Annihilation [Film]

19 mars 2018 9 Par Boudicca

Titre : Annihilation
Réalisateur : Alex Garland
Acteurs : Natalie Portman, Oscar Isaac, Jennifer Jason Leigh, Gina Rodriguez, Tessa Thompson
Date de sortie : 2018 (mars)

Synopsis : Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale.

Bibliocosme Note 3.0

La SF s’invite chez Netflix

La chaîne Netflix proposait ce mois-ci de découvrir une de ses nouvelles créations : « Annihilation », une adaptation du roman éponyme de Jeff Vandermeer, premier tome de sa trilogie « Rempart sud ». Posons dans un premier temps le décor : les États-Unis s’inquiètent depuis quelque temps de l’apparition à l’emplacement d’une ancienne réserve naturelle d’une immense barrière en constante évolution et délimitant une zone en proie à des phénomènes inconnus. Malgré les tentatives des expéditions successives envoyées dans la Zone X, personne n’a réussi à comprendre ni l’origine ni la cause de ce qui affecte aussi bien la nature que les constructions, ou les humains. Les rares hommes et femmes a y avoir été envoyés n’en sont ainsi jamais revenus, ou alors complètement transformés, la plupart finissant par se suicider peu après leur retour. Le roman comme le film mettent justement en scène l’une de ces expéditions, la dernière en date, à laquelle prend part une femme ayant perdu son mari dans l’une des précédentes missions. Interprété par Natalie Portman, le personnage pénètre ainsi dans la Zone en compagnie d’une poignée d’autres femmes, toutes scientifiques et toutes curieuses de découvrir les secrets de ce phénomène exceptionnel. Évidemment, les choses vont dégénérer très rapidement après leur entrée…. Si le roman possédait quelques défauts (peu d’attachement pour les personnages, succession de mystères sans que l’auteur ne nous donne aucune clé pour y répondre…), il baignait malgré tout dans une ambiance très particulière à laquelle j’avais personnellement été très sensible. Qu’en est-il, alors, de cette adaptation proposée par Alex Garland ?

La Zone X : lieu insaisissable et dangereux mais d’une beauté stupéfiante

Commençons d’abord par le positif, le film possédant incontestablement de grandes qualités. Le réalisateur a notamment pris bien soin de recréer l’atmosphère anxiogène du roman, s’amusant à faire passer le spectateur de l’émerveillement à l’angoisse et l’horreur en très peu de temps. Le film s’attarde longuement sur la luxuriance de la zone ainsi que sur sa faune et sa flore si étrange, les espèces vivant là ayant été profondément modifiées au point, parfois, de ressembler à des créatures de légende. Les images sont magnifiques et dévoilent tour à tour des amas végétaux adoptant la forme d’un homme, ou des cerfs plus petits que d’ordinaire et d’une blancheur immaculée, ou encore des fleurs de toutes les couleurs recouvrant peu à peu tout leur environnement. Dès l’entrée dans la Zone, le spectateur comprend toutefois que quelque chose ne va pas : tout est calme et pourtant on sent que le danger rôde et pourrait surgir d’un moment à l’autre, sous n’importe quelle forme. Le film est en cela conforme au roman et c’est d’ailleurs l’aspect qui m’a le plus enthousiasmé. Alex Garland se garde également bien de nous apporter des réponses claires à nos questions et se conforme, là encore, à l’esprit du roman, très frustrant de ce point de vue. L’opacité qui entoure l’origine et la nature de la zone elle-même est toutefois moins importante dans le film qui propose une interprétation, certes nébuleuse, mais tout de même moins floue que dans le texte original. De même, si la fin reste relativement ouverte et laisse le spectateur avec des interrogations plein la tête, elle s’avère malgré tout moins frustrante que celle du roman. On peut enfin saluer la réflexion du réalisateur autour de cette Zone X dans laquelle certains ont vu une métaphore élaborée de la dépression, et j’avoue que l’argumentaire est convaincant et permet d’ajouter une toute autre dimension au film.

Quelques maladresses qui viennent contrebalancer la qualité de l’ensemble

En dépit de ces bons points, je n’ai malgré tout pu m’empêcher de tiquer devant certains choix opérés par Alex Garland. Malgré la qualité de l’intrigue développée ici, j’ai ainsi trouvé la plupart des changements opérés par rapport au support d’origine assez maladroits, ceux-ci ne semblant avoir été ajoutés que pour tenter de couler cet ovnis littéraire dans le moule adopté par toutes les grosses productions hollywoodiennes. Premier élément dérangeant : les exploratrices pénètrent dans la zone suréquipées militérairement, arborant fièrement leur grosse mitraillette dont, pour la plupart, elles ne savent pas se servir (ce qui est logique, d’ailleurs, puisque ce sont des scientifiques, mais pourquoi alors leur en donner… ?) Rien à voir ici avec le roman dans lequel les armes à feu avait justement été proscrite suite aux massacres qu’elles avaient permis dans la Zone. Le film a également le mauvais goût de multiplier les « grosses bêtes » et les scènes à grand spectacle dans lesquelles l’héroïne zigouille un alligator géant ou encore un ours en décomposition. Or, l’angoisse provoqué par le roman provenait justement en grande partie du fait qu’on ne voyait jamais (ou vraiment très peu) ce qui menacait les membres de l’expédition ! Autre déception : l’héroïne. J’aime beaucoup Natalie Portman, seulement son personnage est ici à mon sens assez mal exploité. D’abord, en dépit du fait qu’elles soient cinq à entrer dans la zone X (chacune avec des compétences bien spécifiques, rappelons-le), elle est la seule non seulement à agir, mais aussi à réflechir. Ses quatre compagnes ne font ainsi office que de simples figurantes sans guère de profondeur, si bien qu’on se moque éperdument de leur sort. C’est d’autant plus dommage que, pour une fois, la quasi totalité du casting est féminin ! Il est aussi dommage que la relation complexe entretenue entre la jeune femme et son époux soit ici presque totalement occultée : dans le roman, elle participe à l’expédition parce qu’elle éprouve une fascination un peu malsaine pour l’endroit qui lui a enlevé son mari avec lequel la cohabitation était devenue difficile ; dans le film, elle est une femme aimante qui n’hésite pas à braver le danger pour sauver l’homme qu’elle aime. C’est plus noble, certes, mais c’est aussi bien plus cliché.

Visionnage en demi-teinte, donc, pour cette adaptation du roman de Jeff Vandermeer par Alex Garland dont on peut saluer le soin apporté au décor ainsi que la volonté de ne pas chercher à minimiser la complexité du support d’origine. On peut toutefois regretter certaines maladresses, à commencer par la volonté parfois trop prononcée du réalisateur de faire « du grand spectacle », alors que le film aurait été tout aussi passionant sans ces scènes stéréotypées typiques des blockbusters américains. Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Voir aussi : Le roman

Autres critiques : Célindanaé (Futurs présents)

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