Le Coup d’État d’urgence

13 avril 2021 0 Par Dionysos
Coup d'État d'urgence

Titre : Le Coup d’État d’urgence : surveillance, répression et libertés
Auteur : Arié Alimi
Éditeur : Le Seuil (Documents) [site officiel]
Date de publication : 21 janvier 2021

Synopsis : Printemps 2020. Pour faire face au Covid-19, le premier état d’urgence sanitaire de l’histoire de France est instauré, s’inspirant de l’état d’urgence décrété pendant la guerre d’Algérie. Du jour au lendemain, l’intégralité de la population française se retrouve assignée à résidence, privée de sa liberté d’aller et de venir, de son droit à la vie privée et, selon les cas, de son droit au travail ou à la liberté d’entreprendre.
Parallèlement, un mécanisme de surveillance généralisée est mis en place, avec quadrillage policier du territoire et usage de drones. Désormais, chaque citoyen est considéré comme un danger potentiel. Il n’est plus un sujet de droit mais un « sujet virus ».
Alors que l’état d’exception contamine peu à peu le droit commun à la manière d’une tache d’huile, les catégories de personnes et les champs touchés par les réductions de libertés ne cessent de s’étendre. Quelles conséquences, dans ces conditions, pour les libertés publiques ? Quels contre-pouvoirs mobiliser face à l’arbitraire de l’exécutif ? Faut-il apprendre à vivre avec ce nouveau paradigme, ou, position défendue par l’auteur, ne pas s’y résigner ?
L’expertise d’Arié Alimi est précieuse et permet de poser un regard sans concession sur la question des libertés publiques et des dérives policières, au cœur de l’actualité. Face à ce « coup d’état d’urgence », il est encore temps de réagir.
Arié Alimi est un avocat pénaliste. Il défend de nombreuses victimes de violences policières et est membre de la Ligue des droits de l’Homme.

L’état d’urgence est, par définition, un état d’exception. Un état d’exception qui n’est plus si exceptionnel que cela tant sa fréquence s’accentue en France. Depuis cinq ans, la France a vécu plus de temps sous le régime d’exception de l’état d’urgence que sous le régime de droit commun.

Arié Alimi, avocat très engagé à gauche, à la Ligue des Droits de l’Homme par exemple, propose une analyse de la situation juridique française dans Le Coup d’État d’urgence, chez les éditions du Seuil.

Analyse systémique

L’auteur propose une suite de cas concrets qui illustre la prise de pouvoir institutionnelle du gouvernement en place, en somme la montée d’un État policier, mais pas seulement dans l’aspect « contrôle par la police », celle-ci n’étant qu’un agent parmi d’autres de ce contrôle. D’abord, les masques : comment nous sommes passés d’une obligation à avoir le visage découvert dans les lieux publics à l’injonction d’avoir le masque sur le nez car chaque citoyen peut être un contaminateur qui s’ignore. Ensuite, les lois dites d’ « état d’urgence sanitaire », statut juridique tout neuf qui permet de contrôler un peu plus l’appareil législatif, exécutif et judiciaire de l’État ; mais également la questions des drones, outils de surveillance généralisée, ou celle des violences policières qui sont davantage visibles quand l’outil numérique se démocratise. Sans faire une reprise par le menu de chaque chapitre de l’ouvrage, on comprend qu’à chaque fois, c’est autant de libertés qui disparaissent, et pas pour le bien commun, pas pour un meilleur partage des pouvoirs, pas pour une sûreté plus approfondie…

Expertise juridique

Arié Alimi propose cette analyse avec des cas très concrets, mais n’abuse pas des termes juridiques. Il opte plutôt pour un vocabulaire pédagogique et s’appuie sur son expérience en la matière. En effet, parmi ses affaires les plus médiatisées, il a par exemple assuré la défense de Geneviève Legay, militante d’Attac niçoise molestée lors d’une manifestation, ainsi que celle des familles de Rémi Fraisse (mort en manifestation) et de Cédric Chouviat (mort en interpellation). Grâce à cela, il analyse méthodiquement l’aspect juridique des orientations du gouvernement actuel ; il ne s’agit donc pas du tout d’un travail de politologue ou de sociologue. Toutefois, grâce à cette analyse, il peut quand même terminer son ouvrage sur une proposition de contre-offensive systématique à cet ordre policier qui s’installe dans la durée : la plainte pénale comme contre-pouvoir. Là, forcément, Arié Alimi est en capacité de proposer ses services, et au vu de son efficacité en la matière, il a bien raison de nous prodiguer plutôt cette voie ; en tant qu’avocat habitué au temps long des procédures judiciaires, on ne s’attendait pas trop à ce qu’il prône une révolution pour demain.

Le Coup d’État d’urgence est donc une bonne lecture, assez rapide mine de rien, mais méthodique, ce qui est toujours utile pour prendre un peu de recul dans le flux continu de l’information.

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