Shining in the dark

2 novembre 2020 7 Par Boudicca

Titre : Shining in the dark
Auteurs/Nouvelles : Le compresseur bleu – Stephen King : Le réseau – Jack Ketchum et P. D. Cacek ; Le Roman de l’Holocauste – Stewart O’Nan ; Aeliana – Bev Vincent ; Charabia et Theresa – Clive Barker ; La fin de toutes choses – Brian Keene ; La danse du cimetière – Richard Chizmar ; L’attraction des flammes – Kevin Quigley ; Le compagnon – Ramsey Campbell ; Le coeur révélateur – Edgar Allan Poe ; L’amour d’une mère – Brian James Freeman ; Le manuel du gardien – John Ajvide Lindqvist
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2020 (octobre)

Synopsis : À l’occasion des vingt ans de Lilja’s Library, l’un des sites de référence sur l’œuvre de Stephen King, son responsable, Hans-Åke Lilja, a fait appel à la fine fleur de la littérature fantastique mondiale pour composer cette anthologie. Du King lui-même – avec un texte inédit en français – à Jack Ketchum, en passant par Clive Barker, John Ajvide Lindqvist ou Ramsey Campbell, vous trouverez dans ces pages de quoi alimenter quelques belles nuits cauchemardesques…

 

Entez donc, si vous n’avez pas peur, l’effroi vous attend à l’intérieur.

Hommage à Stephen King

Pour célébrer les vingt ans de Lilja’s Library, un site spécialisé sur les œuvres de Stephen King, son fondateur, Hans-Ake Lilja, a souhaité publier une anthologie rendant hommage à l’auteur. Composé de douze nouvelles, l’ouvrage alterne entre récits d’horreur, de fantastique, voire de fantasy, et réunit à la fois des auteurs méconnus du grand public (en tout cas francophone) et d’autres plus réputés (Clive Barker, Ramsey Campbell, Edgar Allan Poe…). L’intention est louable et on sent bien l’immense enthousiasme du directeur de cette anthologie, seulement le tout se révèle malheureusement très moyen. En effet, sur les douze nouvelles présentent au sommaire, seules deux valent à mon sens vraiment le coup d’œil, tandis qu’une poignée d’autres seulement parvient à susciter l’intérêt du lecteur. La plupart des autres textes baignent dans une ambiance sordide qui n’est absolument pas agréable et donnent l’impression d’une surenchère permanente dans le glauque. La page « faits divers » du journal n’aurait finalement pas d’autres effets. Autre aspect particulièrement gênant : le manque de diversité des personnages (dans une anthologie, c’est quand même dommage) puisque, sur les douze nouvelles, onze mettent en scène des hommes, tandis qu’une seule met en avant un personnage féminin. Dans la plupart des autres nouvelles, les femmes sont mesquines, superficielles, encombrantes, voire carrément monstrueuses, et servent, au choix, de potiches ou de catalyseurs à la frustration du personnage masculin. Tous les protagonistes sont quant à eux à peu près façonnés dans le même moule : des hommes (ados ou adultes) blancs, peu sûrs d’eux, susceptibles, rancuniers, et colériques. On a vu mieux en terme de diversité, et cela ne facilite pas l’attachement du lecteur… Certaines nouvelles m’ont, par cet aspect, énormément fait penser au recueil « Fantômes » de Joe Hill (le fils de Stephen King, justement) dans lequel j’avais souligné les mêmes défauts, mais j’ignore s’il s’agit d’une caractéristique des récits du maître de l’horreur.

Beaucoup de ratés…

Parmi les textes les moins réussis de l’anthologie figure « Le compresseur bleu », seule nouvelle de Stephen King présente au sommaire, et sans doute la plus mauvaise de l’anthologie (ce qui la fout un peu mal…). L’auteur s’y livre à un pseudo exercice de style en mêlant une intrigue sordide et ses propres considérations en tant qu’auteur. C’est court (heureusement) et glauque, et on comprend sans mal pourquoi cela n’avait, jusqu’à présent, jamais été publié. Plusieurs autres textes pâtissent aussi de leur brièveté comme « La danse du cimetière » de Richard Chizmar (six pages…) ou encore « L’amour d’une mère » de Brian James Freeman (même s’il faut admettre que la chute est plutôt surprenante). J’ai également peu apprécié « Le Roman de l’Holocauste » de Stewart O’Nan qui amorce pourtant une réflexion intéressante sur la part de lui-même et de son histoire personnelle que chaque auteur met dans ses ouvrages, mais l’ensemble donne le sentiment d’être trop inabouti. Même chose avec « Le compagnon » de Ramsey Campbell qui nous offre de belles scènes de frayeur dans une maison hantée mais exploite trop peu la psyché et les démons de son personnage pourtant prometteur. Bev Vincent fait mieux avec « Aeliana », seule nouvelle mettant en scène deux personnages féminins et se déroulant dans un cadre de fantasy urbaine. Deux caractéristiques qui permettent d’amener un peu de variété mais qui ne s’avèrent pas suffisantes pour combler les attentes du lecteur. La faute à une intrigue trop mince et une exploitation trop superficielle des protagonistes. J’ajouterais enfin au nombre des ratés « Charabia et Theresa », nouvelle de Clive Barker à côté de laquelle je suis complètement passée en raison du mélange très particulier entre un ton extrêmement léger et des scènes glauques et malaisantes (pédophilie, déferlement d’excréments…).

… et quelques pépites

Quelques textes sortent, heureusement, du lot, à commencer par les deux plus longs (ce qui n’est sans doute pas un hasard) : « L’attraction des flammes » de Kevin Quigley et « Le manuel du gardien » de John Ajvide Lindqvist. La première nouvelle met en scène un trio de jeunes garçons amateurs de frissons et sur le point de visiter une maison hantée vantée comme terrifiante par la publicité. Seulement le jeu vire au cauchemar lorsque nos trois héros réalisent qu’ils sont piégés à l’intérieur, et qu’ils risquent bel et bien leur peau. L’auteur parvient à faire grimper efficacement la tension et entretient savamment le suspens tout au long du récit qui s’avère éprouvant pour les nerfs. Une belle réussite, qui vous fera cependant voir d’un autre œil les papillons de nuit. « Le manuel du gardien » est quant à elle la plus belle nouvelle de l’anthologie et met en scène un adolescent amateur de jeux de rôle découvrant l’univers de Lovecraft. Seulement, au cours d’une partie où il assume, comme chaque fois, le rôle de maître du jeu, quelque chose d’imprévu va se dérouler et fracasser toutes ses certitudes. Là aussi la construction du texte est remarquablement maîtrisée, même si c’est la chute qui lui donne vraiment toute sa saveur. La nouvelle d’Edgar Allan Poe, « Le coeur révélateur » est elle aussi réussie car très angoissante, l’auteur parvenant à créer une ambiance oppressante en très peu de mots. « La fin de toutes choses » de Brian Keene manque quant à elle d’un peu d’épaisseur mais reste bien écrite et repose sur une idée touchante (après une série de deuil, un homme se lève chaque matin en imaginant la fin du monde qu’il attend avec impatience). Enfin, Jack Ketchum et P. D. Cacek signent une nouvelle sympathique quoiqu’un peu maladroite avec « Le réseau » qui met en scène la rencontre virtuelle entre deux internautes. Mais peut-on vraiment savoir à qui on a affaire lorsqu’on n’échange qu’à travers un écran ? La fin est prévisible et la thématique classique mais l’ensemble reste de plutôt bonne facture.

Bilan très mitigé pour cette anthologie rendant hommage à Stephen King mais qui manque sacrément de diversité et dont la plupart des nouvelles se révèlent décevantes. « L’attraction des flammes » et « Le manuel du gardien » viennent heureusement sauver la mise, mais cela reste trop peu pour un ouvrage qui comporte douze nouvelles.

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) : Le dragon galactique

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