Récit contemporain

Les Embrouillaminis

Embrouillaminis

Titre : Les Embrouillaminis
Auteur : Pierre Raufast
Éditeur : Aux Forges de Vulcain
Date de publication : 21 mai 2021

Synopsis : L’auteur de ce roman est né sous le signe de la Balance : il est incapable de choisir sa confiture au petit-déjeuner ni même le destin des héros de ses romans.
Est-ce que Lorenzo part au Mexique rejoindre une équipe d’effaroucheurs, disciples des dieux aztèques ? Ou alors, est-ce que Lorenzo reste dans la vallée de Chantebrie et devient cambrioleur par amour ?
José-Luis Borges parle d’une bibliothèque infinie dans laquelle se trouveraient toutes les histoires du monde. L’auteur de ce roman remercie l’écrivain argentin pour l’avoir invité dans ce lieu où l’indécision est heureuse.

Pour moi, une œuvre d’art est quelque chose qui nous prend aux tripes et nous fait nous poser des questions sur soi, sur la relation que nous entretenons avec le monde.

Avec Les Embrouillaminis, Pierre Raufast signe son sixième roman, celui-ci Aux Forges de Vulcain en 2021, et renouvelle le « roman dont vous êtes le héros ».

Autobiographie confuse

Lorenzo est un jeune homme sympathique, mais un peu désemparé. Ses souvenirs sont confus et chaque choix est un dilemme qui s’impose à lui, menant parfois à des imbroglios étranges. Pleuvait-il ce jour-là ou faisait-il beau temps ? Était-il fan de sciences ou d’économie au lycée ? A-t-il quitté sa première petite amie ou ont-ils coulé des jours heureux toute leur vie ? Autant de choix qui lui sont offerts ou imposés et qui mettent l’intellect de Lorenzo à rude épreuve : de la fameuse vallée de Chantebrie à Verdun, en passant par le Mexique ou la cathédrale de Chartres, le narrateur-héros enchaîne moments épiques et cruels retournements de situation. Toute la question en suspens est de savoir s’il est vraiment le héros de sa vie ou bien s’il a complètement raté ses vocations et l’amour de son existence.

Livre-jeu interactif

Pierre Raufast a l’idée à la fois lumineuse et nostalgique de miser sur le concept du livre interactif en utilisant la forme du « roman dont vous êtes le héros », comme ces collections dédiées il y a une trentaine d’années. D’une certaine façon, c’est une nouvelle manière d’enchâsser différents récits comme dans La Fractale des raviolis. Le déroulement de l’histoire de Lorenzo dépend ainsi de quelques choix du lecteur, pouvant se rendre à tel ou tel chapitre (il est alors déconseillé de lire le roman de façon linéaire, au pire vous pourrez à la toute fin retrouver les chapitres qui n’auront pas été lus cette fois-là…). La quatrième de couverture s’amuse du fait que l’auteur ne savait pas ou ne voulait pas choisir la destinée de ses personnages, mais de fait il nous en propose plusieurs. Le jeu réside évidemment dans les allers-retours que le lecteur peut faire au sein de la vie de Lorenzo, mais aussi et surtout dans les allusions et les croisements entre différents réalités parallèles. L’auteur en profite aussi pour multiplier les clins d’œil à ses cinq autres ouvrages, comme s’il rédigeait là le méta-roman qui les reliait tous ; au besoin, il utilise quelques chapitres « sans porte d’accès » pour prendre du recul sur son écriture, brisant ainsi le quatrième mur.

Simplicité et authenticité

Dans le cas de Pierre Raufast, on comprend ce que certains éditeurs appellent, en désignant des auteurs particuliers, « une voix », puisque lire un de ces romans se reconnaît assez vite. Depuis La Fractale des raviolis en 2014 chez Alma Éditeur, Pierre Raufast a multiplié les récits « gigognes », tant dans La Variante chilienne (Alma Éditeur, 2015), que dans La Baleine thébaïde (Alma Éditeur, 2017), dans Habemus piratam (Alma Éditeur, 2018) et Le Cerbère blanc (Stock, 2020). Cette manière de construire ses récits lui permet de placer quantité de micro-intrigues reliées les unes aux autres parfois par des fils assez minces. C’est l’occasion de partager une partie de sa vaste culture, notamment en matière de poésie, de peinture ou de géographie intime. Comme à chaque fois, l’ensemble se lit de façon simple et fluide, avec le plaisir de découvrir la vie riche en rebondissements d’un personnage attachant.

Lu d’une traite, Les Embrouillaminis est un roman frais et convaincant : même s’il tourne plusieurs fois à l’autoréférencement, Pierre Raufast reste encore et toujours un très bon conteur.

Autres critiques :

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine. Membre fondateur du Bibliocosme.

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