulté concernant les nouvelles perspectives offertes par les mondes-miroirs. Elsy parce que, suite à son rapprochement avec le palais de Mirièce, la pègre a décidé de mettre sa tête à prix, l’obligeant ainsi à se terrer dans sa propre cité sous peine d’essuyer quantité de tentatives d’assassinat. Le récit alterne entre le quotidien compliqué des deux jeunes femmes et des flash-backs de leur enfance qui permet de mieux comprendre la précarité dans laquelle elles ont grandi ainsi que la nature du lien qui les unit.

Les mondes-miroirs

Un roman qui a du peps…

Imposant, ce troisième tome des « Mondes-miroirs » offre un moment de lecture agréable et permet à l’auteur de développer un peu plus son univers et ses personnages. L’action se déroule ici presque exclusivement à Mirinèce dont on se familiarise à la fois avec le principal lieu de pouvoir, à savoir le palais pour lequel travaille Elodianne et les autres mages, mais aussi avec les quartiers ouest, soit les plus populaires de la ville où se trouve l’agence de mercenaires d’Elsy. L’œuvre comporte en effet une certaine dimension sociale, l’une des principales thématiques du roman traitant de la question des inégalités de classe et des transfuges. Bien qu’issue d’un milieu populaire, Elodianne est en effet parvenue à s’élever socialement, contrairement à Elsy dont la réussite ne lui a, pour le moment, pas encore permis de quitter les quartiers ouest, ce qui n’est pas sans provoquer de nombreuses dissensions chez les deux sœurs. L’évolution de la relation entretenue par ces dernières occupe elle aussi une place essentielle dans l’intrigue qui s’attarde (un peu trop) longuement sur l’intensité de leurs sentiments l’une envers l’autre et sur l’accroissement du fossé qui les sépare désormais. Chacun des arcs narratifs qui les concerne est intéressant et permet d’approfondir un aspect différent de l’univers, à savoir la magie des miroirs d’un côté, et les tensions qui couvent au cœur même du royaume de l’autre. La trame narrative consacrée à Aurterre est quant à elle mise en suspend mais pas abandonnée et tout laisse à penser qu’elle aura une importance capitale par la suite. Le ton, lui, est toujours aussi percutant, notamment au niveau des dialogues, la plupart des personnages ne mâchant pas leurs mots et possédant un langage particulièrement fleuri. Peut-être même un peu trop, au point que l’on frise à certains moments l’overdose, l’occurrence « connasse » devant par exemple apparaître une bonne cinquantaine de fois dans le récit.

.. mais quelques bémols

En dépit de ces belles réussites, le roman reste malgré tout parasité par un certain nombre d’aspects qui, sans être rédhibitoires, peuvent néanmoins doucher quelque peu l’enthousiasme du lecteur. Outre la question du vocabulaire, on peut également mentionner celle de creux dans l’intrigue qui, à certains moments, se fait quelque peu répétitive. Les deux personnages ont en effet tendance à toujours ressasser les mêmes idées et les mêmes rancunes, si bien qu’on ne peut se départir de l’impression que le roman aurait pu bénéficier d’un léger écrémage afin d’être plus digeste. On peut aussi rajouter au nombre des bémols la façon dont sont parfois présentées les deux héroïnes. L’auteur insiste en effet lourdement sur le physique des jeunes femmes, et notamment d’Elsy dont on nous dépeint à de multiples reprises le physique de rêve et les mensurations, ce qui n’est non seulement pas nécessaire mais devient même un peu gênant au bout d’un moment. Enfin, j’ai eu un peu de mal avec ce personnage, justement, alors que je l’avais beaucoup apprécié dans les précédents tomes. La faute, je pense, à l’admiration sans borne que lui manifestent tous ceux qu’elle croise, et ce sans que cela ne semble toujours mérité, ce qui donne l’impression d’avoir affaire à un personnage aux qualités artificiellement gonflées. Un mot, pour finir, sur les illustrations intérieures qui sont très réussies et permettent de mieux se représenter à la fois l’univers et les personnages.

Troisième tome de la série des « Mondes-miroirs », « Les rues de Mirinèce » nous permet de renouer avec un duo explosif et un univers prometteur qui nous réserve encore bien des surprises. Si tout n’est pas parfait, l’intrigue souffrant de répétition et la vulgarité des dialogues finissant par lasser, Vincent Mondiot parvient malgré tout à préserver la curiosité du lecteur et à donner envie de s’attarder encore un peu plus dans l’univers de Mirinèce. La suite devrait paraître l’an prochain, en auto-édition toujours, et je serai à nouveau au rendez-vous.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 4

Autres critiques : L’ours inculte

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

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