Fantastique - Horreur

Le cauchemar d’Innsmouth, tome 1 [Manga]

Titre : Le cauchemar d’Inssmouth, tome 1
Auteur : H. P. Lovecraft et Gou Tanabe
Éditeur : Ki-Oon
Date de publication : 2021 (octobre)

Synopsis : En 1927, le jeune Robert Olmstead débarque à Newburyport. En quête de ses origines, il n’a d’autre option, pour atteindre sa destination, que de prendre un bus qui passe par Innsmouth, ville voisine sur laquelle courent d’effroyables rumeurs : pacte avec les démons, habitants difformes, culte ésotérique d’un étrange dieu marin… La peur qu’elle inspire est telle que personne n’ose s’y rendre, et nul ne sait ce qui se cache derrière les façades de ses maisons délabrées…

Certains motifs sont simplement géométriques, d’autres clairement marins, parmi lesquels des monstres fabuleux, mi-poissons, mi-batraciens qui semblent évoquer les secrets d’inconcevables abîmes spatiaux et temporels. Comme si ces figures exsudaient l’ultime quintessence d’une malignité inconnue et faisaient resurgir une mémoire collective effroyablement ancienne et primitive.

Innsmouth, cité maudite

Inaugurée en 2018 avec le premier tome des « Montagnes hallucinées », la collection « Les chefs d’œuvre de Lovecraft » publiée par les éditions Ki-Oon et signée de l’artiste japonais Gou Tanabe connaît depuis un large succès et s’enrichit d’année en année. En 2021 ce sont ainsi deux nouveaux textes majeurs du maître de l’horreur qui sont venus s’ajouter à la liste, « Celui qui hantait les ténèbres » et le premier tome de « Le cauchemar d’Innsmouth ». Écrit dans les années 1930, le récit est le seul a avoir été édité sous forme de livre du vivant de l’auteur, et son succès équivaut bien celui des « Montagnes hallucinées » ou de « L’appel de Cthulhu ». On comprend sans mal pourquoi… L’ouvrage met en scène un jeune homme amateur d’antiquités et de généalogie parti faire un peu de tourisme dans la Nouvelle-Angleterre des années 1920. Alors qu’il est en route pour Arkham afin de suivre la trace de la famille de sa mère, le voyageur se voit contraint, pour des raisons budgétaires, de faire un arrêt à Inssmouth, ville côtière autrefois florissante mais sur laquelle circule désormais les plus folles rumeurs. Tous ceux amenés à croiser son chemin lui déconseillent d’ailleurs de s’y rendre : on prétend que la ville a été ravagée par une terrible maladie venue des mers du sud et que les habitants restants présentent depuis des difformités répugnantes qui suscitent l’aversion de tous. Loin de décourager le jeune homme, l’hostilité des habitants des environs ne fait que renforcer sa curiosité : le voilà donc en route pour passer une journée à Inssmouth ! Seulement, une fois sur place, force est de reconnaître que les rumeurs n’ont pas vraiment menti. L’ambiance est lourde, les résidents effectivement repoussants par leur aspect et fort peu accueillants, et puis il y a cette impression d’être observé qui ne quitte pas notre héros et le plonge dans un malaise de plus en plus grand à mesure qu’il arbore les rues décrépites d’Innsmouth.

De l’art d’instaurer la peur

Considéré par l’éditeur comme « l’un des piliers du mythe de Cthulhu », « Le cauchemar d’Innsmouth » met en effet en avant un certain nombre d’éléments emblématiques de la légende des Grands Anciens : des créatures étranges issues de la mer, un ordre secret qui sert d’intermédiaire, un pacte obscure conclu entre une poignée d’habitants et des êtres terrifiants, la folie qui rode et menace d’engloutir le protagoniste et les rares témoins qu’il parvient à interroger… Quand bien même nous n’avons affaire ici qu’à la première moitié du récit, on peut néanmoins déjà constater la qualité de l’intrigue de même que celle de la construction narrative reposant à nouveau sur un enchaînement de flashbacks qui révèlent chaque fois un morceau supplémentaire de l’histoire de la malédiction d’Innsmouth. Comme souvent, la curiosité du protagoniste est le moteur de l’histoire et c’est sa quête à la recherche de la vérité qui va le faire basculer progressivement et envisager l’existence de créatures si effroyables que la raison de tous ceux confrontés à leur matérialité vacille. La manière dont Lovecraft parvient à instaurer peu à peu un climat d’angoisse est une fois encore bluffante, la tension montant crescendo jusqu’à cette semi-conclusion qui nous laisse pantelants à l’idée du terrible engrenage dans lequel le protagoniste a, malgré lui, mis le doigt. Les dessins de Gou Tanabe sont pour leur part toujours aussi réussis, les vues d’Innsmouth, de ses maisons abandonnées, de ses ruelles désertes et surtout de ses habitants au physique si repoussant participant grandement à l’instauration du climat de peur qui imprègne la majeure partie de l’ouvrage. Le livre en lui-même bénéficie pour sa part d’un soin toujours aussi particulier, la couverture arborant à nouveau ce très bel effet cuir qui fait de chaque ouvrage un magnifique objet de collection.

Septième récit de Lovecraft à faire l’objet d’une adaptation par Gou Tanabe « Le cauchemar d’Innsmouth » est un texte qui donne des frissons et séduit tant par le mystère qu’il met en scène que par la manière redoutablement efficace avec laquelle l’auteur introduit insidieusement la peur dans l’esprit du lecteur. La qualité est également à nouveau au rendez-vous du côté des illustrations qui collent à merveille à l’ambiance de ce récit déterminant concernant le mythe de Cthulhu et qui plaira certainement autant aux fans inconditionnels de Lovecraft qu’aux néophytes qui souhaiteraient se familiariser avec son œuvre.

Voir aussi : Tome 2

Autres critiques : Albédo – Univers imaginaires

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

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