Les enfants du capitaine Grant

7 décembre 2020 7 Par Boudicca

Titre : Les enfants du Capitaine Grant
Auteur : Alexis Nesme
Éditeur : Delcourt
Date de publication : 2016

Synopsis : Lors d’une excursion en mer, Lord et Lady Glenarvan trouvent dans le corps d’un requin une bouteille renfermant un message de détresse, envoyé par le capitaine Grant avant son naufrage. Ils décident de partir à la recherche des survivants, accompagnés par les enfants du capitaine disparu et par un savant farfelu et fantasque. C’est le début d’un périple mouvementé aux confins du monde…

 

Jules Verne version Blacksad

Roman écrit par Jules Verne en 1868, « Les enfants du capitaine Grant » a fait l’objet il y a quelques années d’une adaptation en bande dessinée scénarisée et illustrée par Alexis Nesme. Parus entre 2009 et 2014, les trois tomes qui constituent cette adaptation ont fait l’objet il y a peu d’une réédition sous la forme d’une magnifique intégrale que je ne peux que vous recommander. L’histoire y est en tout point fidèle à la version originale : un couple, les Glenarvan, part pour une petite promenade en mer et découvre à cette occasion une bouteille contenant un message signé d’un certain « capitaine Grant ». Capitaine qui aurait disparu en mer il y a des années, ainsi que tout son équipage, et qui indique dans ce message qu’il n’en est rien mais qu’il a urgemment besoin d’assistance. Partiellement effacé par l’eau, le message indique seulement qu’il se trouve au niveau du 37e parallèle, et qu’il aurait été enlevé par des Indiens. Malgré le refus de l’amirauté britannique de financer des recherches sur la foi d’indications aussi maigres, une expédition ne tarde pas à se monter à l’initiative des Glenarvan et réunissant, entre autre, la fille et le fils de Grant, un scientifique français brillant mais quelque peu tête en l’air, un capitaine compétant et un major un peu bougon, ami de longue date du couple. Voilà donc toute la petite troupe embarquée à bord du Duncan dans un formidable voyage qui les entraînera des différentes contrées de l’Amérique du Sud à l’Australie en passant par la Nouvelle-Zélande. Si l’intrigue est tout à fait conforme au roman de Jules Verne, il est toutefois un élément, et de taille, qui tranche avec le texte d’origine : les personnages sont des animaux anthropomorphisés. A l’image de ce qu’ont pu faire Juan Diaz Canales et Guarnido pour « Blacksad » ou, pour rester dans l’adaptation, Sébastien Vastra dans « Jim Hawkins », Alexis Nesme choisit donc de représenter les héros de Jules Verne sous la forme de tigres (les Glenarvan et les Grant), de renards (le capitaine Mangles), d’ours (le major Austin) ou encore de grenouilles (la géographe Paganel). Et le résultat est une pure merveille, tant au niveau du scénario que des graphismes qui sont vraiment à couper le souffle.

Du Verne pur jus, pour le meilleur… et le pire

L’ouvrage se lit avec un intérêt qui ne faiblit jamais tant le récit se révèle rythmé et constamment relancé par une découverte majeure, une catastrophe imprévue ou des révélations concernant un protagoniste. On y retrouve tout ce qui fait le sel des romans de Jules Verne : l’aventure, l’exploration, et surtout l’appétence pour les sciences (au sens large du terme), qu’il s’agisse de la géographie, de l’histoire, de l’anthropologie ou de la géographie (le personnage de Paganel concentre à lui seul tous ces centres d’intérêt et est sans doute le plus attachant des personnages). Alexis Nesme adapte avec astuce tous les passages de Verne qui pourraient presque s’apparenter à un cours magistral sur une région ou un événement historique, et ce afin de rendre la lecture la plus digeste et la plus ludique possible. Et cela fonctionne, puisqu’on prend un immense plaisir à lire les anecdotes de Paganel aussi bien que ses présentations détaillées des différents territoires visités. Autant d’informations qui viennent renforcer l’exotisme de l’aventure et qui raviront les amateurs de récits d’exploration scientifique. Les seuls bémols que j’aurais à formuler concernant l’intrigue sont intimement liés à l’époque à laquelle écrit Jules Verne, et il aurait peut-être d’ailleurs été intéressant pour Alexis Nesme de « moderniser » un peu le propos de l’auteur. C’est notamment le cas en ce qui concerne la vision des autochtones des différentes régions visitées qui sont présentés soit comme des êtres doux et innocents mais un peu simplets (le stéréotype du « bon sauvage »), soit comme des êtres cruels et vulgaires avec lesquels il est impossible de raisonner (le « barbare »). Pour la subtilité on repassera, et cette vision profondément raciste est un peu difficile à avaler pour un lecteur du XXIe siècle. Idem pour la place des femmes dans cette expédition qui, là encore, révèle la vision qu’on pouvait en avoir au XIXe. Alors certes, elles sont présentes, mais je crois que j’aurais limite préféré ne pas en voir du tout plutôt que d’assister à toutes ces scènes sexistes au possible au cours desquelles les dames s’évanouissent sous le coup de l’émotion ou se font installer un « mini salon » cossu dans une carriole (parce que bon, vous savez bien, les femmes c’est fragile et ça ne marche pas comme les autres !). Ça devait passer sans problème du temps de Verne, là c’est difficile de ne pas être atterré.

Alexis Nesme signe avec cette intégrale des « Enfants du capitaine Grant » un magnifique hommage à Jules Verne dans lequel on retrouve tous les aspects qui ont fait le succès de l’auteur : le voyage, l’aventure, l’importance accordée à la science sous toutes ses formes… L’ouvrage est aussi impressionnant au niveau du scénario que visuellement, et le choix de représenter les personnages en animaux donne un charme supplémentaire à l’ensemble. A lire absolument (en essayant de passer outre le racisme et le sexisme inhérents à l’œuvre d’origine)

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