Les dossiers du Voile

22 janvier 2021 0 Par Boudicca

Titre : Les dossiers du Voile
Auteur : Adrien Tomas
Éditeur : Fleurus
Date de publication : 2021 (janvier)

Synopsis : Lieutenant de police au sein de la Brigade de régulation des espèces méta-humaines de Paris, Tia Morcese a beaucoup de mal à faire respecter l’ordre et la sécurité… et surtout à éviter que druides, nécromanciens, loups-garous et autres espèces méta-humaines révèlent leur existence au reste du monde. À côté de son impressionnante grande sœur, Mona pourrait presque passer pour une ado normale. Pourtant, l’apprentie sorcière est loin d’avoir les yeux dans sa poche ! Et quand elle tombe sur des informations-clés qui pourraient faire avancer les affaires en cours de Tia, elle n’hésite pas une seconde à suivre ses propres pistes. Mais le monde du Voile n’est pas sans danger…

 

Ouais, je crois que j’ai pigé le deal. Des espèces « méta-humaines » et des lignées de sorciers regroupés en clans plus ou moins rivaux se mettent sur la gueule en coulisses. Tout ce petit monde est censé faire gaffe à ne pas se faire remarquer, histoire de garder les gens normaux dans l’ignorance. 

Enquête à Paris

Plutôt habitué aux romans de fantasy pour adultes (« La geste du Sixième Royaume » ; « Le chant des épines » « Vaisseau d’arcane »…), Adrien Tomas s’essaye aussi depuis peu au young adult, d’abord en 2019 avec « Engrenages et sortilèges », puis en ce début d’année 2021 avec « Les dossiers du Voile ». Le roman reprend un personnage déjà mis en scène dans deux nouvelles respectivement parues dans les anthologies « Trolls et licornes » (« Trolls, licornes et bolognaise ») et « Trolls et légendes » (« Le Troll de sa vie »). Ce personnage, c’est Tia Morcese, enquêtrice dans un commissariat parisien où elle opère au sein d’une brigade un peu particulière puisqu’elle est chargée de veiller à la protection et à la surveillance des habitants du Voile. Le Voile ? Un terme qui sert à désigner la communauté constituée par les méta-humains, des individus dotés de pouvoirs ou de particularités qui les éloignent du commun des mortels. Vampires, lycanthropes, trolls, sorcier(e)s, fées… : tous vivent incognito parmi la population qui doit impérativement restée dans l’ignorance de leur existence. Or, cet anonymat est sur le point de voler en éclat à la suite de plusieurs attaques troublantes qui viennent chaque foi exacerber l’hostilité déjà installée les différentes communautés du Voile. La guerre entre vampires et lycanthropes semble avoir atteint un point de non retour, les mages et les druides se lancent dans une vendetta sanglante tandis que la paix fragile qui régnait jusque là entre deux gangs de la pègre locale composés de trolls et de fées est sur le point de prendre fin. Envoyée à droite et à gauche pour calmer les factions et enquêter sur les événements, Tia ne sait plus où donner de la tête. En parallèle des investigations de l’enquêtrice, on suit le quotidien de sa grande fratrie (ils sont sept frères et sœurs), et notamment celui de la jeune Mona qui va se retrouver malencontreusement mêlée aux bouleversements qui agitent le Voile. Si les chapitres mettant en scène Tia pourraient tout à fait trouver leur place dans un roman destiné à un public adulte, la place prépondérante qu’occupe l’adolescente et ses ami(e)s dans l’intrigue incite plutôt à le ranger dans la catégorie « young adult ».

Humour, mystère et magie

Adrien Tomas met ici en scène un univers de fantasy urbaine relativement classique, avec les créatures qu’on trouve d’ordinaire dans ce genre de roman, qu’il s’agisse des vampires (appartenant plutôt à la bourgeoisie), des loups-garous (pour la plupart d’origine plus populaire), ou encore des trolls et des fées (qui sont cela dit tous les deux traités de manière un peu différente puisque les premiers n’ont rien des grosses brutes décérébrés qu’on s’imagine et que les secondes n’ont pas grand-chose à voir avec la gentille petite Clochette). L’originalité du roman tient en fait essentiellement à son cadre français, et plus particulièrement parisien : l’auteur multiplie les références à des titres de presse bien connus, et les moyens de la brigade de Tia sont particulièrement limités (on est loin des Experts, soyons clair…), d’autant plus qu’il faut composer avec la législation française. En dépit d’un apparent classicisme là encore du côté des personnages, j’ai particulièrement apprécié que l’auteur ne tombe pas dans la caricature facile, notamment concernant les personnages secondaires : le collègue lourdingue de Tia n’est pas qu’une brute décérébrée, les adolescentes ne sont pas d’horripilants grands enfants décérébrés, et l’auteur se fend même de deux trois remarques pour redorer le blason de la fonction publique plutôt que d’éculer les clichés sur le sujet. L’intrigue est pour sa part intéressante, même s’il faut admettre qu’on devine bien vite quel sera le fin mot de l’histoire. Les plus gros points forts du roman résident finalement dans sa légèreté et son humour. Les répliques mordantes fusent, et le profil des protagonistes est plutôt atypique : Tia est une enquêtrice qui ne fait pas dans la dentelle et n’hésite pas à foncer dans le tas ou à se montrer assez cru si elle estime qu’on lui fait perdre son temps (c’est-à-dire à peu près tout le temps), quant à Mona elle se révèle particulièrement attachante, pleine de jugeote et d’humour. Le reste de la fratrie Morcese est à l’avenant, puisqu’on à affaire à des jumeaux amateurs d’expérimentations scientifiques pour le moins périlleuses, un aîné toujours fourré dans les mauvais coup, sans oublier un nourrisson doté de pouvoirs surpassant nettement ceux des autres membres de la fratrie, qui compte pourtant de sacrés phénomènes dans ses rangs. Enfin, la réflexion amorcée par l’auteur concernant les mesures d’exception dont bénéficient les membres du Voile au détriment des citoyens lambda mérite d’être approfondie et soulève des questionnements intéressants.

Adrien Tomas signe avec « Les dossiers du Voile » un roman d’urban fantasy plaisant mettant en scène des méta-humains évoluant parmi la population sans que celle-ci en ait conscience. Bien que prévisible, l’intrigue n’en demeure pas moins bien rythmée et agréable, que ce soit grâce à l’humour sous-jacent ou en raison de l’attachement qu’on ne manque pas d’éprouver pour ces deux héroïnes au caractère bien trempé. L’univers et les personnages pourraient tout à fait être ré-exploités pour de nouvelles aventures, et j’en serais !

Autres critiques : Célindanaé (Au pays des cave trolls)

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