Rivages

10 février 2020 4 Par Boudicca

Titre : Rivages
Auteur : Gauthier Guillemin
Éditeur : Albin Michel Imaginaire
Date de publication : 2019 (octobre)

Synopsis : On l’appelle le Voyageur. Il a quitté une cité de canalisations et de barbelés, un cauchemar de bruit permanent et de pollution qui n’a de cesse de dévorer la forêt. Sous la canopée, il s’est découvert un pouvoir, celui de se téléporter d’arbre en arbre. Épuisé, il a fini par atteindre un village peuplé par les descendants de la déesse Dana, une communauté menacée par les Fomoires, anciennement appelés « géants de la mer ». Là, il rencontre Sylve, une étrange jeune femme au regard masqué par d’impénétrables lunettes de glacier. Pour rester avec elle, dans ce village interdit aux Humains, le Voyageur devra mériter sa place. Le Seigneur des anneaux est assurément le livre préféré des Ents, mais Rivages pourrait sans doute les séduire.

 

 Il avait aussi lu dans les livres qu’une fois arrivés au bout de leur parcours, les humains crurent à leur propre magnanimité en laissant des espaces retourner à l’équilibre, ils pensèrent partager équitablement les territoires entre leur grouillement et la nature, ils s’imaginèrent maîtres du globe et égaux devant la création. Ils préjugèrent de leurs forces. Et les forêts reprirent leurs droits, insensiblement, mais férocement. Elles ne restèrent pas longtemps enfermées dans les réserves dont les humains étaient si fiers. Elles se répandirent et imposèrent une loi d’airain aux cités de verre et d’acier. Ce jour-là, les machines ne revinrent pas, la nature les ayant prises, et l’homme dut clore ses champs et ses mines et se défendre contre la terre même.

Et la forêt reprit ses droits…

Troisième auteur français édité par Albin Michel Imaginaire après Franck Ferric (« Le chant mortel du soleil ») et Jean-Michel Ré (« La fleur de Dieu »), Gauthier Guillemin fait son entrée sur la scène de l’imaginaire français avec « Rivages », première partie d’un diptyque dont la suite (« La fin des étiages ») devrait paraître en avril de cette année. L’ouvrage met en scène un monde qui nous est étranger mais qu’on pourrait tout à fait imaginer être le notre d’ici plusieurs décennies. Là-bas, la forêt a décidé de reprendre ses droits après les trop nombreux dégâts que lui ont infligé les hommes. Terrés dans leurs cités, ces derniers en sont réduits à lutter contre les assauts incessants de cette entité désormais hostile et baptisée « le Domaine ». C’est dans ce contexte qu’on fait la rencontre du « Voyageur » (on ne connaîtra jamais son véritable nom), un homme qui prend soudainement la décision de quitter la cité dans laquelle il a toujours vécu pour s’aventurer dans la forêt. La transition est rude, mais le Voyageur s’adapte rapidement et se découvre même un pouvoir étonnant : celui de se téléporter d’arbre en arbre. Après plusieurs rencontres éphémères avec certains des habitants du Domaine, notre héros finit par découvrir un village paisible peuplé d’ondins. Là, il tombe amoureux d’une belle ondine pour qui il va accepter de renoncer momentanément à ses pérégrinations, et se fascine pour les contes et légendes de ce peuple déraciné en quête de leur terre d’origine.

Quand un roman vous laisse sur le carreau

Voilà pour les bases de l’intrigue… et l’histoire n’ira pas beaucoup plus loin. Le nombre de péripéties est en effet très limité et, en dépit d’un début prometteur et du cadre enchanteur dans lequel se déroule le récit, on peine à se passionner pour le voyage trop morne de cet homme dont on ne sait rien. Il en va de même des autres personnages auxquels on a du mal à s’attacher compte tenu du trop peu d’informations que l’auteur nous fournit à leur sujet. J’ai également éprouvé des difficultés à croire en l’histoire d’amour entre le Voyageur et l’ondine puisque celle-ci commence de manière trop soudaine : ils se voient, échangent leur nom, et les voilà en couple ! Les relations entre le héros et les autres villageois sont malheureusement du même acabit, si bien qu’on a du mal à éprouver de l’empathie lorsque l’un d’eux se retrouve confronté à un événement dramatique. J’ai également eu un peu de mal avec le style que j’ai trouvé parfois trop en décalage (on ne s’attend pas dans un tel cadre à entendre les personnages lancer des « super ! », « c’est clair ! » ou « tu veux un câlin ? »…), ou alors trop pompeux. La poésie occupe aussi une place importante dans le récit, mais je n’y ai pas été sensible, même si je comprends tout à fait que d’autres lecteurs se laissent prendre au charme.

« Rivages » est un roman poétique et contemplatif qui plonge le lecteur dans une ambiance très particulière qui m’a, hélas, laissée de marbre.

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; L’ours inculte ; Le chien critique ; Lutin82 (Albédo – Univers imaginaires) ; Xapur (Les lectures de Xapur)

Retour en haut